REMANIEMENT ROMAIN DE QU1RINUS
Il se pourrait donc que le texte primitif eût été remanié à l'époque ostrogothique, et que Fauteur du remaniement fît partie du même groupe que les rédacteurs de Processus ou d'Agathe.
Voici un fait qui appuie l'hypothèse : le corps de saint Quirinus de Siscia a été transporté à Rome, et enseveli dans la platoma, à côté des martyrs romains, au cimetière de Saiot- Sébastien, ad catacumbas, sur la voie Appienne. On comprend que les hagiographes romains s'y intéressent.
On lit dans Y Itinéraire de Salzbourg É :
Postea peruenies uia Appia ad s. Sebastianum martyrem, cuius corpus iacet in inferiore loco, et ibi sunt scpulcra apostolorum Pétri et Pauli, in quibus XL annorum requiescebant. Et in occidentali parte ecclesiœ per gradus descendis ubi s, Cyrinus papa et martyr pausat.
En 1891, on a retrouvé à la platoma l'iûscription suivante* :
1 devotam.
hase tibi, martyr, ego rependo munera taudis. 3 hoc opus est nostrum, hœc omnis cura laboris.
ut dignam meritis...
5 hœc populis c. gloria facti,
hœc, Quirine, tuas... probabi.
Certains manuscrits % enfin, contiennent un appendice qui
Rossi: Roma Sotter, I, 180. — Cette même indication est reproduite pai i Epi tome, la ftotitia, les Indices Oleorum. [R. S., i, 180-181]
* Ihm : Damasi epigrammat* (1895), n. 76, a. p. 79. — Cf. de Rosai : Scoperta deW epigrafe metrica del martire Quirino vescovo di Siscia nella platonia a S. Sebastiano [Bull. 1894, 147]. — Cf. de Waal : Die Apostelgruft ad Catacumbas an der Via Appia. Rom. 1894.
> B. H. L. 7036 et 7037. — Cf. Adon, P. L., 123, 279-280. « Huius reliquiae translatée sunt Romam et positse in Catacumbas. »
c Pacta autem incursions Barbarorura in partes Pannoniae, populus christianus de Scarabetensi urbe Romam fugiens, sanctum corpus Quirini <>piscopi et martyris afférentes secum deduxerunt. Quem via Appia milliario tertio sepelierunt in basilica apostolorum Pétri et Pauli ubi ali juando iacuerunt et ubi 8. Sebastien us martyr Christi requiescit in loco qui dicitur Catacumbas, eediflcaotes nomini eius dignam ecclesiam [ibique venerabile corpus eius diu latuit : sed Spiritu Sancto disponente... tempore Innocentii H papœ... corpus levaveruut... Quirini... quod detulerunt... in tecclesiam S. Mariée transtiberim...] ubi praestantur bénéficia eius usque in hodiernum diem [Quirinus, 4 juin 383, § 8J. |Les phrases mites entre crochets sont propres à un ms. de la Vaticane. — Un autre ms. reproduit par Mombri-
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raconte ceci : lors de l'invasion des Barbares, les chrétiens emportèrent le corps et le déposèrent via Appia, à la basilique de Pierre et Paul, près de Saint-Sébastien, ad catacumbas.
Le fait de la translation est certain ; mais de quelle époque la dater?
On ne sait pas, sans doute, pourquoi Prudence s'est intéressé à Quirinus de Siscia. Néanmoins, comme il dit formellement que le corps est à Siscia: Quirinum... mœnia Sisciœ | complexum sibi martyrem \ complexu patrio fovent, | on n'a pas le droit de prétendre 1 que la translation fût à cette date chose faite.
Le Salisburgensis reproduit un document rédigé sous Sixte III [432-440] a ; or, il mentionne Quirinus au cimetière de Saint-Sébastien. Bien que cette mention puisse être une addition postérieure,.j'incline à croire que Quirinus appartient à l'ancienne couche rédactionnelle ; si la translation n'avait pas eu lieu entre 400 et 440, c'est vers 440-490 qu'elle se serait produite ; or, les retouches apportées à l'itinéraire datent du temps d'Honorius [625-638], et ne remontent pas à l'époque antérieure. 11 est vraisemblable que le corps de Quirinus a été apporté à Rome entre 403-404 et ± 440.
Trois faibles indices permettent de supposer que la date précise est plus proche de 440 que de 403. Les mots cura laboris [inscription, vers 3] rappellent une expression toute semblable qu'on rencontre, précisément, dans une inscription contemporaine de Sixte III. Je lis dans l'épigramme historique de Saint- Pierre aux Liens :
Presbyteri tamen hic labor est et cura Philippi 8.
Le Liber Pontificalis atteste que le même Sixte III construisit un « monastère » in Catacumbas 4, aûn d'y assurer la
tius [ii, 231] insère, à la même place, une translation à Milan. « Postea per dominum piissimum Angilbertum uenerabilem archiepiscopum mediolanensem deportatus et honorifice apud inonasterium beati leuitae Vincentii simul cum sancto Nicomede presbytero summa cum renerentia est reconditus, praestante D. N. J. G. cui e&t honor et gloria in s. s. > [Les deux versions donnent la translation à Rome].
1 Puech : Prudence, p. 62.
3 Inscriptiones ch. Urbis Romae. n, 1.110, 134. — Marucchi : Basiliques et églises de Rome, p. 312. — C'est de Rossi qui, le premier, a signalé le rapprochement que j'indique [But. Arch., 1894, p. 148].
* L. P., i, 234. « Fecit autem monasterium in Catacumbas ».
SAINT FLORÏAN 229
régularité des offices. Pourquoi agissait-il ainsi ? N'est-ce pas que l'importance du cimetière venait de s'accroître?
Je note, enfin, que les années 427-440 semblent avoir apporté un calme relatif aux habitants de la Pannonie et des pays Danubiens : au témoignage du comte Marcellin, les Huns abandonnent les deux Pannonies en 427, et c'est vers 441 qu ils reprennent leurs incursions au sud et à l'ouest \ Qui sait si les habitants de Savaria n'ont pas fait retraite en Italie avec leur saint protecteur vers 440?
Avec le corps ils apportèrent le texte. La tradition de Quirinus mise en contact avec les traditions romaines partagea leur destinée ; elle fut revue, et adaptée au goût du ]our, aux environs de Tan 500.
TTI
^tes de Comme les gestes de Quirinus, on va voir que les gestes de Fiorian * piorian SOnt un texte des environs de l'an 400, qui fut retouché dans les milieux romains.
En ces jours-là, Dioclètien et Maximien étant empereurs, les chrétiens persécutés supportaient avec piété les supplices que leur infligeaient les tyrans et participaient ainsi aux promesses du Christ. Certains se cachaient dans les montagnes, ou dans des cavernes ; mais d'autres aussi, athlrtes saints et fidèles, conquéraient par leur patience (dans les tourments) la
I An 427 « PannoniaB quae per L annos ab Hunni. retinebantur a Romani, recept* tant. - 441... Hunni, flnibu. .ui. egrea.i Romanorum tola vas- Uverunt . Hunoorum rege. numéros* .uorum cum militibu. lyncum .muant Nai.um, Siogidunum alia.queci.iUl.. oppidaqu. lllyr.c, pluruna exciderun:. • [M. G. - Auct. antiq., xi. Chr. Minora, n (1894 p. 76 et 80.
Le. grand, propriétaire, romain, ont recon.truit leur. v.lla..Q J^ûOtij.. a„ " . [Momm.en : Weikintchrîfi fur Valeriui Dalmalius. [SiUb.r. Aka.1. Berlin, t. XXXV (1902) 839], »an. doute après 427.
tB. H. L.,3054. [M.G.-S. R. M. m (1896). uPassx<me$ vxt*quesanc torum... edidit Brnno Kru.cb », p. 68).
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victoire et la vie éternelle. Les juges impies luttaient contre les athlètes du Christ ; mais la victoire restait à notre foi tfc nérable. C'est donc à ce moment que ï ordre des princes sacrilèges parvint à Noricum Ripense : le praeses Aquilinus arriva au castrum de Lorsch et se mit à rechercher furieusement les chrétiens. On arrête une quarantaine de saints ; on les emprisonne ; on les soumet à la torture. Le bienheureux Florian leur succède avec joie : il habitait dans la civitas de Cecium ; de Lorsch il était parti trouver le praeses et affronter le sup' plice. Près de Lorsch, sur le pont, il rencontre ses anciens compagnons d'armés, et se fait arrêter par eux : il avait été princeps officii. « Èh ! bien, Florian, lui dit Aquilinus. Que me dit-on ?... Sacrifie. » — « Je n'en ferai rien. Exécute tes ordres. » Le praeses, furieux, ordonne de le faire sacrifier de force. « Seigneur mon Dieu, dit Florian qui élève la voix, j'ai mis mon espoir en toi ; je ne puis te renier ; c'est toi que je sers, c'est à toi que j' offre le sacrifice de louange. Donnemoi la force de supporter les tourments, accueille-moi parmi tes saints athlètes, ceux qui, avant moi, ont confessé ton saint nom. Revêts-moi, Seigneur, de ta force éblouissante [stola candida virtutis tuae], confirme en moi ton Esprit-Saint, ne me laisse pas vaincre par le diable ! » — Aquilinus préfet se moque de lui : « Pourquoi ces niaiseries ? Pourquoi désobéir aux ordres des rois ? » — « Quand je servais dans V armée (des rois) d'ici-bas, j'étais déjà chrétien, en secret. Tu tiens mon corps, mais tu ne peux rien sur mon âme: Dieu seul a pouvoir sur elle. Personne ne me fera adorer les démons, des fantômes. » — Le préfet, furieux, le fait bétonner, a Faismoi donc jeter dans le feu, lui crie Florian : tu verras si j'ai peur. » — ; « Sacrifie/ » — « Je sacrifie au Seigneur mon Dieu Jésus-Christ. » Et son visage exprime la joie, bien que les coups redoublent et qu'on lui enfonce des clous de fer dans les épaules. Se voyant vaincu, le praeses prononce la sentence, le fait conduire au fleuve Anisus, avec ordre de le précipiter du haut du pont, le IV des nones de mai. Florian se réjouit à la pensée de la vie éternelle que Dieu a promise à ceux qui l'aiment [quam Dominus promisit diligentibus se]. On lui attache une pierre au cou. Il demande qu'on lui permette de prier, se tourne vers l'Orient, lève les mains au ciel et dit: « Seigneur Jésus-Christ, reçois mon âme. » // priait depuis une heure environ, sans qu'on osât le toucher, quand arrive