QUELLE EST L'ORIGINE DU MOUVEMENT LÉR1NIEN
Copres. Les disciples de Cassien, lui-même disciple des Orientaux et des Pères du Désert, devaient plus qu'aucuns autres chercher en Orient leurs modèles '.
Si l'exemple des églises d'Afrique, la célébrité un peu énigmatique des martyrs de Rome, la lecture des textes orientaux ont facilité la naissance et déterminé les caractères du mouvement lérinien, il faut ajouter qu'il suppose d'abord, non seulement le zèle apostolique des moines de Lérins, mais encore le développement du culte des martyrs2. A Lérins, en particulier, nous pouvons mesurer la vigueur du culte des saints. Honorât et Eucher vénèrent de tout leur cœur le fameux Paulin de Noie, dont on sait le culte pour saint Félix 3, et qui a chanté son histoire ; Sidoine Apollinaire, l'ami de tous les évèques ses contemporains, rêve de raconter les gestes des martyrs 4 ; Césaire n'a garde de négliger leurs magnifiques exemples lorsqu'il parle à ses fidèles 5.
1 Peut-être a-t-on connu à Lérins les curieux actes d'Acace, évoque d'Antioche en Pisidie (?), arrêté, puis relâché [texte dans Gebhardt : Ausgewiihlte Martyreracten.y 115; cf. Allard, n2, 435]. Dans Acace [§ 3, p. 118] et dans Maurice [§ 4, Wotke, 168-169], on compare et on oppose l'obéissance qui est due à Dieu à l'obéissaDce qui est due à l'empereur. Acace rappelle, aussi fermement que Sébastien, qu'il prie pour l'état romain. Il raille, autant que Sébastien les débauches des dieux. — Nous ne connaissons ces actes que dans une traduction latine.
' Honorât, Eucher et Paulin sont entrés en relations vers 413 [Tillemont, xiv, 135]. Paulin est né en 353 et mort en 431. Cf. Schanz: Geschichte der rômischen Litteratur... iv, 1 (1904), 235 ; Lagrauge : Histoire de saint Paulin de Noie, 2° éd., Paris, 1882 ; l'édition de Hartel (C. V,29 et 30) ou P. L., 61. — Sur Félix de Noie, cf. les poèmes de Paulin, 4, 5, 6, 7, 8,10(11), 11 (12), 12 (13) ; Grégoire de Tours, Gl. mart. 103 (104) ; Bède [P. L., 94, 789] ; Adon \P. I., 123, 2141 ; Flodoard [P. L., 135, 855] et la légende de Marcel, 14 janvier 946 (ou 228).
* Pertecutorum nisi quaestiones | Forsitan dicam, meritosque cœlum | Martyres mortis pretio parasse | Prœmia vitœ. \Ep. îx, 16, 61, sq. — P. L.t 58, 638].
6 II insiste fort sur l'idée de Salvien : bien que la persécution ait cessé, on peut, on doit être martyr, c'est-à-dire fidèle à la loi de Dieu. « Nemo dicat fratres charissimi, quodin istis temporibus martyres non sint ; quotidie martyres fiunt. Martyr testis interpretatur. Quicumque ergo pro veritate teetimonium dederit,... quidquid pro testimonio veritatis uel justitiae pertulerit, totum ei Deus pro martyrio computabit. Ac si et ille qui ebrietati resistit, si cum Dei adjutorio perseverare voluerit et pro ipsa re aliquas pertulerit tribulationes, omnia ei Deus ad martyrii gloriam reputabit ». [Serra. 295 de l'appendice. Contre l'ivrognerie. § 2. — P. I.,39, 2307-2308]... Cf. sermon 293 contre la familiarité avec les femmes, §§ 1 et 3. « Nemo dicat,.. quod temporibus nostris martyrum certamina esse non possint : habet enim pax martyres