‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 3)Chapitre 97 sur 143 · L'auteur inconnu ne prétend pas être saint Ambroise · texte numérisé non relu

L'auteur inconnu ne prétend pas être saint Ambroise

2. Les saints sont rattachés à la famille des Anicii, c'est-à-dire de l'empereur Carin de divine mémoire ; 3. Ils connaissent Chrysogone, vont à Aquilée pour le voir, et, lorsqu'ils sont arrêtés par les spiculatores, c'est à son tombeau qu'ils se rendent, sur l'ordre d'une vision.

Ce texte nous est parvenu dans cinq versions. La première 3 [Bà] ajoute que les trois saints ont été élevés à Rome dans la quatorzième région, au temps oùDioclétien gouvernait Rome, Maximien l'Illyrie, Carin la Gaule ; Çarin était favorable aux chrétiens; lorsque les saints quittent Rome, c'est, disent-ils, qu'ils vont visiter leurs domaines suburbains ; ils arrivent à Aquilée trente-six jours après la mort de Chrysogone, et là ils réconfortent les âmes vacillantes.

Les quatre autres * [Bb ; Bc ; Bd ; Be] ne se distinguent de

* B. H. L., 1549 [P. L.y 17, 705-706] : « Hodie teatissimorum Cantii, et Cantiani et Canliamllse natalis est.fQuam bene et jucuode très martyres uno pêne uocabulo nuncupantur... ! »

2 « Refert autem de beatis supradictis historié quod... eos secedere uoluisse » [S 2. — P. L.t 17, 705. B].

3 B. H. L., 1546 [31 mai, 428 ou 421]. Omnia qux a sanctis g esta sunt vel geruntur..,

* B6 = B H L, 1543 [Codex Namureensis 53. Analeeta Boll.% i, 511, etc.]. Ce texte coïncide avec Ba sauf : 1. Le prologue Omnia quœ a sanctis est omis ; 2, au § 4, la première phrase est sautée ; le récit commence par les mots audientcs,.. très oermani; 3. Le $ 6 finit après Aquas gradatas; 4. Le § 7 est sauté sauf le début jusqu'à ita illi siint.— Bc = B. H. L., 1544. [Codex Bruxellensis 207 -208 du xu° siècle. — Cat. Brux. i, 153] : les six premiers §§ coïncident avec Bb ; au § 8, après sepelivit, ou ajoute qui et ipse post aliquantulum *... — Bd = B. H. L., 1545 [Mabillon : Liturgia gallicana, 467] : ce

* « Qui et ipse post aliquantulum terapus cum susceptionis sus hoc ordine perrexit ad Dominum. Apparuerunt ei in visione sancti martyres dicentes : Sceleratissimus Diocletianus, Agapen, Chioniem et Hirenem, quas in virginitate perdurantes religione nutrivisti, faciet intra paucos dies comprehendi. Quas usque torqueri faciet, donec Dominus concedit habere solatium famulas suai Anastasiœ. Tu autem, quia bene complacuisti Domino, requiesces cum sanctis. Igitur cum hsec narraretsanctus Zœlus, ecce Anastasia domum in quam nunquam fuerat ingressa ingrediens, constanter ait : Ubi sunt sorores mère quas mihi Dominus commendavit. Et videntes se iuvicem in Christo lœtatse sunt atque locum ubi eraift corpora sanctorum martyrum ostendentes, roga-

SAINT CAPTITUS 215

la précédente que par des variantes de moindre importance.

Quelle est la date de chacune des deux familles A et B. Les versions pseudo-ambrosiennes, A, sont antérieures aux versions où apparaît Chrysogone, B : Agnes, Vitalis-Agricola, Gervais- Protais sont également des textes pseudo-ambrosiens, et ils datent sans doute du premier quart du ve siècle, — tandis que l'introduction de Chrysogone dans la légende témoigne d'une époque où les traditions locales tendent à s'associer et se fondre en un cycle.

Cette hypothèse générale souffre une difficulté. Le passage relatif à la fuite a plus de relief dans les textes pseudo-ambrosiens que dans les autres ; pourtant ceux-ci paraissent plus récents que ceux-là, alors que c'est à la fin du ve siècle que les polémiques touchant la fuite ont sans doute été le plus vives.

Je soupçonne que la version A a été retouchée. La retouche semble même très apparente et maladroite. Le texte pseudoambrosien primitif disait tout bonnement que les chrétiens s'étaient sauvés. Mais voici qu'on se moque : pourquoi, disent les Manichéens, vénérer des martyrs qui n'auraient pas mieux demandé que de ne l'être pas? Les martyrs se sauvent : ce sont leurs gestes mêmes qui le disent. Un rédacteur catholique intervient donc ; il explique la chose ; c'est un accident providentiel,... etc.. On constate, dans Dasius *,une reprise tout à fait analogue : l'auteur interrompt le fil du récit, ici et là, afin d'attirer l'attention du lecteur, prévenir une mauvaise interprétation, exciter l'horreur dans son âme.

texte reproduit, comme Ba, le prologue omnia quœ a sanctis; mais il ignore Chrysogone. — Be = B. H. L , 1548 [Codex Monacensis, 22241. — Analrcta, xvii. 109] , il ne mentionne pas Ambroise et rattache les Cantii h la rcgalis Anitiorum progeniet ; il est pourvu d'un prologue parallèle au prologue Omnia, mais sans doute postérieur : agones sanctorum describerc martyr um et eorum pro Domino narrare supplioium, illius est adorandum laudare suffragium.

Ces cinq versions se répartissent en trois groupes : Ba, Bd, [prologue Omnia] : — Bb, Bc [pas de prologue) ; — Be. Tant qu'elles ne seront pas plus accessibles, il serait imprudent de vouloir fixer leurs rapports.

1 Cf. infra, p. 255. — Noter aussi l'importance qu'a l'épisode de la fuite dans Alexandre de Bergame. Cf. aussi Ru/ine-Seconde.

verunt ut secum aliquantulum demoraretur. Ula vero unam apud eas exigens noctem, rursua ad urbem Aqmlegienaem pergit, aollicita satis de his quas in vinculis hababanlur. Qua eunte aanctua Zœlus perrexit ad Deum. Martyrizati... imperanle Diocletiano, régnante D. N. J. C. per iufinita sa?cula axculorum. Amen. »

L HAGIOGRAPHIE PANISONIENNE

Quant au fond du récit, A rappelle, indépendamment d'Agnès et de Gervais- Protais, les gestes des martyrs pannoniens Quirinus, Pollion et Jules.

Voici les points de contact de Cantius A et de Quirinus : 1. Tous deux racontent la fuite d'un martyr dont ils ne veulent pas qu'elle paraisse être telle ; 2. Tous deux emploient l'expression leges romanas [subuenite romanis Iegibus, dans Cantius A ; — cultorem te Iegibus romanis exhibeas, Quirinus, § 4]. Ces coïncidences sont trop significatives pour être l'effet du hasard. Nous verrons que Quirinus a été remanié aussi bien que Cantius et que le trait relatif à la fuite est certainement un des passages retouchés ; il est donc vraisemblable que les deux remaniements datent du môme temps, reflètent la môme situation, sont l'œuvre d'un même groupe de rédacteurs.

La finale de A rappelle la finale de Pollion :

Cantius A

« Quorum metuoriam passioûis sollemuiter celebramus ut socii et beredes iaveniamur eanctoruua martyrum. »

Pollion

« (Eorum passionem) hodie cum gaudio célébrantes deprecamur diuinam potentiam ut dos eorum meritis participes esse concedere dignetur. »

Pollion et Cantius A sont tous deux des textes retouchés : l'analogie des deux finales s'explique sans doute par là.

Voici, au contraire, un autre trait de la doxologie qui paraît dater de la première rédaction de A : il ne se trouve que dans des textes non retouchés, tels que Jules :

Cantius A

« Passi suut in aquiligiensi ciuitate sub die octauo decinio Kaleudarutn iuliarum, imperantibus Diocletiano et Maxiniiauo imperatoribus, agente Sisiunio comité et Dulcitio prxside, régnante D. N. J. C, cui est honor et gloria, polestas et imperium iu saecula saiculoruin. Amen. »

Jules

« Martyrizatus est autem uenerabilis Dei famulus Julius apud prouiuciam Maesiam iu ciuitate Dorostorense die VI Kalendarum iuniaruoj, agente Maximo prxside, regn&iile D. N. J. C, cui gloria in saecula sœculorum.

Amen ».

Le pseudo-Ambroise qui rédigea A au début du ve siècle connaissait sans doute Jules ; j'imagine que son texte suivit à Rome les gestes des Quatre Couronnés et qu'il y fut remanié,

CANTIU8 B ET ANASTASIB 217

à l'époque gothique, environ le temps où Ton écrivait le texte B.

Quelle est la date de celui-ci? Deux traits le caractérisent,

— sans parler de la disparition de saint Ambroise : — il semble parent des versions lériniennes ; il fait une place à l'histoire de Chrysogone et d'Anastasie l.

Les martyrs commettent le même mensonge qu'Eugénie lorsqu'ils quittent Rome : tuncprœdiasuainsuburbano posita sub specie visitationis cir cuire decreverunt et apposita hac occasione de urbe Borna exierunt.

Comme dans Sébastien, l'histoire se passe au temps de Dioclétien, Maximien et Car in ; et Carin est représenté, ici et là, comme séjournant en Gaule et protégeant les chrétiens '. Comme Sébastien, Cantius réconforte les chrétiens hésitants.

Il y a lieu de croire que le rédacteur de B appartient au même groupe que les auteurs de Censurinus, Eugénie, Maris- Alariha, Etienne.

On nous dit explicitement que les martyrs connaissent Chrysogone, qu'ils vont le voir à Aquilée et qu'ils tiennent à vénérer son tombeau. On ajoute 3 que les trois frères ont été élevés à Rome dans la quatorzième région ; or, la quatorzième région est constituée par les quartiers du Trastevere, et c'est là que s'élève l'église de saint Chrysogone, attestée en 499. Le rédacteur auquel on doit B connaissait et visait l'église romaine de Chrysogone et la légende de celui-ci. Relisons-là 4.

Anastasie, fille du romain Prétextât, vir inlustery est instruite et dirigée par le chrétien Chrysogone, aussitôt que la mort de son mari Publius l'a rendue maîtresse d'ellemême et de ses biens ; quand éclate la persécution dioclé-

1 Dans la version A, deux traits seulement rappellent Anastasie : Dulcitius, Zoilus (Zenus).

2 Qu'on relise le passage de Sébastien, § 64 [P. L., 17. 1048, C. D.] : « Erat autem papa urbis Romœ Domine Caius..., imperantibus Carino, Diocletiano et Maximiano. Sed Diocletianus in urbe erat cura Maximiano : Carinua autem erat cum omni exercitu in partibus Galliarum positus ; et eius intuitu leuta persecutio Diocletiani circa christiaaos esse cœperat quia Carinus habebat aliquos amicos quos huius tituli professio decorabat. » « Carino bene ageote erga Cbristianos {Cantius). » — Noter que, en 285, Carinus battait à Vérone, dans la région d' Aquilée, l'usurpateur M. Aurelius Julianus [Victor : Epit. 38.

— Schiller, 1, 885].

3 Ba est sans doute plus ancien que les autres formes de B, lesquelles représentent la vulgate.

* G. M. K., i, 121 et 137.

218 l'hagtooraphie t\nnoniennk

tienne, Chrysogone refuse d'apostasier et est mis à mort à Aquilée ; conduite à Sirmium, puis exilée aux îles Palmaria, Anastasie est finalement exécutée après Iréné, Agapé, Chionia et Théodote : Theodote a refusé d'épouser Leucadius, Probus, puis Ulpianus.

Cantius B est apparenté à Chrysogone: 1. Même topographie et même chronologie : Aquilée, Grado, Dioclétien ; 2. Chrysogone mentionne un comte Sisinnius, puis un prœses Dulcitius à propos d'Iréné et ses deux sœurs ; Cantius les met en scène simultanément ; 3. Cantius et Chrysogone mettent Rome à Parrière-plan du récit ; 4. Cantius et Chrysogone s'intéressent à la question de la fuite : on l'a dit pour Cantius ; j'ajoute que, selon Chrysogone, Théodote s'est enfuie de Nicée à cause de la persécution; 5. Cantius et Chrysogone présentent d'autres traits qui rappellent les polémiques cathoîico-manichéennes : selon Cantius, le sang que répandent les martyrs est blanc comme du lait; on voit, dans Chrysogone, qu'Anastasie a abandonné la vie commune avec son mari ; 6. Cantius et Chrysogone s'intéressent aux choses de Pannonie et des pays danubiens : on l'a dit pour Cantius ; je rappelle qu'Anastasie est conduite à Sirmium, et que c'est là qu'elle est décapitée ; le Probus dont elle repousse les avances est sans doute celui qui apparaît dans Pollion ; 7. Cantius B mentionne explicitement Chrysogone *.

Mais on a vu que Cantius B rappelle les textes lériniens. Faut-il admettre que certaines versions à* Anastasie et de Chrysogone ont même origine que Censurinus et Cantius B ? * Voici les points de contact qu'on note entre Chrysogone et Sébastien, Pontius ou Nazaire : 1. Anastasie sait mentir aussi bien qu'Eugénie, Chromatius, Cantius et ses frères : elle feint d'être malade [simulata infirmitaté] afin de rompre la vie commune; 2. Tous ces saints appartiennent à la plus haute noblesse : Anastasie ne trouve pas d'égale parmi les maternas ; Dioclétien offre à Chrysogone prwfecturam et consulatum, dignitatem generis tui ; Sébastien est le plus cher ami de Dioclétien et de Maximien ; Agrestius Chromatius est préfet de la Ville ; 3. Ils visitent les prisonniers et réconfortent les âmes troublées : telle Anastasie, telle Théodote, tel Sébastien, tel

* Parfois, même prologue : Omnia qux a sanctis gesta sunt. Le texte du férial a peut-être été rédigé ou retouché d'après Cantius B.

ORIGINE LERINIENNE DE CANTIUS B 219

Cantius ; 4. Conformément au désir de Salvien, et à l'exemple de Nazaire, de Ponce et de Chromatius, Anastasie distribue ses biens aux pauvres ; 5. Allusion à la licéité de la fuite en cas de persécution [Théodote fuit Nicée ; cf. Sébastien, 66-67]; 6. Agapé reproche à Dioclétien d'injurier ce Dieu « dont il a besoin pour régner », comme Pontius rappelle la punition de Valérien fait prisonnier par Sapor, comme Sébastien montre que Ja conversion de Rome au christianisme lui a procuré la paix et la grandeur; 7. Le rédacteur prétend citer le texte exact d'une lettre d'Anastasie à Chrysogone, comme l'auteur de Nazaire et l'auteur de Ponce prétendent reproduire les les lettres de Cornélius à Néron et de Claudius à Valérien; 8. Comme l'auteur de Nazaire, l'auteur de Chrysogone semble connaître Gervais- Protais et Nazaire-Celse ; lorsqu'il rappelle les martyrs qui ont refusé de boire du sang des victimes, ne fait-il pas allusion à Valeria, qui refuse de partager le repas sacré des adorateurs de Silvain ; 9. Théodote est dite civis nicœna, comme Nazaire civis genuensis et Sébastien, civis narbonnensis ; 10. Irène est tuée, comme Sébastien, à coups de flèches ; 11. Anastasie et Nazaire sauvent un navire qui fait eau, sur lequel on les a placés; 12. Anastasie célèbre des martyrs grecs et rappelle comme Nazaire, Sébastien, Maurice, des textes grecs.

Il est peu vraisemblable que toutes ces coïncidences soient un effet du hasard. J'admets que notre rédaction cyclique d' Anastasie-Chrysogone ■ est un remaniement lérinien,tout de môme que Cantius B. Ils remontent, sans doute, l'un et l'autre à la fin du ve siècle.

1 Noter quelques points de contact entre Chysogone et Clément [comparer la méprise de Sisinnius qui ligotte des colonnes en croyant ligotter Clément, avec la méprise de Dulcitius qui embrasse des casseroles en croyant embrasser Agape et ses sœurs, cf. infrn] et Nérée [comparer les descriptions du paradis].

La méprise bizarre, qui est commuue à Chrysogone et à Clément, a été peut-être suggérée par un passage du livre fameux de Timothée qu'a traduit Rufin dans son Hùtoria Monachorum. On amène une jeune fille à Macaire de Scété. « Tune ille percunctatus quid uellent, aiunt parentes eius : Equa hœc quam uident oculi tui puella uirgo et fi lia nostra fuit, sed homines pessimi magicis artibus in animal hoc quod uides mutauerunt eam. Rogamus ergo ut ores Dominum ut commutet eam in hoc quod fuit. At ille ail : ego banc quam o*tenditis mihi puellam uideo nihil in se pecudis habentem : hoc autem quod dicitis non est in eius corpore ped in oculis intuentium. Phautasis enim dsmonum suot istœ non ueritas rerum... Fixis genibus orare Domioum coepit.... et post hoc perungens eam oleo in nomine Domini, omni fallacia uisus expulsa, uirginem uideri omnibus ut eam sibi uidebatur eflecit [H. M., 28. - P. L., 21, 451, A. B.].

L HAGIOGRAPHIE PANNON1ENNE

Cantius B rattache explicitement les martyrs Cantius, Can « tianus et Cantianella à la famille des Ànicii. Cette famille esta la fin du ve siècle une des plus puissantes de Rome ; elle dona*1 des consuls à l'état en 464, 483, 510, 523 et 526 ; elle est parente des Olybrii qui ont fourni un des derniers empereurs ; elle a soutenu Ricimer. Je remarque que Julienne, fille de l'empereur Anicius Olybrius, élève une église à Constantinople en î'ho,nneur de saint Polyeucte, et qu'elle est une amie de saint Saba. Le rédacteur anonyme a voulu flatter la pieté et l'orgueil des Anicii : il devait être de leurs clients.

D'autre part, l'église d'Anastasie — l'amie de Chrysogone — reçoit une fastueuse décoration au temps du pape Hilaire, 461-468: c'est une mosaïque que font placer dans l'abside Severus et Cassia *; Anastasie-Chrysogone (version cyclique) et Cantius B datent sans doute du temps d'Hilaire ou de son successeur.

Qeuirfnu8e L'histoire de Quirinus de Siscia atteste encore, après la léde Siscia 2 gende des Quatre Couronnés, après celle de Cantius, les rapports qui unissent les traditions romaines aux traditions martyrologiques des pays danubiens.

i De Rossi : Ins. Chr. U. fl., u, 1, n. 25, 150. Voici le texte de l'inscription qui commémore le fait.

Aotisles Damasus picturse ornarat honore Tecta quibus uunc dant pulchra metalla decus.

Divite testatur pretiosior aula nitore Quos rerum effectus possit habere fides:

Papae Hilari meritis olim devota Severi Necnon Cassiae mens dédit ista Deo.

Sur les Anicii, cf. de Rossi : Ins. Chr. U. R.f i, 185, 238, 320, 423, 459, et Pauly-Wissowa. — Comparer les rapports des Anicii avec les rédacteurs de Cantius B et, peut-être, VAuttiime, à l'influence que les Anthemii semblent avoir exercée sur la légende d'Apollinaria. Les deux familles ont peut-être caressé l'espoir de conquérir la couronne impériale, ici en Occident, là en Orient.

- U. 11. L. 7035-38 [Uuioart, 522J.

SAINT QU1R1NTJB 221

Lorsque le diable poussa*' les princes de ce monde à torturer les âmes des saints et que la tempête des persécutions ravageait les églises du Seigneur, le diable lançait les amis des rois [amicos regum] contre le peuple de Dieu et la persécution redoublait de cruauté. Les lois de l'empereur Maximien détruisaient l'armce chrétienne, Dioclétien sévissait en lllyricum contre le peuple du Christ, ainsi que Maximien qu'il avait associé à son pouvoir. Dans toutes les provinces, on avait envoyé aux juges [judices] les lettres [apices] des princes impies : les chrétiens devaient être contraints de sacrifier dans les temples des démons, les églises du Christ étaient fermées, les prêtres et les ministres du Christ devaient obéir aux lois publiques, confesser qu'il y a des dieux, leur sacri" fier ou mourir. Parmi les nombreux triomphateurs de V armée du Christ, l'évéque de Siscia Quirinus fut arrêté, sur V ordre du prxses Maximus, au moment où il fuyait hors de la cité. On l'interroge : où s'enfuit-il ? — « Je ne fuis pas, répond Quirinus , f obéis à l'ordre du Seigneur, Il est écrit : s'ils vous persécutent en une cité, fuyez dans une autre. » — « Qui a donné cet ordre ? » — « Le Christ, qui est vraiment Dieu, [verus est Deus] ». — « Ne sais-tu pas que les empereurs peuvent partout Vatteindre, et ton vrai Dieu [quem dicis verum Deum] ne jamais te secourir? » — a. Il est toujours avec nous ; maintenant même, c'est lui qui me réconforte et qui te parle par ma bouche. » — « Tu parles beaucoup ; obéis [fac quod iussum est] » — « Je n'obéis pas ; les serviteurs du Christ n'obéissent pas à vos dieux qui ne sont rien ; mon Dieu est partout, au-dessus de tout, et tout est en lui. » — « A force de vieillir, tu as appris des sornettes. Voici l'encens ; sacrifie ; sinon, voici les tortures et la mort, » — « Mes tortures sont ma gloire, cette mort la vie éternelle. C'est à Dieu, nouâtes rois que je veux être dévoué [devotus]... Je ne sacrifie pas aux démons parce qu'il est écrit: Omnes dii geatium daemonia, et qui sacriticant diis eradicabuntur. » On le roue de coups de bâtons, on lui offre de advenir prêtre du grand dieu Jupiter ; sinon, on l'enverra à Amantius, prœses de la première Pannonie, qui le condamnera à mort. « Je suis déjà prêtre ; je le suis surtout si je m'offre en sacrifice au vrai Dieu, Je ne sens pas les coups. Infligez-moi des supplices plus cruels encore afin que parviennent à la vie éternelle ceux dont j'étais le chef en cette vie. » — « iïmpri-

222 l'hagiographie pannonienne

sonnez-le, enchaînez- le, répond Maximus, jusqu'à ce qu'il devienne sage *.

Quirinus rend grâces à Dieu et lui demande d'éclairer ceux qui sont dans la prison. Or, voici qu'au milieu de la nuit une grande lumière illumine le cachot ; et le gardien Marcel vient se jeter aux pieds du bienheureux évêque, disant : « Prie pour moi le Seigneur : il n'y a pas d'autre Dieu que celui que tu adores. » L évêque V exhorte, et le signe [consignavit] au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Trois jours après il est conduit au praeses Amantius en Pannonie première.

Il voyage ainsi, enchaîné, de ville en ville, jusqu'à Sahara, où arrive Amantius venant de Scarabantia. Les chrétiennes de Sahara le visitent et le nourrissent et, tandis qu'il bénit leurs offrandes, ses chaînes tombent à ses pieds, brisées. Amantius le fait conduire par /'ofticium au théâtre :« Ce qu'on dit de ton orgueilleuse attitude [ea quae in tua superbia apud juredicum... gesta monstrantur] devant le juredicus Maxime est-il vrai? y> — « A Siscia, j'ai confessé le vrai Dieu; je l'ai toujours adoré, je l'adore', nul ne pourra me séparer de lui. » — c< Je regrette de te faire frapper ; mais je veux te corriger et te permettre de jouir de ce qu'il te reste de jours à vivre. » — « Que mon âge ne te fasse pas hésiter. Aucune crainte ne peut m' ébranler. » — « Pourquoi cours-tu ainsi à la mort, au rebours de ce que font les hommes ? Rachète ta vie ; respecte les lois romaines. » — a Les vieillards qui souhaitent longue vie se laisseront fléchir par toi ; mon Dieu m'a appris que la mort ne ferme pas l'accès de la vie qui suit la mort. Je ne suis pas de ces coupables qui désirent prolonger leur vie. J'arrive à la vie éternelle ; j' obéis aux lois du Christ, non pas aux vôtres ; je reste fidèle aux (idées) que j'ai prêchées. » — « Puisque je n'ai pu te fléchir, sois du moins un exemple aux chrétiens. » Après lui avoir infligé beaucoup de passions [passiones], il fait attacher une meule au cou du saint prêtre et serviteur de Dieu [sancto Dei sacerdoti vel famulo] ; on le précipite du haut du pont dans les eaux du fleuve Sibar. Or, on le voit nager longtemps, il parle aux spectateurs et réconforte leurs âmes, il n'est englouti qu'après l'avoir demandé (à Dieu) dans une prière. Son corps saint fut retrouvé près de l'endroit où on l'avait jeté ; c'est un Heu de prière [Jocus orationis] ; on le porte à la basilique de la porte de Scarabantia, où ses mérites attirent une foule très

LE TEXTE d'eUSÈBE 223

nombreuse. Le bienheureux Quirinus, èvêque de Siscia, martyr du Christ, a souffert la veille des nones de Juin et a été couronné par Noire-Seigneur Jésus-Christ, à qui honneur et gloire et pouvoir dans les siècles. Amen.

Le martyre de saint Quirinus, évêque de Siscia, est attesté par d'excellents documents. Le férial hiéronymien donne * :

E. pridie non iufl... in saba civi pannofl quirini, rom picti areci datiani.

B. IN SABARIA civitate, pannonie Quirini, ROME, in cimiti catacumbas, uia appia miliario. 1111. Scorum, Picti, Daciani. Aricii diaconi,

Eusèbe raconte, dans sa Chronique, que Quirinus, évèque de Siscia, a été précipité du haut d'un pont dans un fleuve, une meule au cou, qu'il a longtemps surnagé et parlé aux assistants pour réconforter leurs âmes :

Quirinus episcopus Siscianus gloriose pro Christo interficitur. Nam manuali mola ad collum ligata e ponte prœcipitatus in fluvium diutissime supernatavit et cum spectantibus collocutus, ne sui terrer entur exemplo, vix or ans ut mergeretur, obtinuii 2.

Si nous ignorons les sources précises de la Chronique et du Férial, la connaissance que nous avons de la valeur de ces deux textes, en général, nous autorise à leur laire crédit. D'autant que, indépendants l'un de l'autre, ils se confirment l'un l'autre.

Nous avons, enfin, un hymne de Prudence, qui a, évidemment, connu le texte d'Eusèbe dans la version de saint Jérôme : au temps de Galère, Quirinus, évèque de Siscia, a été jeté dans le fleuve du haut d'un pont, une meule au cou , il a néanmoins surnagé longtemps et réconforté les âmes des spectateurs ; à la fin, il prie Dieu de ne pas tarder davantage à l'appeler à lui ; son corps repose à Siscia 3. Cette dernière in-

1 Rossi-Ducbesne, p. 75.

* [Eusèbe : Chronio., h. — Anno 312. — P. G., 19, 585-586. — Cf. Schœne: II, 189].

3 Péri Stephanon, VII. [Huinart. Hic aub Galerio duce 524-525]. Qui tune îllyricos sinus

lusiguem menti nram Urgebat ditionibus,

Quirinum, placitum Deo, Fertur catholicam fidem

Urbis mosoia Siscia Illustrasse per exitum...

CoQcessum sibi martyrem Summo pontis ab ardui

Complexu patrio fovent. Sanctœ plebia episcopus

In pra>csps fluvio datur,

224 l'hagiographie pa*nonienne

dicaiion est inexacte : le férial le prouve. L'origine de Terreur s'explique sans peine : Eusèbe-Jérôme ne disent pas le lieu de la sépulture de Quirinus ; puisqu'il est évêque de Siscia, comment Prudence ne Paurait-il pas placée à Siscia? Poète, Prudence a imaginé la prière du saint à Dieu ; elle était, à vrai dire, suggérée par les circonstances. 11 fallait que le martyr mourût, mais il ne fallait pas, pour sauver le miracle, que la meule, d'elle-même, L'entraînât au fond de l'eau ; restait que le martyr demandât à Dieu d'interrompre le miracle. C'est le parti auquel s'est arrêté Prudence.

Les gestes ont conservé ce détail : bien qu'ils contredisent Prudence, puisqu'ils substituent à Galère Maximien et Dioctétien, et ne placent pas à Siscia la tombe du martyr, on peut croire qu'ils en dépendent. Ce qui nous donne un terminus a quo, assez vague il est vrai ; d'autant qu'on est fort en peine de dater ' le Péri Stephanon VII et de décider s'il est, ou non, antérieur au voyage de Rome ,[vers 403-404].

Mais comment fixer un terminus ad quem. Et d'abord, le texte est-il homogène?

11 écrit tantôt imperatores, tantôt reges, et j'ai peine à croire qu'un même écrivain hésite de si curieuse manière. Voici la liste des passages, dans l'ordre même où ils se rencontrent : suscitatis regum amicis..., Maximiani imper atoris legibus [1], imperatorum prœcepta, regum instituta, imperatorum tuorum jussionem, non regibus tuis(devotus)... [2], leg es imperatorum

Suspensum laqueo gerens Iesu cunctipotens, aït,

Ingentis lapidem moïse

Dejectum placidissimo Absolvas, precor, optime,

A omis vertice suscipit Hujus nunc animas moras.

Nec mergi patitur sibi, Quid posais probat amnicus

Miris vasta natatibus Qui rectat silicem, liquor ;

Saxi pondère sustinens.... Hoc jam quod superest, cedo,

Sensit martyr episcopus Quo nihil est. pretiosius

Iam partam sibi prœripi Pro te, Christe Deus, mori.

Palmam mortis et exitus, Orantem simul habitua

Ascensumque negarier Et vox deserit et calor... uEteroi ad solium Patris.

* M. Puech dit que le poème date du voyage de Rome : Prudence aurait vu à Rome les reliques du Quirinus [Prudence, p. 62J. Or, Prudence ne souffle mot de Rome, et dit formellement que le corps du saint est à Siscia.

M. Harnack affirme que les actes sont antérieurs à Prudence [Chronologie u, (1904), 479]. Je n'en suis pas aussi sûr que lui. Les deux textes doivent être à peu près contemporains.

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