ALEXANDRE DE BACCANO
Antonin apprit ces merveilles et ordonna au premier palatin (primus palatinus) Cornelianus de lui amener Alexandre. Cornelianus nous trouva dans réglise, le jour du Seigneur, comme nous instruisions le peuple ; car les messes [missae] n avaient pas encore été célébrées. Effrayé par cette nombreuse assistance , il nous explique avec respect la raison de sa venue, a Je la connais^ lui dit Alexandre; mais allons. ï> Et il refuse de fuir, il empêche le peuple de lapider le palatin^ le bénit après avoir fini la messe et nous renvoie ; mais comme il m'avait ordonné prêtre, je V accompagnai à Rome avec ma femme — sa propre sœur — , avec Boniface et avec Vitalion. Or, Antonin était en Tuscie : il se faisait bâtir un mausolée sur la voie Claudia, au 18^ mille. Cornelianus arrive rapidement au Clivus Parralis, au priEtorium Fusci, où il comparaît devant le tyran : je r avais suivi jusque-là, mêlé aux soldats, curieux de connaître les gestes du martyr, Alexandre confesse le Christ, descendu du ciel pour nous délivrer de la mort; il brave les tourments du chevalet, et est reconduit en prison, Vange Michel vient délier ses chaînes ; puis il m'avertit de quitter l'arbre sous lequel je m'étais endormi, afin de 7i*être pas maltraité, et je suis la route comme un mendiant. Quatre jours après, dans /<?praedium des Nœviani, Antonin fait dresser son tribunal et préparer les jeux ; mais Alexandre fait lé signe de croix, repousse les avances de F empereur et méprise les supplices [chevalet, lames ardentes, ongles de fer), Lor s qu! Antonin jure par Jupiter, par le Soleil Invaincu et par Apollon le grand de le traiter comme un frère s* il sacrifie, il feint de se laisser fléchir ; mais, arrivé au temple d'Apollon, il fait le signe de la croix, et sa prière jette à terre ridole et le tiers du temple. Et les ours et les lions lui lèchent les pieds.
Cependant le peuple proteste ; Antonin ordonne à son officium qu'on prépare une fournaise. Ce qui est fait, par les soins des ministri, au bourg de Baccano, où il y avait des thermes publics. Or, à la prière d' Alexandre qui raille et insulte le tyran, la fournaise s'éteint ; pas un de ses cheveux n'a été brûlé. « Décapitons-le », conseille Cornelianus. C'est à ce moment qu'un des membres de /'officium, Herculanus, s'avoue chrétien ; il a reçu la grâce du Christ ; il est condamné . On arrive à la fontaine qui est à 130 pieds du bourg, à deux pieds hors du chemin, et là, le saint se lave les mains et la figure. Plus loin, au 20^ mille de la voie Claudia, là où se dresse
4 TKADITIONS DE LA CAMPAONF^ ROMAINE
sur de grandes pierres rinscriplion de marbre, à sept pieds de la route, au couchant, à 70 pieds de la borne milliaire, Alexandre aie sa tu)ii(/ne [de dessus {planète ou daltnatiquei], et, vêtu de sa timique de lin, après s'être bandé les yeux de V viole, orarium, f[uil a empruntée à une veuve reneontrée sur le chemin, il fait le signe de la croix, et il est décapité. La terre tremble ; les thermes et les maisons du bourg s'écroulent. — La nuit venue, f enlève le corps et Boni face va se procurer des aromates. Sur l'ordre d' Alexandre qui rn apparaît^ moi Crescentianus, je V ensevelis, non dans la petite crypte que j'avais creusée avec mes compagnons et qu'il me réservait, mais à l'endroit oit il avait été mis dans la fournaise ; et. sur son ordre encore, je serrai soigneusement sa passion, afin qu'An^ tonin ne piit la brûler. Et je gravai cette inscription dans le mai'bre :
Ici repose le saint et vénérable martyr Alexandre, Evêque.
On célèbre sa déposition le il des kalendes tC octobre, tandis que règne Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen.
Le texte qui est ici résumé se lit dans le Codex Vindobonensis 357 : je l'appelle le texte A.
JNous en connaissons deux autres, un peu plus longs. L'un, B, est imprimé par les Bollandistes et commence par les mots In diebus illis ^ ; il compte 14.1^^2 baptisés, non 125 ; place au dix-septième mille le mausolée d'Antonin, omet l'histoire de cette veuve qui donne au saint son étole, transforme le nom Luceius en in locello et ajoute l'épilogue suivant.
Quatre jours après le martyre d'Alexandre, sur Vordre d'Antonin, Herculanus est jeté à minuit au milieu du lac ; mais la pierre se détache de son cou, il sort des eaux, prie Dieu d'avoir pitié de lui \jans doute parce quil n'a pas reçu le baptême], et encouragé par une voix du ciel, il rend l'âme. — Les soldats, qui ont tout vu, racontent tout à Cornelianus. Comme celui-ci veut briser l'inscription, sa main se dessèche, et c'est au tombeau qu'il est guéri. Et il en informe Protasius, et c'est sous sa dictée ciue Protasius écrit cette histoire. Un homme juste et craignant Dieu, à la suite d'une vision,
i B. H. L., 273, 2i septembre 230.