‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 4)Chapitre 19 sur 108 · CONSTANTIUS DE PEROUSE · texte numérisé non relu

CONSTANTIUS DE PEROUSE

thermes qui se trouvent devant le palais de Maximien^ il fait comme eux le signe de la croix: et aussitôt les bains resplendissent de lumière, comme eji plein jour ^ et les soldats se convertissent, avec leurs fils, leurs femmes et leurs filles ; et ils s'en vont avec les confesseurs du côté de la forêt qui s'appelle la Colline, à r endroit quon nomme Monticellus \ et ils y demeurent auprès d^ Anastase, serviteur de Dieu. Mais Lucius apprend leur départ et ses soldats, guidés par un païen, accourent les arrêter de nouveau, les raillant d'adorer un crucifié qui 71 a pas pu se sauver, lui-même. Et les martyrs protestent : cest de son plein gré que Jésus a été à la mort. Constantius, Anastase, Carpophore et les autres ne se laissent pas fléchir ; Constantius marche pieds nus sur les charbons ardents, il guérit tous les malades que lui apportent ses geôliers et, entraîné par trois d'entre eux qui se sont convertis, il prend la route qui mène en Campanie, passe le Tibre, et chemine sur la voie Salaria. « Ou vas-tu », lui demandent des émissaires de l'empereur lancés à la recherche des chrétiens. — « J'ai quitté Pérouse, répond Constantius, pour voir mes frères Concordius et Pontien et m'entretenir avec eux des choses du ciel. » — « Tu es donc chrétien. » — « Oui. » — Constantius, conduit à la maison de Duritius, puis au fleuve Clasius, proteste quil ri est pas un mage ; il est finalement décapité au carrefour de Foligno, non loin de la ville, après avoir été réconforté par un ange. Prévenu par un songe, Levianus ensevelit le corps, dont la vertu merveilleuse guérit quatre aveugles, au lieu quon appelle Areola : ses bienfaits s y multiplient jusqu à ce jour pour l'honneur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen.

Trois faits sont certains. 11 est sûr, d'abord, que ce texte porte la trace des polémiques relatives à la licéité de la fuite et à la spontanéité du martyre. Les deux fuites de Constantius — toujours présentées comme d'ordinaires [départs — Taffirmation que le supplice de Jésus a été volontaire sont à cet égard très caractéristiques et rappellent certains passages des gestes de saint Pierre * et des gestes romains ^ Cela

* Près Tivoli. Connu dans l'histoire des barons romains.

' G. M. R., i, 332. Cf. Processus Martinianus.

^ Noter encore qne le terme mdge appliqué à un martyr se lit dans Ale^

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nous fait souvonir des polémiques catholico-manichéennes.

Il est à peu près certain que le Concordius et le Pontien dont il est ici question sont, Tun le héros des ^^^estcs dont on a parlé tout à l'heure, l'autre le martyr de Spolète dont il sera question bientôt : ce sont tous des martyrs de la terre d'Ombric *. Et je remarque que les gestes de Fontien présentent trois points de contact avec ceux de Constantius : 1. L'époque d'Antonin; 2. Le supplice des charbons ardents ; 3. L'importance attachée au signe de la croix. Pareils traits, sauf le second, se retrouvent dans les gestes d'Alexandre de jjaccano où le terme ministri se lit sans cesse^ où apparaît aussi une Trinité païenne, où les martyrs sont également condamnés à griller dans les thermes, où une lumière surnaturelle brille sur un malade qu'elle guérit, où le peuple manifeste également des sentiments très favorables aux chrétiens, où l'on rapporte textuellement, sinon la sentence du juge, au moins l'épitaphc du martyr. Et je remarque que ces gestes d'Alexandre ont été influencés par les polémiques relatives à la fuite. Les légendes de Concordius, de Pontien et d'Alexandre sont parentes les unes des autres.

Il est enfin très vraisemblable que les gestes de Constantius sont encore parents des gestes d'Anthime. On va voir que le rédacteur de ceux-ci semble avoir lu saint Paul, dont il redit les touchants conseils à l'ami malade qui ne voulait pas boire de vin ; et l'on a pu se rendre compte que le début des gestes de Concordius a une saveur paulinienne parfaitement nette : on y trouve jusqu'àla fameuse expression chère à Fulgence Ferrand % exinanivit semet ipsum formam servi accipiens. Dans les deux légendes se présente ce même trait que le malade est guéri par une lumière céleste, laquelle demeure une demi-heure audessus de lui. Enfin, les gestes de Constantius nous conduisent sur la voie Salaria, centre de la légende d'Anthime. Ils datent sans doute, comme Alexandre et Pontien^ du milieu du vi^ siècle.

Mais, avant d'en venir à Anthime, il faut comparer avec notre texte de Constantius une autre version qui en est fort

xandre pape. — La rencontre de Constantius par les officiales rappelle l'épisode analogue qu'on lit dans Florian, texte romanisé [G. M. R. ii, 230 sq]

1 Pareillement, il est sûr que le Grescentius est le martyr de Pérouae que nous connaissons par ailleurs [14 septembre 352. — Cf. infra.]

» Elle se lit aussi dans Hedestus, cf. supra^ p. 16. — Cf. G.M= R. II, 204.

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