ORIGINE D' AGATHE
monter plus haut. Je dois ajouter que, entre le temps de Symmaque et l'époque de Grégoire, le pape Vigile a séjourné à Catane, sans doute durant un temps assez long : il y a fait l'ordination de Noël, il a pourvu de là à l'administration de Rome *.
Dès les environs de l'an 500, les Romains se sont donc intéressés à sainte Agathe : ici comme pour Vitus, ne peut-on croire que le patrimoine de V église romaine explique i 'extension du culte à Rome ? Qui sait s'il ne faut pas étendre encore cette hypothèse et rattacher Agathe à la mémo époque et aux mêmes cercles littéraires que Vitus ?
Trois faits nous y invitent.
Les gestes d'Agathe sont étroitement apparentés aux gestes de Vitus : la spontanéité joyeuse des martyrs, la puissance magique du signe de croix, surtout la visite du Christ au martyr dans sa prison, l'attitude du peuple, favorable aux Chrétiens, la même citation biblique (le cerf altéré qui soupire après la fontaine) le tremblement de terre qui punit et effraye les persécuteurs, la mort du martyr, non pas au sein des tortures, mais dans le calme et le silence, la visite que lui rendent dans sa prison, ici saint Pierre, là Jésus, — autant de traits qui rapprochent de la sainte de Catane, le saint de Sicile, de Lucanie et de Rome.
D'autre part, le passage où il est dit que les portes de la prison restent ouvertes, et que les compagnons d'Agathe lui permettent de fuir, et que la sainte refuse de perdre sa couronne * nous rappelle certain épisode de Processus 8 et nous
fuodum Lardarium : a fundameDto cum foole coostruxit ubi posuit arcus ar genteos II. EoJenu tempore fecit basilicam s. Paocrati » [L. P., i, 262].
1 « Oui (Vigilius) ingressus Siciliam iD civitate Catiuense permissus eet fa cere ordiûationera per mens, dec...; relraûamisit Romae Ampliatum presbiterum et vice-domiuum sou m et Valeutinum episcopum a Banda Rufioa et SecuuJa ad custodi^ndum Laterame et gubernandum clerum [L. P., i, 297. — Cf. 300-301. note» 15 et 16]. — Noter que Vigile est mort, tandis qu'il revenait à Rome, eu passant à Syracuse.
1 « lia... per totam Doctem lux réfutait io carcere * ut prœ pauores custodes carceris fugereut et carcerem apertum derelmquerent. Tuoc dicebant s- Agathe personœ qucB ibi eraat ioclusœ ut abiret. Illa autem dixit : Absil a me ut ego corooam meam perdam et eos qui custodes suot tribulatiooibus tradam. Ego eûim adjula a Domino meo Jesu Christo perseverabo in coofessione eius qui me salvara fecit et coosolalus eut me > [5 février 617, § 10].
3 « Tuuc uidentes beati processus et martiuiauus magistriani dixerunt ad
• Cf. Vitus, Alexandre, Pierre Marcellin.
200 l'hagiographie augustinienne
ramène au premier tiers du vie siècle : c'est l'époque des controverses catholico-manichéennes touchant la spontanéité du martyre.
Je note enfin que les gestes d'Agathe rappellent singulièrement certaines autres légendes romaines qui précisément datent du début du vie siècle. Yibbiane est confiée, et vainement confiée, comme Agathe, à une femme perdue de mœurs qui doit la décider à rejeter le Christ1. Pancrace, lorsqu'il est conduit au martyre, laisse éclater la même joie qu'Agathe2. Le petit ange porte-lanterne se retrouve dans Alexandre. Les gestes de Cécile ', surtout, offrent de curieux points de contact avec les nôtres. Ici et là, je lis une inscription apportée par un ange ; ici et là, la sainte préfère la chasteté au mariage et insiste sur les débauches des dieux païens, Jupiter ou Vénus ; ici et là, l'auteur parait familier avec la littérature chrétienne d'Afrique, Tertullien, saint Augustin, Victor de Vita, Fulgence Ferrand *.
Il semble que les gestes de Vitus, d'Agathe, de Cécile, de Pancrace, et peut-être même de Lucie, soient apparentés l'un avec l'autre. Vitus et Pancrace sont présentés tous deux comme de jeunes enfants martyrs ; leur père à tous deux est un ami de l'empereur; Lucie et Pancrace accordent une égale importance aux questions de successions ; Pancrace et Agathe sont également vénérés sur la voie Aurélia ; le rédacteur, ou le groupe de rédacteurs d'où ces gestes sont sortis, a sans doute des attaches avec les cimetières de cette région. Ce
sanctos apostolos Christi petrum et paulum : pergite quo desideratis quia oblitus nero disperauit de uobis. Ezeuntes autem de custodia sancti apostoli
petrus et paulus et (petrus) uidit dominum... et domicile... (dixit ei)..*
redi roraara ; et rediit petrus Romam [Cod. Palatinus% 846, f. 106vj. — Cf. G» M. R. i, 170-171, 203, 303-305.
* G. M. R., î, 123-126 et 311.
* G. M. R., i, 235-237 et 309 et 336.
3 G. M. R., i, 116-120 et 293 296. Cf. dans Cécile, Magnum habeo sponsum, dans Agathe, Quia habeo Salvatorem, D. J. C... — Le titulus des gestes de Cécile porte ces mois : VNVS DOMINVS VNA FIDES VNVM BAPTISMA : c'est le mot de saint Paul [Ephés. iv, 5], rappelé du reste par Avitus [P. L.% 59, 311], et. Liberatus [cf. infra, p. 206 207, n.J. d'après Erbes, Die heilige Csoilia... [Z. Kirchengeschichte, îx (1887), 2 sq.J. — L'inscription des geste» d'Agathe avait sans doute été placée au tombeau à la suite d'une éruption.
* Les gestes d'Agathe sont encore parents de ce texte à demi-airicain que sont les gestes de saint Vincent : 1. Noblesse des martyrs; 2. Supplice des charbons et tessons de bouteille ; 3. Mort tranquille du saint ; 4. Lumière céleste dans la prison horrible du martyr où défense est faite de lui rien -donner ; 5. Opposition de l'âme toujours libre, au corps esclave du persécuteur [S. Vincent dans Prudence] : 6. Souffrances du persécuteur impuissant.