‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 3)Chapitre 91 sur 143 · FULGENCE FERRAND · texte numérisé non relu

FULGENCE FERRAND

Trisagion l« Nous savons, d'autre part, la dévotion de Fulgence à l'endroit des martyrs. // lisite pieusement leurs tombeaux à Borne * ; il construit un monastère près le tombeau de saint Saturninus à Cagliari 3. Rien d'étonnant à rencontrer dans ce milieu quelques-uns de nos hagiographes anonymes.

Je relève dans Agathe un trait qui rappelle curieusement un passage de la vie de Fulgence qu'on attribue à Ferrand *.

1 P. L, 67, 888-908. — Cf. aussi la lettre 4 à Eugippius, le disciple et abréviateur d'Augustin [908-910], de essentia Trinitatis et de duabus naturis Christi, et la lettre 5 à Sévère scholastique, à Constaatinople [910 921] quod Dominus noster Jésus Christus sit unus de sanctn et individua Trinitate. Mais le texte essentiel est la lettre 3 à Anatole diacre de Rome, écrite avant 535, de duabus in Christo naturis et quod, unus in Trinitate, natus passusque dici possit. Rapprocher notamment des textes et des commentaires donnés dans notre premier volume[G. M. R., i, 313-318] les textes suivants : « Duos filios ignorât fides catholica, quaternitatis assertores omnino detestanius, et idcirco nunc, quantum arbitror, quibusdam reclse ûdei custodientibus regulam, placuit unum de Trinitate passum fateri... Non est quarta persooa qui passus est, sed ad numerum pertinet Trinitatis [899 C ...] Filins secundum divinitatem quia non est créature, sed creator, unus est de Trinitate , et quia ipse secundum bumanitatem digoatus est pati, propter hoc unus de Trinitate dicitur passus. Taie est itaque, quantum coujicio, imo potius quantum credo : Unus est de Trinitate passus, quale est dicere : Deus est passus. Sicut autem quisquis Deum prœdicat passum, uon substautiam divinitatis facit passibilcm, sed divinitatis irapassibilis et humanitatis quae subjacuit passionï, unam monstrat esse personam, sic unum de Trinitate passum prsedicans, unitatem personee commandât in utrisque naturis : excludens nestoriaoae haereseos ut-fariam perfldamque doctrinam duos filios inducentis [§ 11, 900, B]. Unum de Trinitate passum Nestoriauis non inmerito placet... Èutyehianis autem unum de Trinitate passum non recte placet. Ipsi euim duas Christi perinanere natures evidenter negare coniendunt, quibus per hoc capitulum manifeste contradicitur : insinuala uoa suhstantia per hoc quod unus de Trinitate ; insinuata quoque alia per hoc quod passus infertur. Passio enim commemorata testimonium est naturae passibilis... » [§ 12, 901, G], [Cf. encore Pierre Diacre ; De Incarna'ione et gratia D. N. J. C. § 4, P. L., 62,

* P. L., 65, 130. Romam vcnit,... ; postquam sacra martyrum loca venerabiliter circuivit,...

* L'attribution du texte àFerraod, proposée autrefois par Chifflel, a été récemment combattue par Ficker : Zur Wurligung der Vita Fulgenti [Z. f. fin* K. G. xxi (1900). p.9j. Ficker cherche l'auteur inconnu non à Carthnge, mais à Ruspe, parmi les moines du mooustère de Fulgence ; il recouuait dans la Vita une intention auti-épiscopale Puisse Félicien, le successeur de Fulgence, être un vrai moine, ami des moines, comme l'a été celui-ci ! Le fait est que Fulgence, comme Kulalius de Syracuse, a songé, sous l'influence de Cassieo. à partir pour la ThébaïJe (P. L.t 05, 128, G, 129, B) : détail iutéressant, et qui atteste l'influence de Cassien, à cette époque même, sur les cercles nugusliniens. — La Vita était certainement achevée en 535.

204 l'hagiographie augustinienne

YitaFulgentii[P. L , 65, 149]. Gesta Agaihx |5 février, 622, § 9].

Fulgence refuse de prendre des Agathe refuse de prendre des mé-

bains pour calmer ses douleurs, ainsi dicaments pour soigner ses blessu \ s. que le lui conseillent les médecins. « Medicinam carnalem meo corpori « Nunquid balneœ, inquit, benefacere numquam exhibui, et turpe est jnod poterunt ne homo mortalis expleto quamdiu ab ineunte œtate mea :jhvitœ su» te ra pore moriatur ? Si vero servavi nunc perdant *. proximam mortem nec aquarum calidarum possunt fomenta repellere, cur mibi, obsecro, persuadetis ut ri~ *gorem diu servatae professionis in fine dissolvam. »

De quelque côté que se trouve la dépendance, elle atteste la diffusion des deux textes dans les mêmes milieux.

Nous sommes assurés que Fulgence Ferrand aimait à citer le passage fameux de l'épître aux Philippiens(n,6,8), où saint Paul s'essaye à définir la nature mystérieuse du Christ ; je le trouve cite', à deux reprises au moins, dans les quelques lettres qu'il nous a laissées *. — Or, je relève cette même citation complaisante dans les versions augustiniennes de Vitus et à9 Alexandre de Bergame 3.

Ferrand, les rédacteurs à' Agathe et de Vitus sont également versés dans les lettres grecques. L'auteur tf Agathe connaît les actes de Tarachus : comparer les mamillœ... intus in anima des gestes d'Agathe avec Yinterior et immortalis lingua des gestes de Tarachus [§ 5] 4. — Il connaît de même les gestes de Claudius Asterius : comparer ce que dit Theonilla à Lysias [§ 5] 5 : Non sufficit quia me nudam statuisti ? Non autem me

1 Agathe note que les visages desidoles étaient dorés: «dsemonia enim sont isti... quorum marmoreas et gypseas faciès iuauratis. |5 février, 616, § 5]. — Nous savons, en effet, que le visage de Cselestisest revêtu d'une mince couche d'or.

2 Lettre à Anatole de Rome : P. L., 67, 903, B. § 14. Jam ego dixi : Qui cum in forma Dei esset... semetipsum exinanivit formant servi accipiens... — Lettre au comte Reginu9 : P. L., 67, 940-941, cinquième règle : Humants divina prsepone... Deus factus est homo ut homo esset Deus, id est Christus Jésus. Qui cum in forma Dei esset...

3 J'attribue au même rédacteur la version bollandiste d'Alexandre de Bergame et la version mombritienne de Vitus — qui se lisent toutes deux dans le Codex Viwlobonensis 557. Cf. les prologues des deux textes ; les allusions à la communion des saints, aux controverses relatives à la grâce, au martyre, à la Trinité ; certaines similitudes d'expression : prxventus gratta Christi, Deus in Trinïtate [Alexandre], Dei in Trinitate perfecta manentis [Vitus]', la formule de saint Paul, temet ipsum exinaniens... se lit dans les deux textes.

* Ruinart, 1859, p. 460.

8 Ruinart, 1859, p. 311.

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