‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 4)Chapitre 35 sur 108 · LES PRÉTENTIONS MKTROPOLITAINES DE SPOLÈTE · texte numérisé non relu

LES PRÉTENTIONS MKTROPOLITAINES DE SPOLÈTE

tous les pays qu'ils occupaient *,que Spolète seule a gardé son évêché ^et que, au cours du vu" siècle, la conversion desLonibards couronnant les efforts de Grégoire le Grand et de Théodelinde, l'organisation ecclésiastique a peu à peu reparu en pays barbare ^ L'évoque de Spolète avait été chargé de l'administration des évêchés désorganisés en qualité de visiteur'* ; n'est-il pas vraisemblable que, dès ce moment, il a voulu consolider, et, plus tard, consei'ver sa situation privilégiée en devenant métropolitain. Les Lombards eux-mêmes n'étaientils pas intéressés à la chose ? On s'explique ainsi, et qu'on nous montre l'évèque de Spolète consacrant l'évêque de Pérouse — qui était resté aux Impériaux, — et que saint Pierre soit venu en personne conférer à Bricius le droit d'ordonner les cvêques : que pourra donc dire l'évêque de Rome? Le chiffre de douze témoigne qu'on tend à rapprocher les XII Syriens des Apôtres, à leur attribuer l'évangélisation du pays et peut-être à les placer à l'époque du Christ : la légende est en route pour l'apostolicisation. On a vu plus haut que Constantius de Pérouse est présenté comme un disciple des Douze ; et l'on verra bientôt que les gestes de Félicien tendent aussi à accroître les pouvoirs de Tévêché de Foligno.

On peut même indiquer dans quel milieu a été rédigé le texte cyclique. Le pape Eugène qu'il met en scène, et qui

1 Duchesne : Les évêchés d'Italie et l'invasion lombarde [Mélanges^ xxiu (1903), 83, sq.]

- Grégoire: Epist., m, 64; ix, 15, 37; xiii. 36. Sur les rapports des évêques subiirbicaires avec le pape, cf. Duchesne : Origines du culte, 3^ éditioû, p. 390, note 1.

3 Hartmann, ii, 1.269.

* Grégoire £'p., m, 64 [P. L., 11, 661] : « Aîite hoc biennium fraternitati tuée Mevaniensis ecclesiae visitationis deputaveramus officium... Hortamur... fraternitatem tuam ut si quidem talem potuerit reperire personam quœ digna ad episcopalis of6cii apicem valeat promoveri, hue eam cum solemnitate decreti vestrarumque testimonio lilterarum celerius dirigatis ». Grégoire entend retenir le droit de consacrer les évêques en pays lombard. Nos gestes veulent priver Rome de ce droit. Il y a conflit, c'est pourquoi je fais remonter jusqu'au temps de saint Grégoire cette légende des droits métropolitains de Spolète. Chrysanthe étendait peu à peu sa juridiction sur les églises de terre lombarde: il créait les faits d'où sortirait le droit.

Faroald avait installé un évêque arien à Spolète ; un miracle l'empêcha de pénétrer dans l'église saint Pierre [Dialogi. m, 29. — P. L., 11, 285]. Cf. aussi Hartmann, ii, 1, 43, 47 48|. — Une constitution de 362 a été adressée à Spolète: là-dessus Godefroid conjecture que Spolète est métropole civile k la fin du iv^ siècle [Code Théodos., xiii, 3, — éd. Godefr. p. 35. — Cf. aussi Ammien Marcellin xiv, 6. éd. Gardthausen, i, 22]. Je dois cette indication à l'amitié de mon ancien collègue M. Jullian.

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semble une réplique du pape Eugène J [05i-G57J, nous remet en mémoire ce pape Jean, qui apparaît dans Venant- A f/apet et qui rappelle si curieusement le pape dalmate Jean IV |0iO- 642]. Les maîtres des soldats Turgius et Leontius persécutent les chrétiens d'après le texte cyclique, tout comme J^^uprepius et Leontius, d'après Venant- Agapel. Les deux textes veulent raconter l'origine des églises locales. On peut croire que Venant-Agapet a inspiré le rédacteur de la version cyclique*,

^ Le raccord n'a pas été toujours adroitement fait par le r/^dacteur cyclique : de là, les deux papes Urbain et Eugène, les deux empereurs Dioclétien et Julien, les deux systèmes de datation, quantièmes et kalendes (le ■voyage de Proculus allaut de Narni à Rome par la route d'Ostie est assez mystérieux); les magistrats de Spolète sont désignés tour à tour, assez confusément, par les termes de prooonsules et de magistri militum.

Après que les traditions locales se sont fondues dans la rédaction cyclique du milieu du vu® siècle, il est arrivé que les textes anciens où s'exprimaient ces traditions ont été chassés et supplantés par elle ; puis, on a trouvé que la légende cyclique était bien longue, certaines âmes pieuses ont voulu s'intéresser seulement à tel ou tel saint : aiusi sout nés les démembremeuts de la légeode. C'est un texte de ce genre que reproduit Mombritius, I, 4-6 : Temporibus Juliani ssevissimi apostatœ... [B. H. L., 1622] ; réserve faite de certaines variantes paléographiques [Encleta, pour Sincleta ; Curtius, pour Turgius ; 3 juillet pour 23 juillet ; Orta, pour Ostia], et de certains traits qui conservent mieux la physionomie du vi^ siècle [cf. sjipra], ce texte est presque identique au B, H. L., 1620 qui a été analysé plus haut ; seulement il s'arrête après l'ensevelissement de Garpophore et d'Abuudius, par les soins d'Eustachia, au lieu dit Thanaritanus, et supprime tout ce qui concerne la fin de Bricius. [Ce texte est sans doute celui-là que reproduisait le Codex Neapolitanus de Beatillo, l^r juillet, tract prselhn., §13|. Notre texte 1622 a-t-il été rédigé directement sur le 1620, ou est-il un fragment d'un texte presque identique à 1620 et sans doute contemporain de 1620, je ne saurais le dire.

Le Codex Parisinus 5323, du xiii« siècle, conserve [f. 97"^| une version des XII Syriens nn peu différente de celle qui a été étudiée ici. Voir les traits qui la caractérisent : 1. Anastase est décapité extra muros urbis ad locutn qui dicitur ad aquas salvias miliario tercio procul ab urbe...^ in quo loco œdificata est ecclesia super corpus sanctiim ibique monasteriiini viroruni usque (hodie) Gonstructuin permanet... Caput eius persévérât theca inclusum argentea ut venientes illuc fidèles Christi martyris conlemplentur verticem et agonis eius pahnam imitari festinent: — 2. Volusianus est dit episcopus loci {Carsulœ) ; — 3. Dioclétien et Maximien sout poussés à la persécution par une sedicio pontificum et sacerdotum deorum ; on la raconte directement [folio 98^, 11], on ne dit mot d'un decretmn de ïurgius ; — 4. On ne donne pas la date de l'édit ; — 5. On ne précise pas la situation du cimetière de Pontien ; — 5. L'histoire d'Abuudius et de Garpofore est close par une doxologie j)7'<2?5tante D. N. J. G. qui cum P. et Sp. S. vivit et régnât cutn Deo Pâtre in unitate Sp. S. Deus per..., — 6. On ne dit pas ouest arrêté Bricius; — 7. On n'écrit pas an'>'mœ paganorum ; — 8. Ni consecravit eu7n in ordine pontificatus ut per singulas civitates episcopos ordinaret, mais constitue episcopos per civitates ; — 9. L'oratoire est consacré in honorem Dni Salvatoris et Mariée...; 10. Bricius cnseigue à observer omnent ritum christianitntis, non pas dies festos Dni ; — 11. Spolète n'est pas appelée métropole ; — 12. A propos d'Herculanus, on cite expressément le livre III des Dialogues qu'oa utilise en

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