LA VERSION DU MONT-CASSIN
différente et qui prétend néanmoins conter, comme lui, l'histoire du martjT de Foligno et de Pérouse : je l'appelle la version B.
Cette version % qui nous a été conservée par un manuscrit du Mont-Cassin, de la fin du x* ou du début du xi® siècle [Codex 117], commence par les mots : cîim esset igitur temporihus antonini imperaloris, devulgata est iussio eius. Elle présente les points de contact suivants avec le texte A : 1. Il s'agit toujours d'un Constantius^ vivant à Pérouse, et martyrisé au carrefour de Foligno; 2. au temps de l'empereur Antonin; 3. alors que Concordius et Pontien sont eux-mêmes arrêtés ; 4. son cadavre guérit des aveugles ; 5. il est enterré par Levianus.
Mais B supprime \q?> passages suivants de A : 1. le prologue conditor et formatai^', 2. la guérison d'Astasia; 3. la formule Deus Abraham, Isaac et Jacob ; 4. la guérison de Crescentius ; 5. la persécution dirigée par Charisius et Lucius ; 6. la première fuite, à Monticelli ; 7. le personnage d'Anastase ; 8. la seconde arrestation et la seconde fuite sur la route de Campanie; 9. le supplice des charbons ardents; 10. la maison de Duritius où le martyr est conduit après sa troisième arrestation.
En revanche, B ajoute à ce que conte A : 1. Constantius a trente ans, et les événements sont datés de la troisième année du règne d' Antonin (ou du séjour du martyr à Pérouse) [? in tertio anno magniis in aspectu {?? Dei ?) erat... ; perfectus factus estper D. J. C, {qui) uocaiiit eum in congregatione iiistorum~\\ 2. le saint va à Assise, in civitate asesinatim, parce que la persécution y sévit ; 3. les émissaires païens le rencontrent au lieu appelé Danabus^ l'arrêtent et le rouent de coups ; 4. un ange vient le réconforter et guérir ses plaies, à la stupéfaction de ses bourreaux ; 5. mais Constantius se méfie, il craint que le diable se soit déguisé en ange, il ne se confie en lui qu'après l'avoir vu faire le signe de la croix ; 6. Constantius est conduit, en compagnie de Concordius et de Pontien, ad civitate metropolitana quœ appellatur spellum; 7. Constantius demande au Seigneur quel était l'ange guérisseur, et l'ange lui répond : ego sum custos anime tue et ego tollam spiritum tuum et deducam in paradiso Dei; 8. lorsque Levianus arrive enterrer le cadavre de Constantius, il trouve in tribio angelum Domini custodientem eum ; anima vero
1 Bibliotheca Casinensis, m, flor. 54. — C'est le texte B. H. L., 1937.
eius ante se tenehat\ 0. deux païens qui le rencontrent et raillent la foi du martyr perdent instantanément la vue ; 10. ce sont deux aveugles |A dit quatre] qui sont guéris en retour '. De cette version encore, je dirai : trois faits sont certains. La mention de l'ange gardien, l'insistance que met le rédacteur à spécifier sa nature et son rôle nous font souvenir de Vitus: il connaissait sûrement ce texte, ou un texte analogue. La méfiance du martyr qui soupçonne, sous les traits de l'ange, le démon caché, nous rappelle les épisodes parallèles de Julienne ou de Cyprien- Justine : ici, les soupçons du martyr sont déplacés ; mais on sait que Julienne et Justine avaient raison d'avoir peur*. — J'ajoute que l'attitude prudente et réservée du saint est assez semblable à celle que tient Agathe, (dont on sait comme les gestes sont parents de ceux de Vitus) : elle refuse de se faire soigner par cette apparition suspecte, où se cache le bon saint Pierre ^
Enfin, j'attire l'attention sur cette civitas metropolitana quœ appellatur spellum. On n'ouit jamais parler d'une métropole ni môme d'un évèché de Spello. D'autre part, on verra que l'évêque de Spolète, au cours du vu'' siècle, et, sans doute, dès le début, a tâché de se faire attribuer la dignité métropolitaine ; or, au point de vue paléographique, la confusion de Spoletum-Spellum est explicable. Je crois donc qu'il faut lire Spoletum au lieu de Spellum ; et qu'on doit rattacher la version B aux autres textes qui soutiennent les droits métropolitains de Spolète. — C'est dire que B date sans doute de la première moitié du vue siècle '\
* Nous connaissoQs une autre forme de la version B : c'est le texte B. H. L., 1939, que j'appelle B2 : il commence par les mots Beatissimi Constantii, fratres^ cuius hodie natalicia celebramus audiet dilectio vestra^ et se lit 29 janvier 929 ou 543. C'est un sermon, qui suit fidèlement B ; voici ses caractétéristiques : 1. Gonstantius est évêque de Pérouse ; 2. A l'épisode de Levianus sont mêlés 24 aveugles ; 4, Le corps a été porté ad destmatum locum Perusinss civitatis. — C'est un remaniement de B, qui veut soutenir les prétentions de Pérouse à la possession des reliques (de Constaotius.
<- Cf. tn/r«, chapitre m p. 77. — Je me demande après coup, pensant à Félix de Spello [p. 103], à Félicien de Foligno et à Juvénal de Narni [p. 81J, s'il ne faut pas conserver la leçon Spellum, et expliquer ce texte comme Juvénal et Félicien cf. infra p. 83. note 2].
s Mais peut-être a-t-il retenu certains traits — ceux qui rappellent Agathe — qui se lisaient dans la version primitive, aujourd'hui perdue, et qu'on ne trouve plus dans A. La légende a sans doute pris forme dans les cercles augustiniens, où se remaniaient Euplus, Vitus, Agathe, etc. A n'est pas, sang doute, pur de toute retouche.