‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 4)Chapitre 36 sur 108 · LES DOUZE SYIUENS ET LES TEXTES PARENTS · texte numérisé non relu

LES DOUZE SYIUENS ET LES TEXTES PARENTS

et qu'il faut chercher celui-ci dans le monde de l'administration pontificale.

Mais si le texte cyclique a cette origine, s'il date du milieu du vil*' siècle, on y retrouve des traditions du vi® qui ont gardé leur physionomie. Les récits qui concernent Herculanus [-1- 547] et Isaac [+ vers o3o], Euticius [-l-vers 535? jet Anastase [-h avant 593] Tattestent avec force ; et de même les passages, où Bricius apparaît détruisant les temples et consacrant les sources. J'insiste particulièrement sur trois textes qui nous reportent au temps des polémiques catholico-manichéennes et sur les points de contact de notre légende avec trois légendes du VI® siècle.

Lorsqu'il est conduit devant Julien, Anastase confesse Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre,... et Jésus-Christ son fils unique..., et le Saint-Esprit, non in unius singiilaritate personœ, sed in unius trinitate substantiœ . On songe aux controverses provoquées par la question du Trisagion *, à Censurinus et à Anlhime.

effet [f. OQ"" 99' : « cornes venerabilem viram H. ep. super urbis muros deductum capite truncauit eiusque cutem iam mortui a uertice usque ad calcaueuin iaoidit] ; — 13. On ajoute le récit d'une translation d'Abundius, au temps de Louis et de Lotbaire. — Ce texte est unremaaieraent qui supprime les traita caractéristiques de nos gestes {Spolète métropole] ou les émousse [droit de consacrer les évê |uesj ; peut-êlre a-t-il été opéré sur une version plus procbe de Sabinus [cf. la sedicio des pontifes des idoles] que celle dont nous nous sommes servi ; il date certainement du temps où le monastère des Aquœ Salvix était très important. Telle est aussi, sans doute, sa patrie.

La légende des Douze Syriens semble avoir influencé les gestes de Félicien de Foligno et de Victorin d'Assise [cf. infra], ainsi que l'histoire de Maurus et (Je ses compagnons [16 juin 95| : celle-ci paraît être toute moderne. Maurus, origiuaire de Césarée de Syrie, abandonne sa femme Euphrosyne et vient en Italie chercher le martyre avec Félix son fils, Christophe et d'autres compagnons. De Rome, où ils fréquentent les églises, ils se dispersent en Italie : Maurus, Laurent, Jean et Isaac arrivent à Spolète ; Maurus et Félix s'établissent dans la vallée du Naris et vivent dans le jeûne et la prière. IVIaurus tue un dragon de 90 pieds, Félix ressuscite un enfaut ; puis il meurt, ainsi que sa nourrice, après avoir été averti par un auge et avoir reçu de son père les sacramenta ecclesix. [Cf. Nérée et Lucie]. Il est enseveli près de Nar ; on y voit un temple ancien avec des sculptures de marbre qui représentent sa vie. — Ferrarius connaît cette légende. Pierre Damien parle d'un mystérieux Maurus de Césène [P. Z,., 144,945], qui est vénéré le 20 janvier.

^ Ce passage n'a été conservé que dans le texte de Mombritius, B. II. 'L., 1622, sur lequel cf. infra p. 78, u. Ce texte accentue beaucoup plus vivement la fuite de Bricius, thnore perterritus^ cherchant locun%.,in quo apersecutoribus...(pos5it) salvus commorari.

80 TRADITIONS d'oMI'JUE

Les conn[)agnons d'Anastase se dispersent après son martyre et fuient la persécution ; Bricius se cache et échappe aux ministri qui arrôtont Abundius ot Carpophorc. Ces traits nous rappellent tous ceux que nous avons notés déjà.

Et le soin que met Bricius à instruire le peuple qu'il doit observer le dimanche fait songer à cette lettre tombée du ciel dont la plus ancienne attestation remonte précisément au VI® siècle ' et qui s'intéresse à l'observation du dimanche.

Il a dùy avoir au vi® siècle des gestes d'Abundius, Bricius et Carpophore proches parents, peut-être, de Vitus B et de 6Vcile, etc.. : ici et là^ les anges jouent un grand rôle et les âmes qui s'envolent ont la forme des colombes ; le locus thanaritanus où sont ensevelis Abundius et Carpophore rappelle le tanagritanum territorium où aborde Vitus.

Les gestes des Xll Syriens sont apparentés aux gestes d'Anthime, aux gestes de Constantius et aux gestes d'Alexandre de Baccano, qui, du reste, on l'a vu, présentent de communs caractères " et semblent sortir d'un môme groupe de rédacteurs. Mais d'abord je note que l'expression animae paganorum... occisse semble avoir été suggérée par l'expression analogue septuaginta et très animœ curatae sunt : on la trouve dans les récits de l'invention d'Etienne protomartyr, en 415 ', et dans les gestes de Sébastien.

Voici les points de contact des gestes des Xll Syriens et des gestes d'Anthime : 1. Légende cyclique de structure tout à fait analogue ; 2. Fuite devant la persécution ; 3. Lutte contre le paganisme ; 4. Punition des persécuteurs ; 5. Utilisation des gestes romains *; 6. Introduction inattendue de la voie d'Ostie (Orta?) ; 7. Liens invisibles arrêtant ici un forcené, là une biche ; 8. Rôle des anges ; 9. Traditions de l'Italie centrale.

Voici les points de contact des gestes des XII Syriens et des gestes de Constantius ^ : 1. Région Pérouse-Spolète ; 2. Pres-

* Licinianus de Garthagèoe à Vincent [P. L., 72, 699]. — Delehaye : Note sur la légende de la lettre du Christ tombée du Ciel [Bulletin de l'Académie royale de Belgique. Classe des lettres... 1899, d. 2, p. 171-213],

2 Cf. supra, p. 42.

* Le Leontius de nos gestes qui est tué par un ours rappelle de très près le Léontius des gestes de Césaire et de Valentin. L'intervention de l'ours est toute naturelle en pays montagneux. Cf. supra l'histoire de Florentius.

•s Les gestes de Constantius ont sans doute été l'objet de remaniements

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