RAPPORTS MUTUELS DE CES TEXTES
vitent à dater des années o50-650 environ l'apogée du culte d'Euplus : il a dû grandir au cours du ve et du vie siècle.
Nous avons vu que C dérive de B. Or, deux particularités de B dénoncent la fin du ve ou le début du vie siècle : je veux dire les traits relatifs à la Trinité, à l'inséparabilité de la Trinité, à l'unité de la Trinité [3 et 7] l, et ces expressions augustiniennes [8] qui semblent viser les semi-pélagiens. L'insistance, enfin, du rédacteur anonyme à souligner la joie d'Euplus qui marche à la mort quasi pergens ad nuptias 2 pourrait bien faire écho aux controverses catholico-manichéennes touchant la spontanéité du martyre. La version de Mombritius, B, date, j'imagine, des environs de l'an 500; elle a été rédigée par un augustinien comme la version mombritienne de Vitus.
Je serai moins précis touchant C, dont je placerai la rédaction vers le vnc siècle. C'est à ce moment que s'épanouit le culte ; c'est à cette époque que remonte, sans doute, cette curieuse vie de sainte Félicité 3, où les souvenirs de l'ancienne mythologie et les réminiscences des poètes sont plus fréquents encore qu'ici; et, d'autre part, il est certain que le rédacteur écrit à une époque où tout souvenir est aboli de ce qu'était l'antiquité romaine : il conçoit sur le modèle du culte chrétien les cérémonies du culte païen \
Le texte E se distingue nettement des deux autres textes qui constituent avec lui la première famille : c'est une métaphrase, adaptation et développement de l'histoire, propre au monde grec. Le rédacteur a retenu le thème central ; il l'a orné de tous les détails qui sont de style dans les légendes, le cachot scellé, la source miraculeuse, la voix céleste, la demande d'un peu de répit afin de prier avant de mourir; il y a ajouté quelques indications topographiques. Le texte qu'il avait à sa disposition était apparenté à A I) : mais j'imagine qu'on y
1 « Torqueatur Eupluit quoailiwque conflteatur bo Dcor veros... adoran» M.ntem, Apollinem et Atclepium. — Hentus Euplim respondit : Bene «lixioli Calvitiaoe, ut adorem Trioitatem iiiBftparnbilem qiifr Tfinitâl imitas DeiUtit est IRuioart, 438. S 1).
* Cf. Agathe, Vitus, Pancrace.
■ Kûostle : Hagiogroph. Studien (1894), p. 133, §q.
4 § 2t Scrutare si singulis diis sua ofticia laudabiliter imponaot». [Cf. « in libru bœc senteotia Jovis omnia plena »].
184 l'hagiographie augustinienne
trouvait déjà ce trait prédestinatien que j'ai noté [13], ' et don; , qu'il avait été rédigea la même époque environ que B. les détails topographiques se trouvaient-ils, ou non, dans le modèle latin? Et la nouvelle Trinité païenne (Jupiter, Esculape, Artémis)? Et ce mystérieux Galenos? On ne saurait répondre à ces questions. Il faut se contenter de dire que E, selon toutes les vraisemblances, est postérieur à Bélisaire et antérieur à Siméon Métaphraste *.
Restent A et D, le texte de Baronius et le texte de Cotelier. Je crois que ni l'un ni l'autre n'est pur de toute retouche, mais qu'ils nous permettent d'atteindre un texte authentique. La (in du texte D est, évidemment, écourlée ; mais le début de ce même texte nous met à même de corriger quelques fautes de A. En 3CH-304, le gouverneur de la Sicile portait le titre decorreelor, comme le veut D, non le titre de consularis, comme dit A : la chose est certaine pour l'année 314, et c'est seulement à partir de 337 que nous trouvons en Sicile, non plus xmcofrector, mais un consularis 3. L'intervalle de temps qui, selon D, sépare les deux comparutions d'Euplus, n'a rien d'invraisemblable, au milieu de la persécution ; et l'on s'explique la leçon de A : le rédacteur aura voulu corriger ce qu'il croyait une erreur.
Ces deux réserves faites, le texte de Baronius doit reproduire assez fidèlement * un document contemporain de 303-304. On sait que l'édit du 24 février 303 ordonna la destruction des livres sacrés et que l'édit de 304 proscrivit absolument le christianisme ; on a rappelé, à propos de Vincent, quelquesuns des épisodes les plus fameux de cette histoire. Nul doute que nous n'ayons ici le récit d'événements analogues à ceux qui illustrèrent Félix et Saturninus. Aussi bien tous ceux qui ont lu « l'histoire des martyrs de Lyon dans]Eusèbe » sententils vibrer dans les réponses d'Euplus une âme de martyr 5.
1 Cf. supra, p. 181.
2 11 provient sans doute d'un des monastères grecs de Rome ou de Calabre ou «le Sicile, Cf. p. 181, u. 3, ce qu'il dit des « coutumes des Grecs ».
{ Eusèbe : H. E., X, 5, 23 : — Marquardt, Iiomische Stnatsverwaltung, i, 240. — |Cf. Allard, iv, 407*].
• U faut, sans doute, faire encore abstraction de certaines expressions | ainsi « 1 1 ii vi s ex amicis Calvisiuui »|, de la tri ni té païenne et peut-être des citations évangéliques. — C'est, naturellement, le texte de Mombritius qui est devenu le texte vulgate.
5 Cf. Tillemont, v, 275-278 et 694 696; Allard, iv, 407-410. — Kunstle \Hug. Stuiiicn, p. 2!»| rapproche les actes d'Euplus des actes de Scilitaias : ici et là.