‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 4)Chapitre 5 sur 108 · TROIS VERSIONS D ALEXANDRE · texte numérisé non relu

TROIS VERSIONS D ALEXANDRE

ensevelit Herculanus dans son cimetière, le 6 des kalendes d'octobre. Après la mort d^Antonin, Cornelianus donne à Pro' tasius, qui a élevé sa filles le prsetorium Fusci ; Protasius y relève les thermes de Baccano ; il y construit, sur ma demande, une église au tombeau du martyr, en même temps qu^un ci^ meiière de 800 pieds de circuit. La dédicace de l'église est fêtée le 10 des kalendes d'avril [23 mars], Constantin et Crispus césar étant {consuls) pour la deuxième fois [321\

L'autre — que j'appelle le texte C — nous est accessible dans les longs résumés qu'en ont faits Adon et Flodoard *. Voici les traits qui le caractérisent : \ . Les convertis sont au nombre de 125 ; 2. L'ange qui apparaît à Crescentianus n'est pas nommé ; 3. La construction de la crypte est attribuée, 72on à Crescentianus^ mais au pape Damase ; 4. D amas e fixe la fête du saint au 2H novembre, date d'une translation du martyr ; 5. L'enfant ressuscité porte le nom du Luceius.

Vocabatur is Luceius.^ cum quo baptizati sunt alii centum viginti quinque [404J... Cuipapa Damasus postmodum cryptam condignam faciens, illic eum sexto Kalendas decembris transposuit quando et festiuitatem ei dicauit. Orarium porro illud sibi prœstitum unde sibi martyr oculos texerat, mox ut decollatus est mulieri per quendam puerulum, quem angelum fuisse non est dubium, reformatum est. Quod illa non sine grandi stupore recepit etvere martyrem confessa Alexandrum Christo credidit [405].

On étudiera tour à tour la légende commune aux trois textes, puis les particularités de chacun d'eux.

Une idée domine la première partie de cette légende^ l'idée que le baptême est nécessaire pour être sauvé ^. N'est-ce pas un indice que la légende a pris forme au v® ou au vi* siècle, alors que s'opérait lentement la christianisation des foules ? Je remarque, d'autre part, le soin qu'apporte l'auteur anonyme à mettre en relief la sainteté d'Alexandre, et son crédit sur Jésus ^ Ce trait convient à merveille à cette époque où s'exalte le culte des martyrs. La langue politique, l'allure gé-

t p. Z., 123.403 et 135.645. — Cf. le Codex Ambrosianus, H. 224.

2 M Pateum... ubi mittuntur non baptizati aut quicumque noa fuerint Cbristum confessi. Unde iadubitatum est omnibus ut fièrent Christiani. Et... die sancti Paschae omnes sunt baptizati », § 2.

3 « Remittite puerum quia vocatur a famulo dei Alexandro. »

fi TRADITFONS DE LA CAMPAGNE ROMAINK

néralo ol les (l(UaiIs du (l('volop[)(!nieiit ' ra[)[)(;II(;nl précis/imrînt l(îs gestes romains iU) l'époque ostro;4ol}iif|ue.

Très netlenieut, enlin, deux df^tails nous dénoncent cette mAme époque, parce qu'ils rcflèlnnt l(!S controverses qui p;i^sionnent alors l(;s esprits : je songe h. ce souci frauthentifirr ' qui pousse le pseudo-Crescentianus à feindre d'Atre un compagnon du saint et un témoin oculaire des faits ; et je vise aussi les passages où le saint refuse, de s enfuir ^ , où le narrateur sV.squive prudemment. Si j'ajoute que la mention de l'archange saint Michel nous rappelle le culte dont les Romains l'entouraient, au moins dès le v° siècle *, on comprendra que nous rattachions cette légende aux v® et vi" siècles, et, plus particulièrement, à l'époque ostrogothique.

L'auteur avait quelques lectures : s'il n'est pas étonnant qu'à la mort d'Alexandre il imagine un tremhlement de terre, réplique évidente des miracles qui signalent la mort du Christ [Mt. XXVII. 51], je remarque qu'il se souvient de l'Apocalypse ^ et fait baptiser les nouveaux convertis, une fois au moins, au nom de Jésus seul : ce qui semble bien venir des Actes des Apôt.res « [II, 38 ; VIII, 12 ; X, 47 ; XIX, 5].

Le récit de la mort d'Alexandre est modelé sur le récit du martyre de saint Cyprien '.

La résurrection de l'enfant mort rappelle les résurrections

1 Officium ; la conversion conçue comme un marché ; le signe de la croix, signe magique; « les lapides muti... »; Alexandre vient d'Orient.

2 G. M. R., I, 289-290, et 62, 65. Cf. Potentienyie-Praxède, qui est précisément datée du temps d'Antonin, comme Félicité.

* Le Sacramentaire Léonien atteste une fête romaine de saint Michel, à la date du 30 septembre, célébrée sur la Via Salaria, au 6^ mille. Et le Liber Po7itificalis atteste l'existence d'une seconde église consacrée à l'archange, à l'intérieur de la ville : Symmaque l'a embellie [Cf. Kellner : trad. Mercati : L'anno ecclesiastico... (1906), 281-282; et Grisar : Geschichte Royn^, i, 154, note 5 et 181].

Saint Michel devint plus tard le saint protecteur des Lombards [Gotthein : Die Culturentwickelung Sud-Italiens. Breslau, 1886, 41-111, ne donne rien de précis].

s Cf. supra, p. 2, note 4.

6 G. M. R., 1, 361-362. — La môme formule baptismale est attestée aussi dans les gestes de Torpes [cf. infra\. Peut-être est-ce là que notre rédacteur l'a prise. — Sur cette question, cf. Turmel : Histoire de la théologie positive, 1904, p. 126, 249, 299, 419.

"î Acta proconsulnria, 5 [Ruinart, éd. 1859, p. 263] : « et, cura se dalmatica exspoliasset,... in linea stetit,... manu sua oculos sibi texit,... » Cf. 21 sept., §13 des gestes : « et explicavit se tunica, et in linea stetit, et de orario suo sibi oculos texit. » Noter que les actes de Félicité et Perpétue mettent en scène un jEgyptitts. Cf. infra.

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