LES DOUZE SYRIENS
biche et à ses deux faons de s'arrêter et de les désaltérer de son lait. Et voici qu'on aperçoit des coureurs envoyés par Eugène; Fange du Seigneur Va flagellé pendant la nuit; Eugène fait ramener avec de grands honneurs saint Proculus au castruni Carsulanum.
Bricius, Abundius, Carpophore et les autres vont à Spole te finir leur vie; ils baptisent les païens au nom du Père, du Fils et de r Esprit-Saint, détruisent les temples et les bois sacrés. Mais les proconsuls Turgius, Leontius, Martianus, qui l'apprennent, les font arrêter dans la maison d'une femme très chrétienne, Sincleta : ils sont enfermés dans la prison et condamnés à mourir de faim. Bricius napas été pris : il- va donc du côté des faubourgs, au lieu dit Apianum et prie Dieu qiiil lui montre quelle conduite tenir. Alors l'ange du Seigneur lui dit : c( Viens, je te montrerai l'endroit oii tu seras sauvé (locain salutis, ubi salus prœstatur). » Et ils vont ; Bi^icius guérit l'aveugle Pisentius et parvient au lieu de son salut, sur la route du haut, au sommet de la colline (in superioreni viam in verticem coUis). Eange disparaît alors, et Bricius comprend qui il était ; il prêche partout, au pied de la montagne Martulana, confère des baptêmes, construit un oratoire qu'il appelle Salustianum, parce qu'il y avait obtenu son salut. A leur tour Carpophore et Abundius reçoivent la visite de l'ange : il les fait sortir de prison, les conduit dans une crypte des faubourgs et là, les saints imposent le signe de la croix sur le front des fidèles, ordonnent des clercs et des ministres (minislros).
Dioclétien et Maximien reçoivent alors un decretum de Turgius et Leontius maîtres des soldats, et du proconsul Martiamis. a II y a eu une sédition de prêtres à cause des Galiléens ciui vénèrent le signe du Christ. Agissez. » Et les empereurs décident que, partout où Von trouvera des chrétiens (animae christianae), on les punira. Védit est du 23 juillet. Carpophore prêtre et Abundius diacre sont arrêtés dans la crypte; conduits devant les trois consuls ils refusent de sacrifier et sont jetés en prison. Leurs compagnons sont chassés de Spolète et décapités le 25 juillet. Sincleta les enterre au cimetière Pontien, non loin de la ville, sur le flanc de la montagne, dans iine caverne et elle les y enferme. Quant à Abundius et Carpophore, ils comparaissent devant le tribunal de Martianus, sur le forum, devant le temple de Jupiter;
THADITKJNS I) oMHlUE
tourmentés sur le chevalet^ ils sont conduits sur l'ordre de Leo7itius, maître des soldats y près de Foligno^ et sont là décapites, le 4f des ides de décembre. Mais, comme il revient rendre compte à Martianus consul de ce (pii s'est passé , un ours se jette sur Leontius et le dévore ; cependant que la très chrétienne Eustachia^ avertie par un ange, ensevelit les saints à un mille de Foligno^ au lieu dit IhanaritanuSy au pied du Mont Rotonde, dans un sarcopJiage.
Voici enfin que Bricius est repris à son tour : on annonce à Martianus quil se cache in civitate Marlulana et quil évangèlise toute la montagne. Les ministri l arrêtent à G milles de Spolète, in territorio Salustiano, sur le chemin du haut, au so7nmet de la colline, ou est son oratoire. Quand on le torture sur le chevalet, un tremblement de terre ébranle le palais de Martianus qui s'écroule, tuant Martianus et 120 païens (animas paganorum), et qui disparaît dans le sol. Et voici que Vange du Seigneur et saiiit Pierre apparaissent au seuil de la prison de Bricius, et lui disent : « La paix soit avec toi ; tu auras la victoire ! » Bricius se prosterne, embrasse les pieds de saint Pierre, salue le Seigneur dont il a suivi les traces depuis r Orient ; et saint Pierre le relève et le consacre dans l'ordre du pontificat afin qu'il puisse établir dans chaque cité un évèque. Puis, conduit par Vange, qui lui a été donné comme gardien jusqu'à son dernier jour et qui lui prédit encore quarante-cinq ans de vie, Bricius revient à son oratoire ; il va, rempli de l'Espr^it-Saint, au lieu dit Marianus, il y construit un oratoire au nom de la sainte Vierge Mère de DieUf il consacre les sources [où l'on baptisera), il baptise, il instruit les foules de la montagne ci de la plaine à garder les jours du Seigneur (dies festos Doniini) et à célébrer la Pâques du Seigîieur ( ?jubileum Pascha) ; il ordonne les évêques, il consacre Jean évèque de la métropole de Spolète. Et Jean, à son tour, détruit les temples des dieux, élève une église à saint Pierre dans la banlieue de la ville, consacre comme évêques Vincent à Libania [Bevagna), Scipiodote à Victoria, Herculanus son neveu à Pérouse. Or, le perfide Totila assiégeait Pérouse, depuis sept années; la ville prise, il ordonna qu* Herculanus fût écorché, puis décapité sur les murs. Malgré ses ordres, le corps de l' évèque fut enseveli en secret par les chrétiens ; et, quand on ouvrit le tombeau une année plus tard, la tète était recollée au tronc, la peau au dos ; et l'en'
HERCULANUS DE PEROUSE
jant qiCon ensevelit ce jour à ses côtés fut ressuscité le lendemain.
Cependant, Bricius creuse sa fosse dans son oratoire, de ses propres mains. Il chasse les démons et guérit les lépreux. Comme, un jour [anniversaire) de la Résurrection^ il louait Dieu, arrive Vange qui lui a été donné comme gardien : € Viens ^ lui dit-il, athlète de Dieu; reçois la couronne ». Et, dans un tumulte arrive V armée des anges, avec Piei^re et les Apôtres, qui chantent Vantiphone : Beati qui persecutionem patiuntur propter justitiam... ; et cest au milieu des chants que son âme sainte est délivrée de la chair ; elle s'envole sous la forme d'une colombe qu'ont vue tous les frères qui assistaient à sa mort. Et les malades sont guéris, les démoniaques sont délivrés à son tombeau. Il a reposé en paix le 9" jour du mois de juillet, et ses bienfaits sont donnés [aux hommes) jusqu'à ce jour.
Ce texte représente une légende cyclique — telle qx^Anthime — où diverses traditions ont été plus ou moins heureusement combinées. On Tétudiera tour à tour au point de vue historique et au point de vue littéraire.
Des douze saints dont il prétend retracer l'histoire, deux sont absolument inconnus, Barectalis et Theudila. Mais nous voyons assez bien d'où viennent les dix autres.
Le cas d'Herculanus est très clair. C'est, ainsi que les gestes le racontent^ Tévêque de Pérouse que Totila fit tuer en 547, lorsqu'il fut parvenu à s'emparer enfin * de cette ville. Saint Grégoire nous fait connaître son histoire ; il y a avantage à comparer son récit avec celui de notre légende.
Texte bollandiste des Gesta Ahundii ier juillet I. tr., prael. p. 13, § 18.
Eodem vero tempore perfidus Tolila Rex septem annis eamdem obsessit civitatem, et famé captivavit eam, et quid de Hercalano episcopo esset facturas cogitabat. Tune jussit ei corrigiam a capite usque ad calcaneum decoriari, caput eius super muros civitatis abscidi, corpusque eius, ue tuaaulo traderetur, foras projici. Sed occulte Christiaai eum
Texte de S. Grégoire le Grand, Dialogues III, 13. [R L., 77, 241\.
« Nuper quoque Floridus venerabilis vitsB episcopus narravit... diceos :
Vir sauctissiraus Herculanus nutritor meus Perusinae civitatis episcopus fuit ex conversatione monasterii ad sacerdotalis ordinis gratiam deductus. Totilae'aulem perfidi régis teœporibus, eamdem urbem annis septem coDtiauis Gothorum exercitus obsedit ex qua muiti civium fugeruut qui
> Hartmann, i, 311-320.
TRADITIONS DOMRRIE
sepelierunt. Qui, cum post annnrn inlegrnm eiiiH tiuiiiilnm ChriHtiaii»
aperireni,— cuinsdam orbata; mulieris Klius mortiius fiierat, couti^^it, — ut eum in eius tuniulo ponereiit : qui dum de corpore episcopi quod esset factum conspicerent, videruot corpus episcopi ac si nulla macula ferri abacissiouis in eius corpore fuisset, et evulsae corrigiae DuUum vestigium videretur ; qui humatum puerum reliquerunt. Die vero altéra eius parentes lugentes ad sepulcrum venerunt, sicut mos est honainis lugere mortuos suos ; qui, aspicientes in tumulum eius, sanum et incoiumeai extra sepulcrum puerum invenerunt: nec putrescere membra corpusculi pueri iuxta membra potuerunt episcopi ; pro mortuo quem extra tumulum vivum projecit, ipsius iuiitatus est virtutem, cuius patibulum in Calvarife loco super feretrum impositum mortuum suscitavit. Requievit in Domino septimo idus novembris.
fairiis [jericulum ferre non poterant.
Anuo septiixio noudum fiuito obsessam urbem Gothorura exercitua intravit. Tune comes qui eidem exercitui pru^erat ad regem Totilatn nuutios misil... Cui ille pritcepit, diceiis : Episcopo prius a verlice usque ad caluaneum corrigiam toile et tune caput eius amputa ; omnem vero populum... gladio exstiugue.
TuDc idem comes veiierabilem virum Ilerculanum episcopum super urbis murum deductum capite truncavit eiusque cutem iam mortui a vertice usque ad calcaneum incidit...
Moxqne corpus illius extra murum proiecit. Tune quidam, humanitatis pietate compuisi, abacissum caput cervici apponentes, eum uno parvulo infante, qui illic exstinctus inventus est iuxta murum, corpus episcopi sepulturae tradiderunt. Cumque post eamdem caedem die xl rex Totila iussisset ut cives urbis illius qui quolibet dispersi essent ad eam sine aliqua trepidatione remearent, hi qui prius famem fugerant, vivendi licentia accepta reversi sunt. Sed, cuius vitae eorum episcopus fuerat memores, ubi sepultum esset corpus illius qusesierunt, ut hoc iuxta honorem debitum in ecclesia beati Pétri apostoli humarent. Cumque itum esset ad sepulcrum, efiossa terra, invenerunt corpus pueri pariter humati, utpote iam die xl tabe corruptum et vermibus plénum ; corpus vero episcopi ae si die eodem esset sepultum. Et... ita caput eius unitum fuerat corpori ac si nequaquam fuisset abscissum, sic videlicet ut nulla vestigia sectionis apparerent. Cumque hoc et in terga verterent, exquirentes si quod signum vel de alia monstrari incisione potuisset, ita sanum atque intemeratum omne corpus inventum est ac si nulla hoc incisio ferri tetigisset.
Les deux textes rapportent également que Totila assiège Pérouse durant sept ans et la prend par la famine; qu'il ordonne d'écorcher, puis de décapiter Herculanus sur les murs ; que, lorsqu'on ouvre le tombeau, le cadavre est intact ^ et ne porte pas trace d'écorchement ni de décapitation.
^ Cf. Rufine — Seconde. Plautilla trouve les corps sine fetorcy sine lesione.