CHAPITRE PREMIER
TRADITIONS DE LA CAMPAGNE ROMAINE, LES SAINTS ALEXANDRE, HEDESTUS, AGAPET
La Légende romaine s'est épanouie à l'époque ostrogothique, à la fin du v^ et au début du vi^ siècle : tous les indices qu'on a relevés nous ramènent à cette date ^ Mais, passé cette date, qu'est devenu le mouvement littéraire que nous avons décrit? Venu du dehors à Rome, est-ce à Rome qu'il s'est arrêté et qu'il est mort? Ou bien de Rome, son nouveau centre, s'est-il propagé peu à peu dans les régions voisines ?
Justement, après l'expulsion des Goths^ certains pays se groupent autour delà Ville. C'est le temps où se forme l'organisme qui s'appellera longtemps l'état pontifical : on le nomme alors le duché de Rome. Qui sait si l'étude des légendes qui y fleurissent ne montrera pas qu'elles sont solidaires des gestes romains et qu'elles en prolongent l'œuvre curieuse ? Aujourd'hui comme autrefois, faisons rapidement le tour de Rome, non plus en visitant ses églises ^, non plus en descendant dans ses cimetières ^, mais en parcourant l'exarchat.
2 G. M. R., 1, 101-172, chapitre ii de la deuxième partie.
3 G. M. R., I, 173-264, chapitres m et iv de la deuxième partie.
TRADITIONS im LA CAMPAGNE ROMAINE
Les légendes des deux ports do Home et du petit bour^^ qui dotmo son nom à la voie Nornentane sont (Hroitement solidaires, on l'a vu \ des légendes romaines. En nst-il de mAme de ces autres légendes dont on rencontre le point d'attache à la même distance environ de la Ville? Les gestes de Haccano, de Laurente et de Préneste présentent-ils le môme caractère que les gestes de Nomentum, de Porto et d'Ostie ?
Les gestes Au temps d'Antonin, le bienheureux évêque Alexandre, ^dre^fde' ^^^P^^ ^^ ^^ grâce de Dieu, combat les idoles et travaille à Baccaao 2) ramener les âmes dans le chemin de la vie. Comme on porte Luceius^ qui vient de mourir^ il dit aux parents : « Croyez au Père^ au Fils et à V Esprit-Saint, et votre fils ressuscitera ». Les parents se laissent persuader, V évêque implore Celui qui a ressuscité Lazare^ et V enfant ressuscite. Et le ressuscité s^ écrie: « Deux Egyptiens ^ pleins décolère et de fureur m'entraînaient au désert: ils allaient me précipiter dans un puits scellé de sept sceaux *, lorsqu'un homme jeune, à V aspect éclatant, cria d'une voix forte : « Lâchez cet enfant, qu appelle le serviteur de Dieu Alexandre » ; et les Egyptiens me ramenèrent dans mon corps. » Et l'enfant ajoutait : « Alexandre y mon seigneur, baptise-moi au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, pour que je ne revoie plus ce puits que j^ai vu : c''est là qu^on envoie ceux qui ne sont pas baptisés, ceux qui nont pas confessé le Christ ! » Et tous, sans hésiter, se firent chrétiens : et, comme on était au début du mois de mars, ils furent baptisés le saint jour de Pâques, Ils étaient
^ G M. R., I, 237-243 (Porto), 244-250 (Ostie), 212-213 (Nomentum). a B. H. L., 273. 21 septembre 230. Cf. Tillemout, ii, 319.629; AUard, ii, 169. Neumann : i, 306-308.
3 Le narrateur veut dire des diables, noirs comme des Egyptiens. * Souvenir des 7 sceaux de l'Apocalypse.