‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 3)Chapitre 76 sur 143 · LES DIVERSES VERSIONS DE VITUS · texte numérisé non relu

LES DIVERSES VERSIONS DE VITUS

également un écho de cette croyance. L'auteur de Vitus veut montrer que Dieu a pouvoir sur les mouches, et donc qu'il n'y a qu'un Dieu. — J'ajoute enfin que l'épisode de la fille de Dioclétien guérie par Vitus n'est pas sans rappeler l'histoire d'Artemia, fille de Dioclétien, guérie par Cyriaque !.

Quel est le rapport du texte de Mombritius à la version bollandiste? Si tous deux remontent au début du vie siècle, il semble que celle-ci ait été rédigée la première, et que l'édition mombri tienne en présente une version récrite par un clerc, quelque peu teinté de théologie. Le texte bollandiste est d'un style beaucoup plus simple, et sec, que l'autre ; seule, la scène des sept anges chantant le Trisagion a grande allure : elle s'inspire évidemment des passages parallèles qu'on lit dans les actes de Perpétue et dans les livre de Tobit *. Notre texte présente encore certains traits particuliers, qui ont disparu dans l'autre ; la formule in unitate S. S, se résoud en une simple affirmation de la Trinité, tandis que le passage relatif aux mouches fait tout à fait défaut dans l'édition de Mombritius.

En revanche, le style de cette édition est plus ample ; les prières qu'on y lit sont formulées dans une langue plus précise, qui garde une saveur paulinienne accentuée ; une des deux translations des martyrs à travers les airs est supprimée. Le rédacteur de la version imprimée par Mombritius connaissait l'édition donnée par les Bollandistes : il a voulu la récrire parce qu'il la jugeait, forme et fond, trop populaire.

Certains manuscrits présentent une version de Vitus qui diffère à la fois de M et de B : j'appellerai ce troisième texte, P 3.

1 Gestes de Marcel, 16 janvier 367. — G. M. R., i, 132, et tupra, p. 130. — Adoo [P. L., 123, 287) dépend du texte bollandiste.

1 Ce passage est peut-être une interpolation. — Audivimus uocem... dicentem: Agios, agios, agios, sine cessatione. Et uidiuins in eodeui loco quasi hominem canum... ; etquattuorangeli aubleuaruut nos [Perpétue, 12. — Gehhardt: op. laud.. 81 J. La calasta est saus doute ausoi empruntée à Perpétue. — Cf. les sept « assistants an trône » de Tobit, m, 15.

3 Je me sers du Codex Palatinus 846, folio 101T (à la Bibliothèque Va-

172 l'hagiographie augustinienne

L'histoire de Vitus se déroule en Lucanie(l), au temps des empereurs Dioclétien et (2) Antouin. Lorsque, dans sa lutv contre son père, l'enfant prie le Seigneur, il ne dit pas (3) tribue communicari meritis quorum me fidei participari uoluisti ; ii ignore la procession ab utroque et les formules pauliniennes forma Dei, semetipsum exinanivit..., (4) Vitus a douze ans. S'il est visité par sept anges qui chantent le Trisagion, il n'atteste pas (5) dans ses prières la perpétuelle virginité de Marie. Un ange le conduit en Sicile, il est mandé à Rome pour guérir le fils de Dioclétien, et durant les supplices qu'il endure après avoir refusé de sacrifier, un ange le transporte sur les bords du Silarus, où il meurt doucement ; (6) l'anniversaire n'est aucunement indiqué.

11 est certain que P est beaucoup plus près de B que de M : il ne reproduit pas les formules théologiques qui caractérisent M ; il reproduit le long fragment et les trois épisodes (les sept anges ; la première translation ; la guérison d'un enfant de Dioclétien) qui caractérisent B. — Mais P diffère de B : il supprime : a) l'anniversaire, b) les mouches images des démons, c) l'invocation à Marie, perpétua virgo, d) la formule Deus in unitate Spiritus Sancti regnansye) la phrase me ipsum Christo offero. Il ajoute la mention du psaume 118. Il modifie en trois points la version B : a) Vitus est rattaché à la Lucanie, non à la Sicile ; b) le Dieu Arpan remplace le dieu Apollon, dans l'énumération des deux païens que fait Hylas ; c) Vitus a douze ans, non sept ; d) Maximien est remplacé par Antonin. — Quel est le rapport de P à B ?

Je crois que P est plus près que B de l'original, bien que B nous ait sans doute conservé quelquefois la leçon primitive. La juxtaposition de Dioclétien et d'Antonin est une erreur grossière : d'où la correction Dioclétien et Maximien; B, où elle se lit, est donc postérieur à P, qui donne Antoninus. — Apollon est plus connu qu'Arpan. Arpan doit être la bonne leçon.

Les formules Deus in unitate Spiritus S. , Maria perpétua virgo, muscx imagines dœmonum9me ipsum offero, indiquent des préoccupations théologiques qui, dans la suite, ont pu paraître déplacées : peut-être faut-il penser qu'elles sont sup-

ticane). —C'est, en somme, le texte B. H. L., 8712. Cf. Catal. Paris. ,n, 209. n. 35; Analecta, xvii, 66 |Le Codex Parisinus, 5322, du xtne a., écrit prudemment : sub tempore Dioclctiani et Maximiani sive Antonini imperatorum.. I

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