RÉDACTION PRIMITIVE DE QUIRINUS
[3], legum imperialium, imperatoribusque contradicis , regalium prœceptorum [4].
Un certain nombre de traits semblent dénoncer le début du ve siècle. Amantius est appelé praeses primas Pannoniœ [2] et Maximus est dit juredicus. Il est question d'une basilique de Sabaria qui est proche la porte de Scarabantia. Or, l'invasion d'Attila en Italie, au lendemain du désastre qu'il a essuyé en Gaule, ouvre pour la Pannonie l'ère des catastrophes finales : après les Huns, les Gépides, les Sarmates, les Ostrogoths et les Ruges se disputent ce malheureux pays ; si Odoacre tente un jour de le défendre [487-488], il reconnaît son impuissance lorsqu'il ramène en Italie les propriétaires romains ; et les Ostrogoths accourent bientôt venger les Ruges. Siscia (aujourd'hui Sissek) est arrosée par la Save ; elle est traversée par la route militaire qui, par Savaria, aboutit à Carnuntum, en longeant les limites de la Pannonie et du Norique ; Scarabaria (aujourd'hui Oldenburg) est au nord-ouest de Savaria, un peu au sud du Danube. Sur la route Garnuntum-Siscia s'embranche la route qui mène à Aquilée et en Italie. C'est dire que les villes auxquelles s'intéressent les gestes sont précisément situées sur le chemin que durent nécessairement suivre les Barbares, depuis les Huns jusqu'aux Goths. La désolation de tout ce pays nous est vivement dépeinte par les auteurs, contemporains, de la Vita Severini ! et de la Vita Antonini *, Eugippius et Ennodius. La situation politique et religieuse que reflètent les gestes est, au contraire, tout à fait normale ; ils nous reportent aux premières années du v* siècle.
Je remarque enfin que certains traits leur sont communs avec les actes àl renée et de Jules : Irènée et Jules, on le verra, datent probablement du début du ve siècle. Voici les points de contact de Jules et de Quirinus : 1. Ici et là, le persécuteur est le prœses Maximus ; 2. Ici et là, on lit reges \ Jules ne donne pas imper ator es]:, 3. Ici et là, on demande au martyr d'obéir aux lois, leges ; 4. Ici et là, le martyr désire la mort afin de gagner la vie éternelle.
Voici les points de contact de Quirinus et à'Ircnér : \ . Ici
1 Vita Severini : pastim.
3 Vita Antonini: éd. Hartel, p. 385-386. « Sed iam peccatorum consummatio Pannoniis minabatur excidium.... «Cf. Arnold : Coetarius von Arelate... (1894, Lepzig), p. 53.
L HAGIOGRAPHIE PANN0N1ENNE
et là même citation : qui sacrificant diis eradicabuntur, ou qui diis et non Deo sacrificat eradicabitur ; 2. Les deux martyrs sont jetés dans le fleuve; 3. Au moment de mourir, les deux martyrs se rappellent l'église dont ils sont le chef. Ces coïncidences peuvent s'expliquer par influence littéraire ; peut-être est-il préférable d'y voir la preuve que les auteurs de Jules, à!Irènèe et de Quirinus, appartenaient à un même groupe et écrivaient à une même date (±400) *.
Mais voici, d'autre part, qu'un certain nombre de traits semblent dénoncer la seconde moitié du ve siècle, et rappellent les gestes romains. Une splendeur apparaît au milieu de la nuit, et convertit le geôlier, qui s'appelle Marcel : on voit des miracles très analogues dans Vitus, Agathe, Processus- Martinianus K Lorsque l'évèque bénit les offrandes des pieuses chrétiennes qui le visitent, les chaînes qui lient ses mains et ses pieds tombent mystérieusement. On ne voit rien de pareil, dans Jules, ni dans Irénée ; on soupçonne que le miracle a été imaginé à une époque plus tardive.
Comme Canlius, Agathe, Alexandre de Bergame, Processus Martinianus, Quirinus semble faire écho aux polémiques touchant la licéité de la fuite. « Lorsque le bienheureux évêque apprend qu'on le recherche, il sort de la cité et s'enfuit ; mais on l'arrête.
Quem cum studiose quœrerent et beatus id sensisset episcopus, egressus est a civitate et fugiens comprehensus est et de* ductus. Cumque a Maximo prœside interrogaretur quo fugeret, Quirinus episcopus respondit : non fugiebam sed jussum Domini mei faciebam. Scriptum nobis est : Si vos persequentur in una civitate, fugite in aliam. »
Je note, enfin, une curieuse réponse de Quirinus. « Qui t'a donné cet ordre (fuir d'une cité dans une autre) », interroge Maximus. Quirinus répond : Christus*, et il ajoute : Qui verus est Deus ? Si le texte avait été remanié au temps des Ostrogoths ariens, cette addition ne s'expliquerait-elle pas sans peine ?
1 Noter encore que Siscia appartient à la Pannonie supérieure. Si Quirinus est conduit devant Maxime, qui est légat de la Pannonie inférieure, c'est qu'il s'est réellement enfui de celle-là en celle-ci. Le texte primitif mentionnait simplement cette fuite ; le second rédacteur a cru devoir la justifier.
2 Cf. iupra, p. 167.