‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 4)Chapitre 37 sur 108 · LES DOUZE SYRIENS ET LES TEXTES PARENTS · texte numérisé non relu

LES DOUZE SYRIENS ET LES TEXTES PARENTS

tige du nombre apostolique douze ; 3. Guérison d'aveugles (Astasia ; Pisentius) ; 4. Emploi du mol co)isules pour désigner les grands ; 5. Arrestation des chrétiens dans la maison d'un des leurs ; 6. Fuite devant la persécution ; 7. Un saint personnage nommé Anastase ; 8. Mention deFoligno; 9. Quelques textes rapportent que Constantius a été tué au temps des Goths*.

Voici les points de contact des gestes des XII Syriens et des gestes d'Alexandre de Baccano : 1. Emploi du mot applicave : 2. Rôle des ministri ; 3. Souci de christianiser le peuplé (nécessité du baptême ; observation du dimanche) ; 4. Mention d'un saint personnage Herculanus ; 5. Intérêt porté à l'histoire apostolique ; 6. Citation d'un document (ici une inscription, là un édit); 7. Rôle des anges; 8. Edifice qui s'écroule (ici temple, là palais); 9. Fuite devant la persécution; 10. Intérêt porté aux Gesta Martyrum\ 11. Mention d'un lac (ici Bolsène ; là, lac où est jeté Herculanus).

Les traditions de Spolète ont donc pris forme au cours du vi« siècle, dans les mêmes milieux peut-être où l'on rédigeait les gestes de Constantius et à'Antfiime, à' Alexandre de Baccano et de Valentin de Terni ^. — Les gestes de Laurent et les gestes de Jean Penariensis, nous permettent de juger de Tétat de ces textes avant qu'ils eussent été remaniés au vu" siècle et insérés dans la légende cyclique qui date de ce temps.

11 faut rapprocher de la légende des douze Syriens les gestes de Félicien de Foligno et ceux de Ju vénal de Narni : ils tendent à insinuer que les évêques de Foligno (ou de Forum

parallèles à ceux des xii Syriens. — Le cimelière de Pontien est celui sans doute du héros des Gesla Pontiani.

* [29 janvier 924, § 2] comme Herculanus.

* Noter encore quelques points de contact entre les gestes des XII Syriens et les {gestes de Valentin de Terracine-Corfinium.

Sur Vincent de Bevagna [p. 68], cf. infra p. 112.

82 TRADITIONS D^OMimiE

Flaminiense) (»t de Narni peuvent avoir droit à la dignité que revendique l'évèque de Spolète.

Gestes de fuUicien, ïiè (Turœ famille ïMjhle de Forum Flaminiense y

Félicien de , t , -,, i r»

FoligQo» est remarquable par sa sagesse. Il se rend a Home pour étudier les lettres^ il sert Dieu dans les églises et les monastères, et voici quil attire l'attention de l'évèque EleutJtère, lequel ordonne à son archidiacre Victor de le recevoir parmi ses scholares. Comme il n'y apas d'èvèque dans la Tuscie et le Picenumy qui sont encore païens^ ses concitoyens devenus clercs le nomment évêque et il est ordonné par Victor, qui a remplacé Eleuthhre. Il évangélise avec succès sa patrie, puis Foligno^ Spello^ ou V on adorait Vesta et Mercure, Bevagnïa, Plesteas, Nuceria, la montagne, Nursie, ou le Judaïsme était vivant et où il ordonne prêtre Pisentius, dans la basilique Argentea; il prêche aussi dans la banlieue et visite souvent Trevi. Seules lui résistent Assise (Adsentina), où l'on adore Jupiter Capitolin, Pérouse qui adore Mars, Spolète où le culte de Diane est vivant. Félicien reçoit alors de Victor le privilège de porter autour du cou le palliuni (? ut extrinsecus lineo sudario circunidaretur collum eius), et, avec la permission de Victor, il ordonne évèque le diacre de Terni, Valentin, ainsi que des prêtres. Bientôt on célèbre le millième anniversaire de la fondation de Rome. Gordien est tué par Philippe ; Dèce, homme de Satan, fait venir de Perse Abdon et Sennen et arvête Félicien dans \di basilique palatine, à Forum flaminii, à cent milles de Rome: il est le premier de tous dans la province, de Rome aux Alpes ; il n'est aucun évêque qui passe avant lui. Enfermé avec Abdon et Sennen, puis arraché à leur prison, visité par la vierge Messaline, il est conduit à Rome ety après que ses miracles ont émerveillé la foule, il est décapité à Monte Rotondo, à 94 ans, dans la 56^ année de son épiscopat. On vient de partout se faire ensevelir pi^ès de lui, à Foligno, au-dessus du pont de César, où il a été enterré le 9 des kalendes de février et où se multiplient ses bienfaits jusqu'à aujourd'hui.

L'auteur semble connaître le Liber Pontificalis, les gestes de Valentin de Terni, < de Pontius de Cimiez, d' Abdon et Sennen,

1 B. H. L., 2846 [24 janvier 582].

FELICIEN DE FOLIGNO

il rappelle le rédacteur de Terentianus de Todi par la précision de sa chronologie: Félicien, mort en 250, serait né en 156, et aurait été sacré évèque en 19 i, par Victor.

Les gestes veulent faire croire, le fait est certain, que Vévêque de Forum Flaminii a des droits métropolitains sur le Picenum et sur la Tuscie, parce que c'est lui qui a évangélisé toutes ces églises et parce qu'il a reçu le pallium du pape Victor. J'attire l'attention sur ce dernier fait. Un texte curieux nous apprend l'importance qu'on attachait aux distinctions de ce genre. C'est une lettre par laquelle saint Grégoire se rend, malgré ses mensonges, aux instances de l'évêque de Ravenne et lui accorde, pour quatre jours par an, le droit de porter le pallium ^ Aucune restriction de ce genre n'est apportée au privilège que Victor confère à Félicien. Félicien reçoit encore du pape le droit d'ordonner uq évoque -. C'est-à-dire que, en fait, il est élevé à la dignité métropolitaine. Et c'est-à-dire, encore, que les gestes de Félicien s^op~ posent aux gestes d'Ahundius ; les deux légendes se contredisent : Forum Flaminii' se dresse contre Spolète, dont notre auteur souligne l'attachement persistant au paganisme.

1 Ep., V, Il [P. I., 77, 732-733]. « Grejçorius Joanni episcopo ravenoati. FraterDÏtatem uestram ualde inuenio coQtristatam pro eo quod in litaniis induere pallium rationis censura prohibetur. Sed per excellentissimum patricium et per emioentissimum praefectum atque per alios civitatis suae nobiles uiros importuue expetit ut hoc debeat concedi. Nos autem sollicite requirentes ab Adeodato diacono quondam fraternitatis tuse, cognouimus quia numquam consuetudo fuerit decessoribus tuis ut in litaniis pallio nisi in sollemnitate beati Joannis Baplistae, beatri Pétri apostoli, et beati martyris Apollinaris uterentur. Cui quidem nequaquam credere debuimiis, quia raulti apud civitatem fraternitatis vestrse responsales saepius fuerunt qui se fatentur taie aliquid numquam uidisse. Et de bac re multis potius credendum est quam uni pro sua ecclesia aliquid atlestanti. Sed quia nos fraternitatem uestram contristari nolumus et petitionem filiorura nostrorum apud nos minime frustrari, usum pallii donec subtilius aliquid cognoscamus in litaniis sollemnibus id est die natalitio beati Joannis Baptistae, beati Pétri apostoli et beati Apollinaris martyris atque in ordinationis uestrfB celebratione concedimus. In secretario uero secundum morem pristinum, susceptis ac dimissis ecclesifE filiis, induere uestra fraternitas pallium debeat, ad missarum solemnia ita proficisci et nihil sibi amplius ausu temerarise praesumptionis arrogare, nedum si in exterior habitu inordinate aliquid arripitur, ordinate etiam quae licere poterant amittantur. Data mense octobri, indictione xiu. [Cf. Ep.^ i, 19 et v, 56. — et Jean Diacre, iv, 3].

'^ Cf. la lettre 64 du livre IIÏ [P. L., 77-661J, citée p. 77,n. 4. Il est clair que certains évêques tendaient à profiter du désordre produit par l'invasion lombarde pour s'arroger des privilèges auxquels ils n'avaient aucun droit. On s'explique très bien, dans ces circonstances, la tentative de Spolète. Elle était, jusqu'à ce jour, absolument inconnue.

' Forum Flaminii et Foligno sont attestés tous deux, comme évêchés dis-

81 TRADITIONS d'omijuif-:

Mais qui dira la date du texte? Kaiit-il rabaisser jusqu'à l'époque lornl)an]e, vu/' ou vin" siècle, aliu (Vitn faire Je eoutempoiaiu de la tradition qui soutient Spolète ? Faut-il la faire remonter jusqu'au milieu du vi" siècle afin de rendre compte plus aisément du rapport qu'il soutient avec Teren» iianus et Valentin et Abdon et Sennen. .l'opte pour la première hypothèse : il me parait difficile d'admettre que les deux textes, que les deux théories no se combattent pas, et donc ne soient pas à peu près contemporaines. J'ajoute même que les gestes de Félicien ont peut-êlre précédé le texte cyclique d'Abundius Carpoforus : c'est afin de répondre au privilège du pape Victor dont parlent ceux-là que le rédacteur de celui-ci aura dérangé saint Pierre V

tincts, au concile roraaia'de 680 [Hartmann, ii, 1, 269], — Forum Flaminii, aujourd'hui S. Giovan in Fiamina, est situé sur la voie Flaminienne entre Foligno et Nocera [Dieiil. 68].

1 Le Pisentius ordonné prêtre par Félicien à Nursie est sans doute identique à l'aveugle Pisentius rencontré et guéri par Bricius : cf. supra, p. 67.

On connaît deux autres versions de Félicien. La première jB. H. L., 2847. — Analecta, ix. 381j est un curieux remaniement des gestes ; elle commence ainsi : Igitur Felicianus Foris Fluminise , civitatis Umbrise provincia;, oriendus fuit, scilicet tempore Gordiœni [Codex Ambrosianus, F. S., i, 3, du xiv® siècle]. On y introduit un comes Gaudianus (issu peut-être d'une dittographie de Gordianus), on y omet ce qui toucrie à la question métropolitaine, on donne pour frère à Valentin de Terni ,1e martyr Habundius [le même, sans doute, qui apparaît dans les gestes des XII Syriens]; on sait que Pérouse a été détruite par Octavien Auguste pour avoir défendu Antoine et reconstruite par le même césar. Félicien prêche à Gubbio et Nocera ; puis il passe l'Apennin, évangélise le Picenum, Gittà di Penna, Ascoli, Fermo, Osimo, Ancône et Senegallia qui sont dans la Pentapole. Mais Dèce succède à Philippe et écrase les Perses à la bataille du mont des Mèdes ; puis la persécution se déchaîoe, Polycronius de Babylone est martyrisé, les chrétiens se cachent dans les cavernes comme les sept Dormants d'Ephèse. Dèce revient à Rome avec Abdon et Sennen, que Félicien visite et réconforte à leur passage: il est saisi et mis à mort. — Peut-être la date de ce texte est-elle celle du manuscrit qui nous l'a conservé-. (La bataille du mont des Mèdes est empruntée aux gestes de Polocronius de Babylone. Cf. Cod. Parisinus, 5312, 152^].

La seconde version [B. H. L., 2849J. — Bodemann : Zeitschrift, f. K. G., XII (1891), 78-81, se lit dans un missel de la Bibliothèque de Hanovre [i, 101, — in-4, — xiv^ s.] et débute par les mots Tempore quo Gordianiis csesar imperii romani arcem tenebat. Le thème et les détails sont les mêmes que dans le texte analysé. Je note : 1. Des périphrases visant à l'élégance [loca sacra divino cultui mancipaia, § 1 ; csesar de partibus Eoys. §2] ; 2. Un contre sens : Spello devient un homme, Spetius |§ 3] ; 3. Félicien meurt le XIII des Kalendes de novembre, mil. III a civitate Egubio quae appellatur Julia. — Ce remaniement a été, j'imagine, écrit à Metz après la translation du corps à Saint- Vincent de Metz, au temps de l'évêque Théodoric et d'Ottou, en 969 [24 janvier 589 ou 203, § 3J. Le détail touchant Gubbio atteste peut-êlre que la légende y avait été transportée telle quelle : noter que Gubbio est le point d'attache de Secundus.

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