‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 3)Chapitre 75 sur 143 · LES DIVERSES VERSIONS DE VITUS · texte numérisé non relu

LES DIVERSES VERSIONS DE VITUS

organise la persécution qu'ont décrétée les empereurs Dioctétien et Maximien ; 2. Aucun prologue ; S. On n insiste pas sur la grâce, ni sur la communion des Saints, ni sur les Personnes de la Trinité ; Vitus confesse rapidement verum et omnipoteatem Deum in unitate S. Spiritus regnantem ; 4. On insère entre la comparution devant Valérien et la comparution devant Dioctétien un long fragment qui se compose de trois épisodes : a) La chambre où est enfermé Vitus brille autant que douze luminaires célestes et répand une odeur d'aromates ; sept anges aux grandes ailes comme des ailes d'aigles apparaissent à. Vitus et chantent hagios, hagios, hagios ; Hylas est aveuglé par l'éclat qu'ils répandent, et, lorsqu'il prie pour le guérir, Vitus proclame la perpétuelle virginité de Marie et invoque le Dieu qui a guéri Tobie ; Hylas, miraculeusement guéri, veut néanmoins tuer son enfant, b) Cest alors qu'un ange commande à Modestus d'emmener Vitus dans une autre terre: ils abordent à Allectorius près du Silarus, in tanagritano territurio, où un aigle les nourrit, c) Mais voici que la fille de Dioclètien, saisie par le démon, demande le bienheureux Vitus qui habite sur le territoire lanagritain, le long du Silarus ; des soldats vont quérir l'athlète du Christ et le conduisent à Rome. Sa main, posée sur la tête de la jeune fille, chasse le démon. Dioclétien veut pourtant le contraindre à sacrifier : c'est en vain. 5. Vitus, introduit dans l'amphithéâtre, lève les yeux au ciel, et dit : « Je me sacrifie au Christ. » 6. Vitus demande que, pendant les quatre jours de son anniversaire, nulle mouche, image des démons, n'apparaisse au lieu de son martyre. Une voix céleste l'exauce. 7. Puis les âmes des saints s'envolent, telles des colombes. 8. Vitus a souffert le il des calendes de juillet.

Les deux versions mombritienne et bollandiste paraissent remonter à la même époque environ. La précision du langage théologique de celui qui écrivit le texte de Mombritius lorsqu'il parle de la gn\ce et de la communion des saints nous conduit au début du v* siècle ; l'affirmation que l'Esprit procède ex utroque semble déceler le milieu ou la lin de ce même siècle ; l'insistance du rédacteur inconnu à souligner la spontanéité du martyre nous reporte au premier quart du \T siècle, au moment des polémiquescatholico-manîchéennen.

L'auteur du texte bollandiste afiirme la perpétuelle virginité

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de Marie : il connaissait donc la polémique d'Helvidius et de saint Jérôme *; nous voici sans doute au début du ve siècle. — L'insistance qui souligne, ici encore, la spontanéité du martyre, nous reporte, comme tout à l'heure, au premier quart du vie siècle. — Cette même date est confirmée par l'expression in unitate Spiritus Sancti * — Elle est confirmée encore par un trait curieux : Vitus prie que nulle mouche, image des démons, n'apparaisse au lieu de sa mort. Or, nous savons que, pour les Manichéens, la mouche et les petits moucherons qui incommodent V homme prouvent Cactiontet donc l'existence du Dieu mauvais ; un autre texte manichéen 3 nous rapporte

* De perpétua virginitate, P. L.t 23.

3 Codex Parisinus, 12, 270 latin, f° 31 v. : « 4gite pœnitentiam in hoc sœculo, et si dod vultis emendare vel non observaveritis eanctura diem domi- Dicum..., transmitlam super vos lapides grandes et famem validam,... et mittam in os vestrum sive in oculos Tel in aures bestiolas quns vooant scyniphes venenatas pessimas ad devorandum vos. » [Delehaye: Note sur la légende de la lettre tombée du ciel. — Bruxelles, Hayez, 1899, p. 14]. — Cf. aussi Grégoire de Tours, H. F., x, 25 : « Quidam enim ex Biturico, ut ipse est postmodom professus, dum saltus silvarum ingressus ligna caederat ad explendam operis cujusdam necessitatem, musoarum eum oircnmsedit examen, qua de causa per biennium amena est habitua : unde intelligi datur diabolicx emissionis fuisse nequitiam [P. L., 71, 556, G.]. Cf. aussi saint Augustin : Tracialus quinque in Evangelium Johannis, i, i [P. L.t 35, 1386]. « Nemo ergo vos fallat quando forte tœdium patimini ad muscas... Nam nescio quis tsedium patiebalur ad muscas; invenit illum Maoichœus teedio affectum...; statim subjecit :... quis illas fecit ?» — « Plane, ait i lie, ego credo quia dlabolus fecit muscas ». --On trouve un écho de ces croyances daos un curieux passage des Tractatus du pseudo-Origène.

« Gauda est tutela quœdam animalibus unde sibi muscas et tabanos et omnia adversa abigunt... Quid enim muscas et tabanos intelligere debemus qui cauda abiguntur, nisi omnes dœmones et erraticos spiritus œris hictus qui plerumque non solum corpora sed et animas credentium vexant. > [Origenis tractatus, éd. Batiffol (1900), 114-115].

Je signale encore un obscur passage û'Agapet A [0. M. R., m, chap. i.] Le proses fait battre Agapet qui lui dit : « Flammam vidi primum et crutiatus sum, deinde flagellie cedor. Sed sic mihi est quasi si mïhi muscas ostetur ut réfrigérer [Codex Vindobonensis.Œiï, folio 167T, 2]. UAugiensis XXXII donne au même endroit :... « quasi a muscis defendor. ut réfrigérer i).

Dans le texte des gestes de Primus et Feliciaous que donne le Codex Vindebonensis 357, je lis que, après le martyre des saints : non jere nequse aues nec MUSCiE corpora eorum tangere potuerunt. Les mots nec muscœ ont disparu dans la version vulgate. — [Gf. saint Jérôme: In Jerem.t xn, 4; xxxn, 26; in Matt., x, 29; in Abac.% ij.

Noter que le mot papatus se retrouve dans la version de la lettre du ciel qu'utilisait Adelbert ; et que cette lettre, dont la plus ancienne mention date «le la fin du vi* [Lettre de Licinianus à Vincent, P. Z., 72, 699], est sans doute un apocryphe manichéen, de la fin du v* ou du début du ?i* siècle, proche parent de ces philacteria angelorum nominibus conscripta, que condamnait le décret pseudo-damasien.

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