‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 4)Chapitre 34 sur 108 · ANASTASE · texte numérisé non relu

ANASTASE

ours, et opéra de nombreux miracles, tandis qu'Euticius, qui avait groupé des moines autour de lui, n'en opéra jamais aucun ; tant et si bien qu'un beau jour, ses moines, furieux, allèrent tuer l'ours de Florentins. — Qui sait si le dépit de ces moines n'aurait pas encore forgé des légendes où Euticius était égalé à Florentins, et vivait comme lui de la vie des solitaires? Nous en aurions ici un écho \

D'où vient TAnastase de nos gestes? Anastase de Terni est plus que suspect : sa plus ancienne attestation est la seconde édition du martrjrologe romain ', et le plus clair de son histoire trahit des préoccupations généalogiques ^ On doit passer outre. — D'autre part, aucun trait ne rappelle Anastase de Salone. — J'imagine que notre Anastase est un double légendaire d'Anastase de Monticelli ou d' Anastase de Suppentonia et qu'il a été bientôt absorbé par Anastase le Perse. Les gestes de Constantius, version A, parlent d'un Anastase, homme de Dieu, qui habite Monticelli : c'est sans doute notre héros sous une autre forme. Anastase, abbé de Suppentonia, monastère situé près de Nepi, est connu par saint Grégoire * : c'était un ancien notaire de l'église romaine qui avait embrassé la vie monastique, qui était très lié avec Nonosus du Mont Socrate et qui éleva un ami de saint Grégoire, le moine Laurion : il était mort avant 593 et dut naître entre 520-530. Anastase le Perse est le fameux martyr mis à mort par Chosrau I le 22 décembre 627 ^ et dont les reliques furent portées à Rome, au monastère d'Aquas Salvias, en 642 : certains manuscrits des gestes, ceux notamment qu'a suivis Mombritius, portent qu' Anastase fut tué ad Aquas Salvias ^ ; et la Conversion d'Anastase, qui est indiquée par le titre de la légende cyclique, s'explique par l'histoire du martyr persan, non par celle du chef des XII Syriens.

< Noter que, d'après Grégoire \Dial., m, 15 P. i., 77, 256], Euticius fait des miracles sitôt qu'il est mort. Qui sait si l'Equitius de Valérie [Dial. i, 4], n'a pas eu part à la transformation du personnage? Equitius, Euticius : les deux formes sont proches l'une de l'autre.

2 17 août 458.

^ Id, et Analecta, xvii, 337-340

* Dialog., I, 7 et 8 [P. L., 77, 181 et 185|.

"^ 22 janvier 429. Sur les circonstances de la conversion et du martyre d'Anastase, cf. Labourt: Le Christianisme et l'empire perse [Paris, 1904, p. 232 sq.] Cf. p. 25, note 3.

« Mombritius, i, 6 [B. H. L., 1622J. — M. R. P. [P. L., 123, 147-148J et Adon [P. L., \23, 220].

76 TRADITIONS d'oMRRIE

Si telle est l'origine des traditions locales, que dire de la mise en œuvre? — Il semble que le texte cyclique date de la seconde moitié du vu® siècle, et qu'il représente souvent des textes du vi®.

lie pape Eugène qui mande Proculus à Rome, et qui en est puni, semble devoir être identifié avec le pape Eugène 1 [654- 657]. Le Liber Pontificalis^ sans doute, atteste qu'il fut aimé du clergé romain *. Mais nous savons d'ailleurs qu'il fut élu après l'enlèvement de Martin T, avec le consentement des Byzantins ; évidemment il leur était favorable ; il paraissait être leur liomme. On devine quels sentiments nourrissait à son endroit le parti de la résistance ; dans l'épisode que nous visons n'avons-nous pas un écho de ses antipathies? — D'autre part, Anastase le Perse a été transporté à Rome en 642 : cela nous reporte encore vers le milieu du vu® siècle. — J'ajoute que le terme consules appliqué aux grands personnages en général et la datation par le quantième du mois sont usuels à ce moment ^ et ne semblent pas apparaître au vi® siècle dans les textes italiens.

Voici enfin qui confirme la date proposée pour la rédaction cyclique et qui en explique l'origine. Je rapproche le chiffre douze qu'a voulu atteindre, évidemment, le rédacteur, de la théorie qu'insinuent nos gestes touchant les droits inètropolitains de Spolète ; et je soupçonne que noire auteur tenait à reprendre et à corroborer cette théorie. C'est saint Pierre luimême qui donne à Bricius le droit d'instituer les évêques, et Bricius établit Jean dans la métropole de Spolète. On sait que les Lombards ont détruit l'organisation ecclésiastique dans

L. P., I, 341. Dau8 la? correspondance de saint Grégoire, noua trouvons deux Eugène [P. L., 77. 996 et 1250].

* L. P., I, 328 : « patricii et consules ». — Les gestes de saint Boniface datent par le quantième du mois. Consules se trouve dans Constantiusy sans doute à la suite d'une retouche.

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