HEDESTUS DE LAU RENTE
des victimes. Mais le peuple (gens) se souleva contre lui, ce qui l'obligea à rester longtemps dans la ville. Il venait, dans les courses qu'il faisait fréquemment, à Vautel de Diane quon trouve au point où jaillissent les eaux de trois nymphées ; il chassait, il se promenait avec ses soldats (milites), avec ses grands (^Toceres). L'u7i d'entre eux^ Hedestus (famatissimus armiger), qui était romaiii de naissance, et dont la beauté était remarquable^ avait toute sa faveur ; pourtant, il avait été baptisé par saint Pierre et était secrètement chrétien. Au moment où, ils soîit à Laureiiie, Hedestus apprend qicun saint prêtre Timothée *... {offre en secret des sacrifices à Dieu) ; il le cherche et, ne le trouvant pas, prie Dieu afin quil le rencontre et [entende) la messe quon adresse au Seigneur Jésus-Christ (missa D. J. C. celebraretur). Un jour que Néron allait à Vautel de Diane avec quelques tribuns et des prêtres, Hedestus, ciui cherche toujours, rencontre une jeune fille et une servante filant de la laine. Il devine la beauté de son cœur ; il lui demande chastement quelle est sa nation (qua natione) et voici qiCelle lui répond, intrépide : « je suis fille de Priscus, prêtre chrétien et de Thermantia ; je m^ appelle Christes [et celle-ci Victuria ». — « Appelle ton père », répond-il..,) A ces mots., Christes et Victuria vont prévenir Priscus et Thermantia : « Poussé par le désir du Christ, un noble (?) (electus) ^ veut te voir : cest un beau cavalier, brillamment monté. » Hedestus tombe aux pieds de Priscus, remerciant le Christ ; et Priscus l'embrasse quand il apprend qui Va baptisé ; et tous vivent en commun, dans un arénaire, près Vautel de Diane, Hedestus les faisant vivre et Priscus offrant secrètement [à Dieu) les messes et les hymnes. Hedestus a vu en songe saint Pierre c/ui lui a dit : c( Reste avec Priscus, tu seras couronné avec lui ». Cependant Hedestus devient maigre et pâle, <( Soigne-toi », lui dit Néron. — c< J'ai un bo7i médecin, répond Vautre : il n'use pas de médicaments ; il me soigne avec sa parole\yeûio\. » — (( Garde-le donc », repartit V empereur. Mais, comme il monte souvent le cheval du roi pour aller à Varénaire assister aux messes et aux sacrifices que Priscus offre au Seigneur
* Lacunes comblées par le Codex Paris, 11753 (du xiie) [Cat. Paris., m, 55, no 71].
2 Electus signifie peut-être, d'une manière plus générale, un homme distingué. Mais, comme cette distinction vise surtout, sans doute, la distinction de naissance, je traduis electus par noble.
10 IHADIIIONS l)K I.A r;AMI'Af;Ni: FU)MAINK
Jêsiis-Chrisi — Vichiria et Clirisles se de (juis aient afin de surveiller et ddnnoncer sa venue ' — , un de ses esclaves remarque le vJiniujeinent ([ui est survenu dans sa rie', il veille^ il prie, il dit les hymnes^ bien que César n'ait donné aucun ordre. a Ou vas'tu donc, lui dit un soir l'esclave Florus comme il saute à cheval : tu nas pas ton esclave ni tes armes ni tes msignes [sine arniis mililiae Iuor] ». — « Je vais oii Ion sauve mon âme. » — « El la mienne {ne sera-t-ellc donc pas sauvée) ? » — « Le Seigneur Jésus-Christ est puissant ; et il a pris la forme d'?m esclave ». Au nom de Jésus-Christ, Florus maudit son maître : « Tu veux donc être torturé avec les christicoles ! » Mais Iledestus s'éloigne, remerciant Dieu comme il a coutume ; il reçoit des mains de Priscus le corps et le sang du Christ, et revient chez Néron.
Néron fait construire des thermes à Laurente, et il ahandonne à Hedestus la direction complète des philosophes qui s occupent de la construction ^. Or, voici qu'en creusant l'arenaire, on arrive à la cachette de P?iscus ; Hedestus interdit à tous d'g mettre le pied, et tous se taisent, ouvriers et philosophes : ils ont peur. Et Hedestus nen continue pas moiyis d'y aller la nuit. Mais Florus le suit une fois ; il le voit parler à la vierge du Christ, et le lendemain, à table^ il lui dit : « Depuis dix ans que je te sers^ jamais je ne t'ai trahi. Pourquoi ne m aS'tu rien dit de cette jeune fille qui reposait sur ta poitrine ?» — a Cette jeune fille, c est ma foi, répond Hedestus en larmes ; elle me pousse à la chasteté et non au plaisir ; elle aime mon Seigneur Jésus-Christ. » — « Elle est belle ; pourquoi n obéit-elle pas à ton désir ? y) — « Tais-toi ; ou je te fais tuer à coups de bâton. » Alors, un soir, Florus suit Hedestus ; il le voit entrer da7is Varénaire ; il surprend les mystères de notre foi et raconte ce qu'il a vu au prêtre des démons. Libère. Néron, que Libère a averti, ordonne qu Hedestus soit enterré vivant dans Varénaire et que toute sa fortune soit donnée au traître. Et, comme Hedestus retourne chez Priscus, et que Florus l'aperçoit et le dénonce encore, et que Libère en réfère à Néron, celui-ci donne l'ordre d'enterrer Hedestus vivant ou qu'on le trouve. On obéit. Victuria, qui s'enfuit, est arrêtée sur la lisière de la forêt, à côté de l'autel de Diane, et égorgée.
^ (Priscus) « subornabat Christim et Victuriam. »
2 « Philosophi qui dictabant fabricam thermarum ». — Cf. Gesta IV Coro' natorum. G. M. R., ii, 287.