‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 3)Chapitre 90 sur 143 · LES MOINES SCYTHES · texte numérisé non relu

LES MOINES SCYTHES

ou ces rédacteurs connaissent Rome et la Sicile : ils appartiennent au 'monde romain, à supposer qu'ils ne soient pas romains de naissance : je m'explique ainsi que ce soit saint Pierre qui vienne visiter Agathe.

Cette hypothèse est confirmée par un fait.

Nous connaissons en grec, deux versions des gestes d'Agathe qui attachent la sainte, non seulement à Catane, mais aussi à Palerme : Palerme devient ici la demeure, là la patrie d'Agathe l. Or, Palerme était, avec Catane, la résidence des deux recteurs des patrimoines siciliens de l'église romaine 2. On comprend que Palerme ait tenté de partager la

* 5 février 624 et P. G., 114, 1332, sq. — J'incline même à croire que le texte latin que nous atteigDons derrière le texte grec de Métaphraste, manifestait plus nettement que nos gestes sa parenté avec Cécile et Vitus. J'y relève ; 1. Plus d'insistance sur l'idée de chasteté [i; 4. 1333] ; 2. plus d'insistance sur la grâce [i, 4, 1333] ; 3. une allusion très nette à des paroles fameuses de saint Paul [h, 6, 1336, rien ne pourra me séparer de la charité du Christ] et [n, 7, 1336, nous sommes esclaves du péchéj ; 4. Une allusion très nette aux anges gardiens [iv, 17, 1344, 66ev xtvà uîtovoiav ïft^ «YÏ£^0V e^vot' aù-côv tfjç fxipTupo;]. — Le début du texte grec [1-5] s'éloigne assez du début de nos gestes : je remarque notamment le § 5 : Agathe perd sa sandale, à peu près comme saint Pierre perd une bandelette sur la Via Nova, dans les gestes de Processus; elle prend Dieu à témoin de la froideur des Palermitains qui cessent de l'accompagner — elle s'en aperçoit alors ; — et Dieu suscite ce symbole de leur âme desséchée, un olivier stérile. La version grecque est donc hostile à Palerme, dont elle reconnaît les prétentions : elle procède sans doute d'un remaniement catanais d'une tersion palermitaine . L'autre version grecque, traduite par les Boilandisies, est davantage encore favorable à Catane : c'est là que la sainte est née, [Palerme n'est que sa demeure.] Un monastère d'Agathe est attesté k Païenne par saint Grégoire.

[Ep. IX, 66. Hartman, u, 86] on l'appelait souvent « monasterium lucuscanum »J. Comme toujours, il y a eu ici pluralité de rédactions.

* Grégoire le Grand, Ep. II, 33 [P. L., 77, 565-567] et i, 1 [P. Z,., 77, 441- 442]. —Je note qu'il y avait des Manichéens en Sicile, dans les patrimoines même de l'église [Ep. V, 8. — P. L., 720-730].

Notre rédaction repose-t-elle, pour Agatlic comme pour Viius, sur un texte antérieur inconnu aujourd'hui? Et ce texte dérive-t-il, comme c'est le cas pour Euplus B, d'un document contemporain du martyre ? Je ne sais. J'incline à accepter la première hypothèse et à rejeter la seconde : la physionomie d'Agathe diffère notablement de celle que présente Vitus, et ne rappelle guère les actes authentiques.

Je remarque que c'est sous Symmaque [493-514] que se construit la basilique delà Voie Aurélia. L*épanouis9nment du culte d'Agathe semble dater de ce temps, comme aus^i l'épanouisse ment du culte de Cécile. — Peut-être l'introduction du nom d'Agathe su canon romain date-t-elle aussi de cette époque(comme l'insertion dans les prières de la messe des doxologies in unitate Spiritus Sancti). Peut-^tre le poème psendo-damasien date-t-il du temps de Vigile [537-555] et de la réfection des cimetières tu temps des Goths : tel

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gloire d'Agathe avec la ville dont la situation était analogue à la sienne.

J'ai montré que les moines scythes qui, sous le pontificat d'Hormisdas [514-523], menèrent si vigoureuse campagne contre la formule monophysite du Trisagion, exercèrent une influence active sur certains rédacteurs des gestes romains; ainsi s'explique la doxologie : Jésus Chris tus qui cum Deo Pâtre vivit et régnât in unitate Spiritus Sancti l.

Je me demande si ce n'est pas à ce groupe de rédacteurs qu'il faut rapporter les gestes de Cécile, de Vitus, de Lucie et d'Agathe, — ou du moins certaines versions de ces légendes.

Les moines scythes se sont adressés aux évèques d'Afrique exilés par les Vandales en Sardaigne et que l'église romaine soutenait libéralement 2 : par là s'expliquent très bien la couleur augustinienue et la doctrine christologique de Vitus [version Mombritius).

Ferrand, ami et parent de l'illustre Fulgence de Ruspe, écrit au diacre romain Anatole une longue lettre au sujet du

semble être le cas du court elogium qui célèbre les < martyrs grecs » [G. M R., i, 182] ; puis, je note que Vigile a séjourné à Catane.

Nos gestes dateut te martyre d'Agathe du troisième consulat de Dèce, c'està-dire de 251 II est très possible que cette indication soit exacte. [Aldhelme seul parle de Dioclétien : peut-être y a-t-il là un simple lapsus de sa part, peut-être suivait-il un texte écrit].

Je note d'un mot une autre légende d'Agathe; née on ne sait quand, à saint Désiré (Allier), autour d'une chapelle consacrée à notre sainte. Agathe est une petite bergère qui néglige ses moutons pour prier Dieu ; son maître devine sa sainteté ; elle dompte, sans un mot ni un geste, deux taureaux indomptables qui tèment partout l'épouvante; mais elle tombe morte quand ils enlren à l'étable, ils disparaissent tout d'un coup quand on l'enterre [Revue des tra\. dirions populaires, 1898, 694].

Je rappelle que l'inscription d'Agathe, h l'époque féodale et depuis, fut souvent gravée sur les cloches : Odon de Châteauroux l'a commentée.

2 L. P., i, 203, 268, n. 43.— Pfeilschifter : Theoderick der Grosse und die Katholische Rirche. Munster, 1896, 124.

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