‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 4)Chapitre 38 sur 108 · JUVÉNAL DE NARNI · texte numérisé non relu

JUVÉNAL DE NARNI

De ces mêmes intrigues je trouve encore une trace dans une autre légende ; elle est évidemment parente de Félicien de Foligno, et de Valentin de Terni ; c'est Juvénal de Narni que je veux dire.

'^^ Conformément aux prophéties. Dieu séparait les siens des 1 pécheurs. Rome maîtresse des nations [domina gentium^ princeps provinciarum] est confiée à Pierre et à Paul', Jésus leur donne aussi à évangéliser la Tuscie et la Campanie ; c'est donc à Rome que se fait sacrer l'évêque Juvénal y lorsqu'il a été élu par le peuple. Le Sauveur a réparti la terre entre les siens : Jean-Baptiste est à Sébaste ; à Jérusalem les deux Jacques, Mathias et Etienne ; A?idré à Pairas, Jean à Ephcse. Narni seule, l'ancienjie Nequina, restait profondément païenne, bien que Terentianus, et Félicien et Valentin V eussent visitée. IJ Africain Juvénal est plus heureux :c est un médecin. Devenu èvéque, il consacre un oratoire à saint Valentin, Il est soutenu par de grands personnages^ des Anicii et des membres de la famille impériale, tels que Philadelphia. Il déjoue la ruse d'un prèlre païen, qui îneurt subitement ^ et baptise 2.000 Narnioles à Pâques^ parmi lesquelles la noble Venantia. On montre encore le lit ou il couchait dans la tour, le calice où se multipliaient les espèces (sancta libamina), les ampoules où est recueillie Veau que son tombeau distille. Il est mort tranquillement après 7 années d'épiscopat, et a été enseveli à la Porte Supérieure, sur la Voie Ilaminia, au 5ô" mille de Rome, le 7 des ides d'aoïU: on célèbre pourtant sa fête le 5 des nones de mai, jour où Judas Cyriaque a trouvé la Croix du Seigneur. Il a sauvé un navire en danger de se perdre ; les passagers reconnaissants lui ont fait de telles offrandes quon a pu bâtir une superbe basilique, au temps de l'évêque Alaxime, sur l'ordre duquel ces gestes ont été écrits ^.

1 B. H. L.. 4614 [3 mai 387] .

- Dans les gestes se présentent deux digressions fort curieuses. Antiqiiam gestam enarremus occasionemque perditionis prxdictss urbis nosse cupientibus non negemus. Narui ayant refusé d'aider Auguste dans la guerre perse fut par lui donuée aux Carpes qni la détruisirent; mais, à son retour, il en eut pitié, et la fit restaurer et y construisit un pont superbe où étaient gravés ces mots: Cxsar augustus de ma m... nnrniens is pntronus •,i\ y édi&n. aussi un aqueduc dont il faut taire en ce moment la hauteur, et les détours, et les tuunels. — ...Delectat et hoo miracuiam reserare : quarante ans après la ruine de la ville, les Carpes et les Ligures dévastent le pays, pénètrent dans la vallée Tyria

Sn TRADITIONS d'oMBHIE

Tl est certain qu'il s'agit ici du saint de Narni que le ffîrial hiéronymicn mentionne au V des nones de mai \ et dont le monastère de Horla fonde par Bélisaire ', et les Dialogues de saint Grégoire '\ attestent la popularité au cours du VI® siècle. Noter qu'on n'en fait pas un martyr.

Il est certain que le rédacteur était assez instruit ; il disposait de documents écrits, une version peut-être perdue du Liber Poniifîcalis, l'Invention de la Croix, saint.lérôme ( Vila Paului), d'autres textes inconnus où il s'est documenté sur l'histoire de Narni, les gestes de Terenlianus, de Valentin, d'Alexandre de Baccano et, peut-être, de Félicien.

Il est donc probable qu'il écrivait au temps de saint Grégoire le Grand, à la fin du vi° ou au début du vii^ siècle. La popularité du saint à ce moment est établie par les textes cités plus haut; la mention des Anicii, et d'une Venantia, les trois allusions aux reliques de Juvénal (lit, calice, ampoules d'eau miraculeuse) s'expliquent aisément dans l'hypothèse ; et je remarque que, en 598^ il y a eu, à Narni, un mouvement catholique notable : sur l'ordre de saint Grégoire, l'évêque de Narni Prœjectus profita d'une épidémie pour convertir païens et ariens \ Ne serait-ce pas à cette occasion que notre texte fut rédigé ?

Il est très probable aussi que le rédacteur voulait assurer à l'évêque de Narni un rang privilégié parmi les évèques du pays. Contre Spolète, Narni s'appuie sur Rome aussi bien que Foligno. Juvènal est parent de Félicien ^

suspecta qui sépare Narui de Terni, prenaent Terni et assiègent Narni : il y avait cinq ans que Juvénal était évêque. On était au mois quintilis^ qu'on appelle maintenant juillet. On chante (en procession) autour des murs: Fiat Domine via illorum tenehrx... [Ps. 34, 6], tandis que Juvénal se met en prières : aussitôt le tonnerre gronde, le Très Haut lance ses flèches, malgré la sécheresse les sources vomissent des torrents d'eau, et 3.000 ennemis sont noyés près du temple d'Hercule. — L'auteur, qui semble faire un sermon [§6, illud, fratres Karissimi, non prsstermiUamus] s'intéresse aux problèmes étymologiques [§ 2, Nequina... a nequitia duxit nomen] [Naris, qui de 7iaribus sculpti quasi lituli lapidei egreditur] et connaît sa mythologie aussi bien que son histoire: § 3, le prêtre païen appelle au secours le vengeur de Briarée [même §, mention d'un temple Libéri Patris], — Les Carpes sont ce peuple batailleur dont Lactance [demorie pers. 9] et les Oracles Sibyllins [XIH, 141, RzachJ attestent la popularité. Cf. Pauly-Wissowa : R. E.

1 Rossi-Duchesne, p. 5S. Le texte est douteux. E n'a pas Juvénal.

•^ Dialogi, iv, 12 [P. L., 77, 340J.

4 EpistoLv, 11, 2 [P. L., 77, 539j.

^ Ri«n ne rappelle l'histoire de Cassius. Dialogi, m, 6 [P. L., 77, 22S]. Sur 07istantius B, cf. supra p. 44. cote 4.

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