PARALLÈLE AU MOUVEMENT LÉR1N1EN
tius s'élancent à la poursuite des fugitifs, suivis des spiculatores. Or voici quune des mules qui traînent les martyrs s'abat au lieu qui est appelé Grado [ad aquas gradatas] ; on les arrête. — Remarquons combien cet accident est glorieux et providentiel : comme Elie fut ravi au ciel sur un char de feu y ainsi les martyrs étaient emportés par une foi de feu [ignea fides] / S'ils se sauvaient, ce n'était pas quils voulussent fuir ! Leur but était de parvenir plus tôt au martyre. Ils ne voulaient pas se cacher, mais manifester [? se christianos adprobarent] leur christianisme à tous les passants. En vérité, ils auraient pu se cacher avec beaucoup d'autres dans la cité ; ils tenaient à enflammer ardemment le cœur du peuple d'amour pour le Christ, Il ne faut pas parler de leur fuite, mais de leur départ. — On veut quils sacrifient ; ils refusent. Alors les bourreaux les emmènent avec leur pédagogue Protus. Ils se réjouissent, ils chantent, ils lèvent les mains au ciel et prient : « Seigneur Jésus-Christ qui as promis d'être un père et une mère pour ceux qui n'abandonnent jamais ton nom [perseverantibus in tuo nomine], nous t'en prions, reçois nos âmes en paixl » Ils s'agenouillent; on les décapite ; leur sang coule, blanc comme du lait ! Le vénérable prêtre Zenus ensevelit les corps dans un beau loculus, puis il meurt à son tour. Puissent leurs prières nous aider ! Nous célébrons solennellement la mémoire de leur passion afin d'être associés à l'héritage des saints martyrs. Ils ont souffert dans la cité d'Aquilée le 18 des /calendes de juillet, sous le règne des empereurs Dioctétien et Maximien, devant le comte Sisinnius et le praeses Dulcitius, tandis que règne Notre- Seigneur Jésus-Christ, à qui honneur et gloire, puissance et empire dans les siècles des siècles. Amen.
Le férial héronymien écrit, au 31 mai \ (Aquilée) :
d'après E : cantiani proti crissogoni et cantinellœ ; d'après B : canti cantiani procati crissogoni et cantianellx.
Ce sont évidemment nos martyrs. Ils semblent associés à saint Chrysogone ; mais, leur histoire authentique étant in-
» Rossi Duchesne, p. 69. — [Cf. p. 78, ivn. Kal. iulj. — Ou a découvert en 1871, daot la basilique de Grado, un reliquaire en argent qui peut fttri «lu ti* siècle et qui donne le* images des trois martyrs | Iiull. Aroh. Crût., 1872, 155 et pi. ii-xn ; 1878, 42].
214 l'hagiographie pannonienne
connue, on ne saurait dire si cette association a une valeur certaine, ou si elle ne reflète pas, seulement, l'usage liturgique.
Notre texte reparaît sous la forme d'un court sermon ■ attribué à saint Ambroise : ce n'est qu'un résumé de nos gestes [A] ; il les cite 2.
En revanche, nous connaissons une autre forme de la légende [textes B] ; elle est caractérisée par les traits suivants :