‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 4)Chapitre 40 sur 108 · VALEUR DE LA LEGENDE · texte numérisé non relu

VALEUR DE LA LEGENDE

Je ne crois pas, en revanche, que le début pittoresque par où il s'ouvre ait été emprunté à un texte antérieur. Les jeux du cirque, la pratique des acclamations étaient profondément enracinés dans les traditions romaines ; surtout, au cœur même du VI® siècle, les jeux continuaient de faire la passion du peuple. Une très curieuse lettre de Cassiodore l'atteste avec précision. Théodoric est obligé de rappeler aux Romains que l'ampliithéàtre n'est pas un champ de foire, que leur joie ne doit pas dégénérer en tumultueux vacarme ni se manifester par de grossières injures à l'adresse des sénateurs ^

Pareillement, ce n'est pas à des actes authentiques de Sabinus que le rédacteur emprunte sont préfet Hermogenianus : on ne connaît pas de préfet de la ville qui se soit appelé Hermogenianus ; en 304 — date à laquelle on serait tenté de rapporter la scène du cirque — , deux personnages occupent successivement la préfecture urbaine, l'un se nomme Aradius llufmus, l'autre T. Flavius Postumius Titianus ^. Un texte écrit en 304 ne parlerait pas davantage d'un aiigustalis Tusciœ : on lirait corrector Tusciœ et Umbrise ^ Au v^ et au vi® siècle, on appelle augiistales les assessores togati des juges * ; Cassiodore nous fait connaître un primicerius aiigustalium ^ ; notre

1 « Populo romane Theodericus rex (a. 507-511). Spectacula uoluptatum lastitiam uoluoius esse populorum, nec erigere débet motus iraruin, quod ad remissioDem auimi constat inveutum, ideo enim tôt expensarum oaus subimus, ut conventus vester non sit seditionis strepitus, sed pacis ornatus, mores peregrinos abicite : Romana sit vox plebis, quam delectet audiri.... Atque ideo edictali programmate defioimus, ut, si atroces iniurias in querapiam senatorum vox iniusta praesumpserit, uoverit se a prsefecto urbis legibus audiendum, ut pro facli qualitate discussa excipiat promulgatam iure senteuliam. Verum ut omne semen discordiae funditus amputetur, prœfiaitis locis pautomimos artes suas exercere praecipimus : quod vos poterit iustruere ad prœfectum urbis data prœceptio, tantum est, ut animis compositis peragatis laetitiam civitatis... Soletis enim œra ipsa mellilluis implere clamoribus et uno souo dicere, quod ipsas quoque beluas delectet audire : profertis voces organo dulciores... abicite furores laeti, iram gaudentes excludite ».

[M. G, — A. A, XII, p. 31-32, éd. Mommsen] Cf.Procope : Got/i,i,6 ; et Code Théodosien, vi, 9. 2 (avec le commeataire de Godefroidj. — Cf. aussi la sédition Nika, et l'importance des jeux du cirque, à ce moment, à Gonstantinople.

Noter encore que les procès-verbaux du concile de Rome de 499 donnent le compte des acclamations : decies, ooties [Mommsen : M. G. — A. A. xii, 404].

2 Goyau, 368. — En 309-310, un préfet^de la ville se nomme Aurelius Hermogenes[Goyau, 379].

^ JuUian : Transformations politiques de Vltalie... 174. — AUard : iv, 360, D. 3 ; de Rossi BuU.^ 1871, 81. Sur les autres « difficultés » du texte, cf. ïillemont, V, 603.

* Marini : Giornale dei lelterati di Pisa, iv, 154-155; cf. x, 306; et de Rossi : Bull., 1871.89.

^ Variar, xi, 30, Mommsen, 348. — Cf. Neues Archiv., xix, 479, note 5. et

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anonyme parle, sans y prendre ^^arde, la lan^ruo administrative de son temps.

Et peut-être, en dénommant son préfet, s'est-il souvenu de l'auteur du Code Ilermofjmieny ou de ces fameux Anicii qui prennent si souvent ce coi^nome/z '; peut-ôtre s'est-il rappelé ces deux proconsuls d'Afrique au temps de Julien, qui portaient le nom d'Iïermogenianus ^ et qui ont pu être mêlés à la persécution. J'inclinerais plutôt, cependant, à penser que notre auteur relève ici des gestes pannoniens d' Hermoyène ^ : nous savons que les Romains connaissaient les gestes des martyrs du Danube *, et je trouve, dans le texte que je dis, un ïlermogène et un Venustus ; nous lisons, dans Sabinus^ Hermogenianus et Venustianus.

Le rédacteur anonyme appartient au même groupe que les auteurs à' Alexandre de Baccano, de Valentin et de Donat. Voici les points de contact de Sabinus et de Donat : 1. Mention inattendue d'un augustalis ; 2. Allusion à une relique ; 3. Guérison d'un aveugle ; 4. Ironique allusion à l'impuissance des médecins. — Gomme l'auteur de Valentin, VdiUXexxv àe Sabinus aime à faire valoir les mérites oratoires de ses héros ; l'un et l'autre visent une relique [les mains coupées, le cilicium] ; l'un et l'autre introduisent de la même manière l'épisode central de la légende : ici et là, c'est parce que le païen apprend les guérisons merveilleuses du saint et qu'il a éprouvé l'impuissance des médecins qu'il recourt au martyr. — Nos gestes font écho aux polémiques touchant la spontanéité du martyre et rapportent un texte prétendu exact aussi bien que les gestes d'Alexandre. — L'épisode de la statue de Jupiter brisée par le saint

C. I. L., m, 3, H026. Les emplois inférieurs de l'admiDislration au temps des Goths nous sont très mal connus, comme le remarque Mommsen : Neues Archiv.y XIV, 466-467.

1 Pauly-Wissova : R. E. article Anicii.

2 G. I. L,, VIII, 1860. L'un s'appelle Glaudius Hermogenianus Gaesarius, l'autre Cl. Olybrius Hermogenianus. — D'où vient le Sifinnius qui apparaît dans nos pestes ?.

* G. M. R., II, chapitres x et xi. Cf. aussi p. 20-21 les preuves de l'influence des IV Coronati sur Hedestus. Rapprocher encore les expressions lapis coraliticus, sermo delimaius, christiani tollaniur \Sabinus\ de celles qui se lisent dans la grande légende pannonienne : lapis thasus, delimare lapidem, toile magos (et autres acclamations populaires) ; ici et là, il s'agit do martyrs dont on n'a pas retrouvé les corps, et l'on joue sur l'idée de dieu de lumière îippliquée au Dieu des chrétiens. L'auteur de Sabinus utilise les gestes de Pannonie.

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