LUCINE
^ des kalendes d^août, à Sexie de Philippe^ sur la voie de Porto, se rendit auprès de Lucine après avoir enterré ses frères, et demeura sept mois auprès d'elle : deux corneilles apportaient aux saintes deux noix. Mais un certain Lucretius qui désirait une terre qu'elle avait en commun avec ses frères^ la fît arrêter et étouffer de nuit par ses esclaves : Lucine V enterra à côté de ses frères, à Sexte de Philippe; et, comme Lucretius banquetait avec ses amis dans la propriété volée, son enfant — quon allaitait — lui dit : « Ecoute, tu es livré à rennemi » ; et Lucretius pâlit, frémit ; Satan le tue en trois heures. Tous se convertissent, tremblants.
Cependant Lucine s'enfuit, effrayée par la cruauté des supplices (asperitate passionis territa) ; mais Béatrice lui apparut : c< Ne V éloigne pas, dit-elle : ce mois même, la paix sera donnée aux églises. » Ce qui arriva. La fille de Dioclé^ tien, Artemia, fut délivrée du démon par le diacre Cyriaque, qui reçut de l empereur la maison contiguë aux thermes de Dioclétien : les chrétiens s'y réunissaient. Le peuple criait : « A bas Cyriaque » ; Dioclétien le contint, et lui reprocha d'être insatiable [de sang^. Revenu de la Perse oit il avait été guérir la fille de Sapor, dans le corps de laquelle était entré le démon chassé d' Artemia, Cijriaque fut accueilli par Lucine : il ramenait les eunuques convertis Largus et Smaragdus et leurs maîtresses Memmia et Juliana. Comme celles-ci ne voulurent ni sacrifier, ni épouser leurs fiancés Tarpeius et Persius, elles furent tuées sur leurs terres, voie d'Ostie; Cyriaque, surpris au lieu oii elles priaient, est de même massacré par eux, et Lucine Vensevelit auprès de Largus^ Smaragdus, Memmia et Juliana, Elle meurt enfin, à 05 ans, après une vie d'aumônes, de prières, d'Jiymnes, de chasteté et de foi, et elle va à Dieu, à qui honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen.
On étudiera tour à tour la genèse de la légende, et les diverses versions qui l'expriment.
Il est certain que ces gestes sont un texte cyclique où Fauteur a cousu bout à bout diverses traditions dont quelques-unes nous sont parvenues, par ailleurs, sous forme isolée : tels, les gestes de Marcel \ et les gestes de Simplicius et Viatrix ~,
1 16 janvier, 5 ou 369. G. M. R., i, 132, 211, 311, 341.
2 29 juillet, 36 ou 47. G. M. R., i, 243.
TRADITIONS I) OMIIIUE
Il est ccrlaÎQ que les héros de l'Iiistoire sont ccux-l«^i mômes que meuiionne le férial hiéronyinifTi ', et qu'on ne connaît pas, du reste, autrement : le saint Antliime du 2:^'^ mille de la voie Salaria | v. id. maii|, les saints h'iorentius et Diocletianus d'Osimo dans le Picenum |xvii. kal. iunii|.
Il est certain que les personnages de notre légende, Lucina et Pinianus Faltonianus, sont des personnages historiques ahsorbéSy si je puis ainsi dire, par les personnalités à demi-légendaires de Mélanie la Jeune et de son mari Pinianus. On a trouvé, à Sainte-Agnès et au cimetière Ostrien, le sceau d'une Turrania Lucina imprimé sur le mortier de deux tombes ^ ; et les inscriptions attestent que, au iv° siècle, il y avait des rapports de parenté ou d'alliance entre les Turranii^ les Faltonii et les Anicii -^ ; or^ Notker appelle Lucina, Anicia \ C'est cette mystérieuse Turrania Lucina qui se cache sans doute derrière notre Lucine. Nous ne savons pas qui était son mari ; peut-être était-ce un Faltonius.
On sait, d'autre part, l'immense renommée de Mélanie la Jeune [h- 439] '^ et, par contre-coup, de son mari Pinianus [ -f- 435]. Or, il ne semble pas que ce Pinianus ait été un Faltonius : Paulin de Noie assure qu'il appartenait à la gens Valeria ^ Pour que son souvenir se soit confondu avec celui
1 De Rossi-Duchesne, p. 59 et 61. La topographie du texte n'offre aucune difficulté. Auximum est Osimo ; Forum Novum est cité par Pline, m, 12 [éd. Janus, 1870, tome I, p. 144J. M. Stevenson a découvert sur la voie Salaria la catacombe de saint Anthirae, [Nuovo Bullett. , IS96, 161 1. — Le Maxiaius, aniicus individuus d'Anthime est peut-être le saint dont le diacre de Ricti Paul demandait des reliques à saint Grégoire, Cf. Ep., ix, 15 [P. L., 77, 959-60].
(( Gregorius Ghrysanto episcopo spoletano. Paulus ecclesiBe reatiuœ diaconus, petitoria nobis insinuations poposcit ut ad foutes in basilica sanctte Marias semper uirginis geuilricis Dei et D. N. J. G., quse est intra ciuitatem reatinam posita, reliquiae bb. mm. Hermetis et Hyacintbi et Maxinii debeant collocari.
2 De Rossi : Bull. arch. crist., 1876, 151. — Armellini ; Le cripta di S. Emerezianay 76; Il cimitem di S. Agnese, p. 175. — AUard, iv, 397-399.
^ Orelli : Inscript., 1131. — Armelliui : // cimitero di S. Agyiese, 175-177. [Allard, loco citato].
•* VI, id., mai, P. L., 131, 1081. — M. Allard a conjecturé que Sergius Terentianus était une déformation de Turranius, préfet de Rome en 290 [iv, 398, n. 2], le père, peut-être, de Turrania Lucina. Le fait est très vraisemblable. Aucun document authentique n'atteste une Lucina Anicia, ni un Faltonianus Pinianus [Cf. Pauly-Wissowa : R. E., articles Anicii, Faltonius, et de Vit : Onomasticon].
^ Je renvoie aux magistrales études de S. E. le Cardinal Rampolla del Tindaro : Santa Mela7iia Giuniore Senatrice Bomana. Documenti Conlemporanei e Note [Roraa. Tipogratia Vaticana, 1905, in-folio].
6 XXI, 220. — La Vita Melariise ne nomme pas le père de Pinianus ; elle ap-