LE TEXTE PRIMITIF PERDU
Et que peut-on dire de la légende, commune à la fois à A et B ; quelle en est la genèse ?
A et B supposent le culte d'un saint Constantius à Foligno ou à Pérouse. N'est-ce pas celui qui est attesté par le férial hiéronymien :
E et L. IV Kal. feb. m Tnscia Constantini *.
Comme nous lisons ailleurs Gonstantia pour Constantina *, il est vraisemblable qu'il faut reconnaître notre Constantius dans ce Constantinus. D'autant que B ensevelit le martyr tertio KaL februariarum ; c'est à peu près la date du férial ; l'écart s'explique sans peine, paléographiquement ^ Nous tenons le culte, racine de la légende *.
Elle vise, dans les deux versions, les saints Concordius et Pontien ainsi que l'époque d'Antonin. L'époque d'Antonin nous rappelle Alexandre de Baccano, lequel date du milieu du vi' siècle ; Concordius et Pontien semblent avoir été rédigés à peu près vers le même temps. On est conduit à penser que notre légende de Constantius a également cette date.
Mais a-t-elle eu une existence antérieure, où elle se serait exprimée dans d'autres textes, différents des nôtres ? La chose n'est pas impossible. L'auteur de A ne paraît plus guère comprendre la portée des deux fuites de Constantius : pourtant il les mentionne. N'est-ce pas qu'il était guidé par un texte? — D'autre part, A nous reporte à un moment où la tradition de Constantius tend à s'agréger à celles de Concordius et de Pontien, d'Anastase et de Carpofore, sans néanmoins que Constantius perde sa place principale, sans qu'il soit subordonné à Tun ou l'autre de ses deux émules. N'est-ce pas que
^ De Ros3i-Duche8ûe, p. 14. — Le calendrier populaire et Adon ignorent Constantius. Le Bemensis donne constanti.
2 Geates de Jean-Paul. Cf. Aldhelme : de laude uirg., 40. [P. L., 89, 274]. — Cf. G. M. R,, I, 148. Uéoéque de Narni, au temps de saint Grégoire, est appelé tantôt Constantius, tantôt Constantinus [P, L., 77, 1334, 1338, 1007. — Ep., ix, 72].
^ Le texte B2 donne IV Kal februarii [§ 29] .
*^ Les œuvres de saint Grégoire attestent la diffusion du nom de Constantius à la fin du vi® siècle, et, particulièrement, semble-t-il, en Ombrie. Cf. Epist., XII, 24 [P. L , 77, 1233] : les moines de feu l'abbé Glaudius veulent élire pour abbé le moine Constantius ; Dialogi., i, 9 [col. 189] ; — Tévôque de Ferentum. Boniface, a un neveu (Constantius, dont nous savons et la cupidité et l'ambition ; Epist., ix, 72 [col. 1007 ; cf. 1334 ; 1338] — enfin, l'évêque de Narni, au temps de saint Grégoire, s'appelle Conatautius.
46 TRADITIONS d'oMFîRIE
son autonomie, si jo puis ainsi diro, est sauvegardée par un texte, h l'heure où le cycle s'enchaîne * ?
d^An-^ A^Ser^m^ Terentianiis^ homme illustre, préfet de lavitlepour thime 2 [a seconde fois, épousa Protina, petite-fille de Gallien Auguste, fille de sa fille Gallia, qui lui donna trois enfants, Claudius, Pompeianus et Lucina, Lucina épousa Faltonianus Pinianus, envoyé en Asie comme proconsul par Dioctétien et Maximien augustes : Chœremon, conseiller sacrilège de Pinianus, persécutait les chrétiens ; mais il tomba de son char, et mourut, tourmenté par le diable^ invoquant ces saints quil avait poursuivis. Pinianus fut si fort effrayé de cette mort quil tomba malade. Lucine, sa femme, sachant bien que c'était le démon qui le souillait^ se fit amener les confesseurs du Christ qui étaient en prison, Anthime prêtre, Sisinnius diacre, et d^ autres hommes religieux, Maximus, Bassus, Fabius, Diocletianus et Florentins, a Guérissez m.on mari, leur dit~elle, et vous serez libres d'aller ou vous voudrez. » — « Exhorte-le à se faire chrétien, répond Anthime, et aussitôt il sera guéri. » Lucine est remplie de joie : tous les médecins (medici^ archiatri et diasophistœ) ont été impuissants à le
1 Je néglige le texte B. H. L., 1940 : Ses Constantius Perusinus cîvis simul et episcopus... [29 janvier 547]. C'est un développement très verbeux de B- — on pourrait l'appeler B^ — ; outre sa verbosité, ce qui le caractérise est la mention d'une nobilissima Barciorum familia à laquelle est rattachée l'évêque Constantius ; on en aperçoit par là même l'origine.
J'ajoute un fait plus intéressant : certains textes, qui sont vaguemeut signalés par Galesinius et par les BoUandistes [29 janvier, 924, § 2] parlent d'un Constantius tué par les Goths sous Justinien en même temps que six pèlerins allant de Germanie à Rome. Peut-être aurions-nous ici un cas analogue à ceux que présente la légende des XII Syriaques : la fusion d'une tradition martyrologique avec le souvenir d'une ascète du vie siècle, tel que Jean ou Herculanus [cf. infra] ; le texte deGalesiuius fait précisément de Constantius un disciple d'Herculanus et un évêque de Pérouse.
2 B. H. L., 561-565, 11 mai 616 ou 614.