‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 3)Chapitre 74 sur 143 · SAINT V1TUS · texte numérisé non relu

SAINT V1TUS

senter V enfant. Mais il tât \e en vain de le séduire ou de l'effrayer : rempli de V Esprit-Saint, muni du signe salutaire de la croix, Vitus refuse de sacrifier, et s'offre, hostie immaculée, au Dieu vivant. En vain Hylas implore ; en vain Valèrien insiste; ceux qui veulent battre Vitus voient se dessécher leurs bras y le préfet voit se dessécher sa main. On crie au magicien ; Vitus rectifie: il est le serviteur du Christ; et, à la prière de Valérien, il guérit la main au nom de Jésus-Christ qui donné la mort et la vie. Valérien confie alors l'enfant à son père pour que celui-ci le 'guérisse de sa folie. Mais les délices ni la volupté ne séduisent le jeune martyr, qui, les yeux levés au ciel, prie le Dieu d' Abraham, anIsaac et de Jacob d'avoir pitié de lui l. — Bientôt Vitus est présenté à Dioclétien César, dont il méprise les présents et les menaces. Dans la prison où il est enfermé avec Modes tus et Crescentia sous le cachet de l'empereur, afin qu'il meure de faim, il reçoit parmi des flots de lumière la visite du Christ qui l'assure qu'il restera avec lui jusqu'au martyre. Effrayés du bruit de ces voix, les geôliers courent au palais et disent à César : « C'est la fin de Rome ; si tu ne te dépêches d'agir, tout ton peuple sera en danger de se perdre. » — Dioclétien fait alors préparer une scène par ses ministri : les martyrs s'avancent, la face resplendissante ; Vitus exhorte son vieux père nourricier, lève au ciel un regard tranquille, disant : « Si je suis ici, c'est par la volonté du Christ. » Jeté dans une chaudière remplie de plomb fondu, de poix et de résine, il se signe ; et l'ange du Seigneur éteint la chaleur du four ; et les trois saints, pareils aux trois Hébreux dans la fournaise, entonnent un hymne de joie; et le peuple, transporté d'admiration, s'écrie : « Jusqu'ici, nous n'avons rien vu de pareil. » — « Mon Dieu est plus grand que les vôtres », répond Vitus, sortant sain et sauf de la chaudière : t croyez en lui, renoncez aux idoles, recevez l'eau du baptême ». On lâche un lion ; un signe de croix lui donne la douceur de l'agneau, et la bête essuie de ses caresses la sueur du martyr. Dioclétien, pourtant, ne s'avoue pas vaincu : il explique ces prodiges par les pratiques magiques (artes raagicae) et, pour venger les idoles, il fait préparer des échafauds. Mais Vitus, après avoir exhorté la vieille Crescentia, implore le Christ et aussitôt la terre s'ébranle, les éclairs brillent, les

* Ici t'intercale le long fragment qui caractériae P at B. Cf. infra, p. 169.

168 t^. l'hagiographie augustinienne

temples des idoles s* écroulent : Dioctétien , cette fois, reconnaît sa défaite.

Du reste y un ange du Seigneur descend dans une lumière auprès des saints, sur les échafauds où on les torture ; et, en un instant, sans qu'ils se doutent de rien, il les transporte sur les bords du fleuve Silarus... El les saints reposent à l'ombre des arbres. Vitus lève les mains au ciel et prie Jésus d'accueillir leurs âmes dans sa paix. Une voix du ciel lui répond : « Ta prière est exaucée » ; et les âmes des saints, délivrées de leurs chaînes de chair, s'élèvent dans les deux entourées par les chœurs des anges. Vitus apparaît à une matrone, Florentia, comme elle est en danger de se perdre en passant le Silarus ; il lui dit son nom, lui demande d'ensevelir leurs corps. Elle les enterre, en effet, dans le champ marien (in prsedio mariano) ; on y célèbre leur anniversaire au milieu du mois de juin, pour le plus grand honneur du Seigneur qui couronne ses saints dans le ciel et entoure de prodiges leurs tombeaux sur la terre, lui qui vit et règne éternellement à travers tous les siècles des siècles . Amen.

Ce texte * est imprimé dans le Catalogue des manuscrits hagiographiques de Bruxelles et dans Mombritius ; nous le désignerons par le nom de ce dernier et par la lettre M. On doit le rapprocher de la version bollandiste 2, qui commence par les mots : Tempore quo Valerianus prises sub Diocletiano et Maximiano, et que nous appelons B.

En voici les caractéristiques : 1. Vitus est rattaché à la province de Sicile [Sicilia provîneia], où le praeses Valerianus

« B. H. L.,8714 Cat. Bruxel, i, 11-12 et Mombritius, h, 349. Cf. Castelan : Istoria délia vita de S. Vito, martire di Mazzara. Palermo, 1753 ; Kessel : S. Veit, seine Geschichte [Jarhb. Ver. Aok. Rbeiuland, 43 (1867), 152].

2B. H. L., 8711, 15 juin, 1021.

Page 1