‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 4)Chapitre 29 sur 108 · TRADITIONS D'OMBRIE LES DOUZE SYRIENS · texte numérisé non relu

TRADITIONS D'OMBRIE LES DOUZE SYRIENS

Je Comme Jean sortait de la province de Syrie, il pria le Sei- \f' gneur en disant: « Seigneur, Dieu d'Abraham, Dieu disaac. Dieu de Jacob, Dieu de nos pères, envoie-moi ta lumière, protège mon voyage et fais que, partout où je donnerai mon psautier, on me le rende seulement le lendemain (?) (et quon me retienne, et quon me fasse bon accueil) ^. » Arrivé en Italie, comme il passait près de la métropole, au cinquième

1 B. H. L., 4420 [19 mars 31, ou 32].

- Le texte est obscur, et peut-être troublé. L'édition] bollandisle donne psalterinm meum rfederoêt ipsa die illiJfd «non)) restituitur, ubi 7ne facias permanere. Le Vindobonensis 357, folio 203, v n, supprime non et donne : prosperut7i... facias iter meum in quo nunc dirigo et hoc mihi signum sit nt ubicumque ambiilauero et psallerium meum dedero, ipsa die illum mihi restituerit, ibi me facias perma7iere. Unde et factum est... On lit plus bas : [ancilla Dei) tenuit eutn in illa nocte et m,ansit in eodem loco. Et niemoratus est b'^atus iohannes orationeni quatn effuderat... et dixit in corde suo : uere hic est obsecratio mea et hic permanebo. Mane autem facto, recepto psalterio, perre.vit inde... — Le Vindobonensis donne la date de sadepositio, sub die XIIII K. aprelitim. [C'est par erreur que nous avons imprimé, G. M. R., i, 87, vita s. iohannis penarensis martyris : le moi w.artyris n'existe pas].

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mille environ^ il trouva^ a la Irrrr du Pclil Champ (in lnn<lo Agollo) une servante de Dieu telle que, dans sa prière, il la souhaitait rencontrer : lorsqu'il lui eut donné son psautier, elle lui dit : « Reste ici aujourd'hui, et ne pars que demain ». Ils causèrent, et Jean se rappela la prière quil avait adressée il Dieu ; et il dit dans son cœur : « C'est bien là ce que je demandais à Dieu. » — Le lendemain, il ri alla pas beaucoup plus loin, à quatre portées de flèche environ; car l'ange du Seigneur qui le précédait lui avait dit : a Arréte-loi ici ; cest ici que le Seigneur te commande de rester » ; et il lavait conduit sous un arbre en lui disant : « Cest ici que tu grouperas une grande foule et que tu trouveras le repos. » Alors le bienheureux Jean, confesseur du Christ ^ s'assit sous l arbre ii cet endroit. On était au mois de décembre ; il gelait partout ; seul, Varbre sous lequel reposait Jean ri en avait cure. Des chasseurs viennent à passer ; ils prennent le saint pour un rabatteur ; ils lui demandent d'où il est venu. Et Jean raconte comment il est ve72U en Italie ; les autres s'étonnent : jamais ils nont vu pareil accoutrement. Mais Jean leur dit : « Ne me faites pas de mal ; c'est pour le service de mon Seigneur Jésus 'Christ que je suis venu en ce lieu ». Cependant l'arbre brillait comme un Igs ; les chasseurs comprirent que Dieu était avec lui ; Vèvèque de Spolète, Jean, auquel ils contèrent la chose, arriva en hâte, et versa des larmes de joie, et demanda au saint tout ce qui est ici raconté. Tous rendirent grâces à Dieu; le peuple construisit un monastère où^ après avoir vécu quarante-quatre ans, Jean mourut en paix et fut enseveli au son des cantiques et des hgmnes. Ses bienfaits s' g multiplient jusqu'à ce jour, les aveugles voient, les démoniaques sont délivrés, les lépreux sont guéris grâce à Notre- Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne dans les siècles. Amen.

Cette histoire exquise est peut-être vraie. Nous connaissons un Jean, évèque de Spolète, à la fin du v^ et au début du VI® siècle ^

Et voici une page de saint Grégoire le Grand ^

1 Sa signature se trouve dans les actes des conciles de Rome, de 499, 501 et 502 au temps de Symmaque [Labbe, iv, 1315 ou Mommsen: AA, xii, 400, 434, 439]. Cf. B. H. L. 4437. Ferrarius déclare avoir lu une vie de Jean de Spolète dans un vieux manuscrit qui a disparu [19 septembre 28].

2 Dialogues, m, 14 [P. L., 11, 244], « Prioribus quoque Gothorum tempo-

JEAN PENARIENSIS 61

((Au temps desGoths, depuis le commencement de leur domination jusqu'à la fin, vivait à Spolète un homme vénérable qui s'appelait Isaac : beaucoup l'ont connu, et surtout la vierge Gregoria, qui habite en ce moment à Rome, à côté de l'église de Sainte-Marie. Mais c'est le vénérable Eleuthère qui m'en a principalement parlé : il l'avait familièrement connu. — Isaac était venu de Syrie à Spolète. Arrivé dans la ville, il demande aux gardiens de l'église la permission d'y prier à toute heure ; il prie un jour, deux jours, trois jours sans interruption. A la lin, un gardien s'élonne ; il traite l'inconnu d'imposteur, il le frappe pour le faire sortir. Mais l'esprit (mauvais) le saisit, et lui fait crier le nom du pèlerin, inconnu jusque-là. La foule accourt ; chacun veut entraîner le saint dans sa demeure, on lui oil're de l'argent pour construire un monastère. Par malheur, il refuse, sort de la ville ; et c'est un peu plus loin qu'il groupe ses disciples ' ».

Je soupçonne que Jean est un digne émule d'Isaac, — ou que, peut-être, c'est un ermite d'Ombrie auquel on aura attribué une origine syrienne qui l'égalât à Isaac, — ou encore, qu'il est un double légendaire d'Isaac. — Le parallélisme des deux

ribus fuit iuxla spoletanam civitatem vir vilae veuerabilis Isaac nomine... Milita de eodem viro, narrante venerabili paire Eleutherio, cognovi... Ciim primum de Syriae parlibus ad spoletanam urbein venisiset, iugressus ecclesiam a custodibus peliil ut sibi quantum vellet liceutia concederetur orandi eumque horis secretioribus egredi non urgeret. Qui mox ad orandum sletib diemque totum peregit in oralione, cui sequeutcm contiuuavit et noctem. Secundo eliam die, cuin nocte subséquent! indefessus in precibus perstitit, diem quoque tertium in oratione conjunxit. Gumque hoc unus ex custodibus superbiiE spirilu inflalus cerneret, unde proficere debuit, inde ad defeclus damna peruenit. Nam hune simulatorem dicere, et uerbo rustico cœpit impostorem clamare qui se tribus diebus et noctibus orare ante oculos hominum demonstraret. Qui protinus currens virum Dei alapa percussit, ut quasi rehgiosae vitse Simulator de ecclesia cuni contumelia exiret. Sed. hune repente ultor spiritus invasit et ad viri Dei vestigia stravit ae per os illius clamare cœpit : Isaac me ejecit. Vir quippe peregrinus quo censeretur nomine nesciebatur, sed eius nomen ille spiritus prodidit qui se ab illo posse ejici clamavit. Mox autem super vexati corpus vir Dei incubuit * et malignus spiritus qui eum invaserat abscessit. In tola urbe tune statim quid in ecclesia factura fuisset innotuit. Currere viri et feminîB nobiles atque ignobiles pariter cœperunl, certatimque eum in suis rapere domibus conabantur. Alii ad construendum monasterium praedia, alii pecunias, alii subsidia quaeque poterant otTerre viro Dei suppiiciter uolebant ».

* Au même endroit, S. Grégoire raconte trois miracles opérés par Isaac : comment les voleurs venus pour piller son champ sont convertis dès qu'ils y mettent le pied ; comment il devine la ruse des faux mendiants qui veulent se faire habiller par lui ; comment il devine le larcin d'un enfant.

Cf. l'altitude de Valentin de Terni tandis qu'il guérit Ghaeremon.

'1 FlADiTlO^S I) OMBIUU

légendes est frappant : ici et là, il s'agit de l'origine d'un nnonastère près Spolète, fond(i au temps des Gotlis, par un saint voyageur, venu des lointains pays de l'Orient, et dont un miracle découvre la sainteté. Les deux liistoires sfjmblent être contemporaines; au début duvii^ siècle, le culte de Jean l*enariensis est, du reste, attesté par le calendrier populaire '. Jl est très probable que notre texte date du vi° siècle -.

Gestes de II y a 270 ans depuis la naiiviti- jusqiC au consulat de Dio' clètien et au pontificat de Gaius, moment où (souflrit) le bien- Jieureux Laurent in finibus Gcniolati, à S milles environ de SpoU'te ; — - du consulat susdit au consulat de Dèce le jeune ^ il y a 245 ans. — Vévêque susdit siège onze ans, quatre mois, huit jours, au temps de Carus etdeCarin, et {il est ordonné ?) le 15 des kalendes de mai, Dioctétien étant consul pour la

1 XIV. Kal. apr. « la Penareose civitate, B. Joanais, magnae sanclitatis viri » [M. R. P. — P. L., 123, 151-152]. Ces deruiers mots atteslent, me semble-t-il, l'intérêt particulier qui s'attachait alors à Jean Penarlensis. Le ms. de Vienne donne 28 mars, non le 19. Il y a erreur paléographique, évidemment, ici ou là.

2 D'où vient le surnom Penariensis ? Est-ce une déformation de Panacensis, adjectif dérivé de Panaca, bourg signalé près Spolàte [19 mars, 31. Commentaire]. — Flodoard [xiv, 7. — P. L., 135, 857J résume la légende ; le texte d'Adon [19 mars, P. L,. 123, 240] dérive peut-être d'une version plus récente que la nôtre, et dont la couleur rappelle davantage la physionomie habituelle de ces récits. — Sur l'appellatioQ metropolis, attribuée à Spolète, cf. infra ; c'est peut-être une retouche.

3 Noua publions ici, in-extenso, le texte du Vindobonensis. Il est inédit. Incp uita sci lauren \ tii mense Febr. d. iiii | , A natiuiate dui nri ihu |

xpi. usq ; ad coosulem | dioclitianum annos | ce. lxx. temporibus gagii | pape ; suh cuius temporib ; | beatus Laurentius infini | bus geoio lati miliario I a ciuitate spolitina plus | minus, viu. et a consulato j suprascripto usque ad con | sulem decium iuniorem | anni. ce. xlv. Qui uero | supra scriptus aeps, sedit | annos. xi. et menses un | dies. viii, temporibus cari | et careni. sub die xv kalen | darum maiarum diocliti ] ano sexto consule. et con | stantino. secundo; hic fe | cit orationes oms utascen | deret ut siquisaeps esse I mereretur prius hosti | arius de inde lector. exor | cistasequens quod inter I preetatur acolitus. dein | de subdiaconus deinde | diaconus. de inde pbr. deinde eps fieri qui prpt \ hoc fugiens psecutionem | dioclitiani impris ; dies au 1 96v-203v depositionis sci laurenti [ confessoris sub die prid | nonarum februariaru | ibi praestantur bénéficia | eius usq ; in hodiernum j diem : Caeci ibiueniunt | et sanantur, lepsi mun | dantur a daemonio uexati peius horationem | liberantur egri ueniunt | et curam sanitatis accipi | unt, et multas uirtutes | p eum dus in eodem loco | ostendere dignatus est ; | régnante dfio nro ihù xpo | cui est honor et gla laus | et imperium aeterna | potestas qui cum pâtre | et spu sco uiuit et régnât | in seecula sœculorum | amen incipituita sci \ ioh penarensis m \ ..,[Cod Vindob.SbI. f" 96''(203'') 96v (203O/.

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