DATE ET ORIGINE DES TROIS TEXTES
d'un four. On disputait pour savoir lequel des deux tombeaux d'Alexandre était celui du martyr ; la dualité des versions reflète la dualité des avis. De là, l'apparition du martyr, et la précision avec laquelle il spécifie l'emplacement de son tombeau.
Mais, dira-t-on, Tinscription ne marquait-elle pas l'emplacement exact de ce tombeau? 11 ne pouvait pas y avoir controverse. Le texte porte : (corpus) posuimus ubi mihi ab eo fuerat reuelatum et scrlpsi marmore et posui super eum hoc ordine continente... Le corps était certainement in loco fornacis.
D'où vient alors le récit d'Adon? Et si Damase a transporté le corps, n'a-t-il pas aussi pu transporter l'inscription? L'inscription ne signifie rien.
Remarquons-en, du reste, la teneur.
HIC REQVIESGIT SANGTVS ET VENERABILIS MARTYR
L'évêque est qualifié de sanctus et de venerabilis : l'inscription ne date donc certainement pas du temps des persécutions ; elle remonte à une époque où le culte des martyrs s'est épanoui, elle provient sans doute d'une restauration entreprise, soit au temps de Léon, soit même au temps de Vigile. Elle aura été placée au moment où l'on réparait le cimetière, où Ton rédigeait les gestes. L'auteur de l'inscription ne voulait pas — non plus que l'auteur des versions A et B — que le tombeau d'Alexandre fût le tombeau de la petite crypte : il agit en conséquence. — L'autre groupe, qui tenait pour la crypte, prit sa revanche quelques années après ; ne pouvant pas détruire le marbre, désormais connu, il imagina une translation : du tombeau du four, Damase aurait porté les reliques au tombeau de la crypte ; de là le texte G. Et, sans doute aussi, on transporta sur le tombeau de la crypte, le marbre où était gravée l'inscription. Gomment admettre que les auteurs de la version adonienne enterrent saint Alexandre dans la crypte, alors qu'une inscription toute voisine atteste qu'il est enterré près du four ?
On peut donc admettre que la version bollandiste, B, est antérieure à la version adonienne, G, qu'elle date du temps de Vigile ^ [d37-ooo], et qu'elle a pour auteur un clerc de la basi-
* Mais peut-être faut-il garder quelques leçons de A C, [luceius au lieu de in lucello ?]
liqiie Saint-Marc à Home très vor.s(^. dans la litt/^raturo ha^nof^rapliiquo ; son œuvre n'est qu'un centon. La version'' de Vienne, A, prt'icéda de peu, j'imagine, la version hollandiste : Protasius fait doubl(î emploi avec Crescentianus qui, déjà, aulhcnliquc suFfisamment le rr^cit ; il a été rajouté. On nous apprend que Dieu punit qui veut briser Tinscripiion : à bon entendeur salut. JMus encore que A, H veut montrer qu'Alexandre repose in loco fornacis. Peut-être même la version primitive de A insistait-elle à ce sujet moins que la version du Vindobonensis. Quant à la réalité de la translation, elle est extrêmement suspecte : peut-être a-t-elle été ima^nnée afin de justifier un remaniement du cimetière et une revision du calendrier ^ ; elle est, plus vraisemblablement, fictive, ainsi que la fête du 26 novembre. L'origine de la fête du 23 mars est telle, peut-être, que dit B.
Gestes En ce temps-là V empereur Néron allait à Laurente sacrifier tus 2^ <2W^ démons : ses prêtres le lui avaient ordonné afin d'avoir
Nous connaissons, dans l'Italie du vi® siècle, des païatini : Grégoire le Grand nous parle d'un Joannes vir clarissimus palatinus [Epist. X, 26. — P. Z., 77, 1084] et d'un Muximus vir clarissimus palatinus privntaruni Epist., X, 9. — P. Z., 77, 1072]. Les païatini priuatarum [cf. cornes priva' iarum, Epist. XIII, 22, — P. X,, 77, 1276] administrent, sous l'autorité du préfet d'Italie, au temps de l'exarchat, le trésor privé [Diehl : p. 159]; ce sont d'aàsez gros personnages, puisqu'ils portent le titre de clarissimus. Mais je ne crois pas que le terme palatinus primus se lise ailleurs que dans notre texte : peut-êt^e a-t-il été suggéré par le titre donné aux consiliarii, comités primi ordinia [Code Theodos, 6, 15; Cassiodore : Var. éd. Mommsen, 144, 168, 247, 255. — Uiehl. 162]. Cf. aussi les expressions : primus miles, dans Nazaire; primus seyiator, dans V Anonyme de Valois^ 41 ; senatus prior dans Cassiodore, i, 12 [Neues Archiv., xiv, 489, n. 6].
^ Rapprocher cette seconde festivitas d'Alexandre de Baccano — qui ne coïncide pas avec l'anniversaire de sa mort [P. L., 123, 175-176] — , de la seconde festivitas de Sabinus de Spolète [P. Z., 123, 177-178], laquelle ne coïncide pas davantage avec l'anniversaire de la mort du martyr.
Noter aussi l'apparition du nom de Boniface dans le personnel de nos légendes.
2 B. H. L., 3765 [A. SS. auctarium ad tomum VI octobris (1853), 10-11, ou 3« éd. auct ad tomel, V, VI oct. 112* et 113*].