‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 3)Chapitre 77 sur 143 · LA GBNÙSE DE V1TUS · texte numérisé non relu

LA GBNÙSE DE V1TUS

primées dans P, non ajoutées dans B. — Pareillement, quant à l'âge du saint ; le chiffre sept doit être préféré au chiffre douze, que donne P : M et B s'accordent à écrire sept ; puis on s'explique la substitution de douze à sept par le désir de rendre l'histoire moins invraisemblable et moins absurde.

En résumé, P est étroitement apparenté à B : le texte qu'il reproduit est meilleur que celui de B, en général, non pas toujours '.

Que peut-on dire de la genèse de la légende qui apparaît dans B, P et dans M ?

Le thème central rappelle fort Nazaire-Celse et surtout

1 On a signalé encore deux autres formes de B. P.

L'une, B. H. L., 8713 [Catal. Paris., n, n. 12; Analecta, xtii, 109, n. 143| est caractérisée par la substitution de la Lycie à la Lucanie : l'origine de cette variante est, sans doute ? purement paléographique.

La seconde, B. H. L., 8715 [Catal. Bruxelles, i, 54-56] commence par les mots Inclitam et a sxculis prœlectissimi meriti coronam... beati pueri Vili, libet, fratres, carptim stilo qualicumque connectere. C'est un résumé fait d'après B F : il mentionne les sept anges, les deux translations et la guérison du fils de Dioclétien; il est plus près de B que de F, car il a reproduit la prière du suint touchant les muser imagines dœmonum.

Adon [15 juin. — P. L., 123, 287J place Vilus et ses deux compagnons apud Siciliam ; il suit le texte B P mentionne le voyage ad tanagritanum territorium et la guérison d'une fille de Dioclétien); mais il ne souffle mot des sept anges et supprime la translation qui précède immédiatement la mort des saints. Peut-être le texte qu'il suivait était-il ainsi disposé; peut-être a-l-il opéré ces suppressions de son autorité propre.

Un bénédictin allemand du xue siècle, Tuton, rédigea une nouvelle version de la légende [cf. Tutonis monachi 0. S. B... Opuscula, edidit Rutbascher. Graecii, 1882, in-12]. Elle commence par les mots : Régnante D. N. J . C. et coruscaniibus passim salutaris fidei radiis etintn in regione unxbrx tnortis, ortus est ex Lucania prouincia bealissimus puer nomine ViLus, qui totius virtutis, ut scriptum est, doctrinatn .. Ce texte a sans doute été écrit eu vue d'un monastère de Carinthie : Vit était spécialement honoré dans celte région, mais je ne saurais dire depuis quand, ni pourquoi. M. Cari kraus a publié un poème allemand du xu* siècle qui célèbre saint Vit, et qui a saus doute même patrie : son récit a des aftiuités remarquables avec la version du Codex Parisinus, 5593, folio 69 [Deutsche Gedichte des xir" lahrhunderta. — Halle, 1894. — Cf. Analecta, xiv, 124j.

174 l'hagiographii: augtjstinienne

Barbe : ici et là, on raconte la lutte d'un enfant chrétien conti ses parents non chrétiens. Vitus est un enfant, comrr»^ Nazaire. Le père de Vitus persécute odieusement son enfaut comme le père de Barbe.

Mais j'attire surtout l'attention sur les rapports de Vitus et de Potitus. Ici et là, le martyr est un enfant que persécute son père ; 2. Le père persécuteur s'appelle Hylas ; 3. L'empereur s'appelle Antonin ; 4. Il est fait mention du dieu Arpan ; 5. Le martyr est miraculeusement transporté à travers les airs, ici en Epire, là en Sicile ; 6. L'enfant martyr est mandé à Rome par Pempereur, sur l'ordre du diable, qui est entré dans le corps de l'enfant impérial ; 7. Le visage de l'enfant brille comme un rayon de soleil ; 8. Le cachot où est enfermé l'enfant est scellé de l'anneau de l'empereur ; 9. L'empereur ne se convertit pas, bien que le saint ait guéri son enfant. Comment s'expliquent ces coïncidences?

On verra plus loin * que Potitus est l'adaptation latine d'un thème légendaire grec, et qu'il a sans doute été rédigé vers l'an 500. Comme la formule Deus in unitate Spiritus Sancti semble rattacher B P au temps d'Hormisdas [514-523], il est naturel d'admettre que le rédacteur de B P connaissait Potitus, et que c'est à cette légende qu'il a emprunté Hylas, Antonin et Arpan 2.

Le théologien inconnu qui écrivit M insiste autant que l'auteur d'Alexandre de Bergame (version bollandiste) sur \& grâce prévenante ; il reproduit également les formules pauliniennes cum in forma Dei esset... semet ipsum exinanivit formant servi accipiens ; il semble vivre à la même époque que lui et partager ses idées sur le style qui convient aux gestes. On peut

2 Le rédacteur de B P était certainement très versé dans la littérature hagiographique : mille traits de détail le prouvent. Noter athleta Christi (Alexandre de Bereame, ..), Deus Abraham Isaae et Jacob (Grégoire de Spolète, Constautius,...), erectis ad cœlurn manibus, oculis (Alexandre Berg:, Nazaire, Barbe. .), infaillible succès d'une prière adressée à Dieu (Barbe, Biaise...), voyage du martyr dans une barque guidée par un ange ou par Jésus (Basilide) "; si le papatus est ub personnage assez rare, la nourrice apparaît dans les gestes de saint Laurent (Concordia est présentée comme la nourrice d'Hippolyte|. Sur les rapports de Vitus avec Perpétue, cf. p. 171, n. 2. — Arpan n'est pas mentionné dans le Lexicon de Roscherj.

* Noter encore que, dans Basilide comme dans Vitus, le martyr meurt doucement, dans une prière, et non pas au milieu des tourments.

Page 1