‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 4)Chapitre 41 sur 108 · LE MIRACLE DE CAMERINO · texte numérisé non relu

LE MIRACLE DE CAMERINO

rappelle semblable exploit accompli par Concordius. — Je trouve dans les gestes de Constant'ms une sentence du juge textuellement reproduite et le même persécuteur Lucius, que délègue, ici et là, l'empereur. — Ces rapprochements — et je ne prétends pas en avoir épuisé la liste * — ne peuvent pas être fortuits : ils attestent une parenté certaine entre notre texte et le groupe Valentin Alexandre Concordius Constantiiis . Si l'on se rappelle l'épisode du cirque, on jugera qu'il a sans doute été rédigé vers le milieu du vi*' siècle.

Deux faits confirment l'hypothèse. Le duc lombard Ariulf, qui succéda à Faroald Y^y envahit l'Italie centrale à la fin du vi" siècle, et fut vainqueur des Romains à la batailte de Camerino, grâce à une apparition de saint Sabinus : ce qui le décida à se faire catholique. Paul Diacre atteste le fait.

Sequenti anno [600] Ariulf us dux^ qui Farualdo aput Spoletium successerat moritur. Hic Ariulf us cum bello contra Romanos in Camerino gessisset victoriamque patrasset, requirere a suis hominihus cœpit, quis vir ille fuerit^ quem ipse in illo bello quod gesserat tam slrenue pugnantem uidisset, Cui cum sui viri responderent, se ibi nullum aliquem fortius facientem quant ipsum ducem uidisse, ille ail : « Certe multum et per omnia me meliorem ibi alium vidi, qui, quotiens me aduersœ partis aliquis percutere uoluit, ille vir strenuus me sempersuo clypeo proiexit, » Cumque dux ipse prope Spoletium, ubi basilica beati martyris Savini episcopi sita est, in qua eiusdem venerabile corpus quiescit, advenisset, interrogavit, cuius hœc tam ampla domus esset. Responsum est ei a viris fidelibus, Savinum ibi martyrem requiescere, quem christiania quotiens in bellum contra hostes irenty solitum haberent in suum auxilium invocare. Ariulfus verOj cum adhuc esset gen-

1 Cf. dans Lanzoni, la parenté de Sabinus avec Jean de Spolète^ Torpes, Pergentinus, Herculanus^ Grégoire, Laurent, Etienne, Restitutiis, Marins, Serapie, Processus, Susanne, etc.. c'est-à-dire avec les gestes de l'époque ostrogothique. — J'ajoute que le rédacteur connaissait saus doute des textes lériniens : il écrit animœ, si cognosceres, et il insiste sur la nécessité de briser les idoles {Sébastien) et sur l'action de Dieu dans l'histoire : « Yenustianus : ergononsuut dii gubernatores rei publicae. Sabinus... dixit : Non suntdii sed sunt daemones qui destruuût rem publicana ueslram. » J'ajoute encore que Sabinus a été modelé sur Terentianus A [ou a même auteur que lui ; cf. in/ra\ et sur Alexandre pape: Quiriuus a les mains coupés comme Sabinus [cf. G. JVl. R., ii, 20G, note 3] ; la boia d'Alexandre et les chaînes de saint Pierre semblent des reliques aussi vénérables que les maies coupées de Sabinus ; comparer les deux citations érudites, sardamocus, lapis coraliticus ; comparer la conversioQ d'Uermes avec la couversiou de Veuustiaaus, etc..

94 TRADITIONS d'oMBBIE

tilis, lia rrspondil. « Rt potast fivri, ni korno morluus allfiuot vivcnll nuxilium pr,Tstet ? f> Qui ciimkoc dixissrl, equo dissllùms eamdc/ni basiUcam conspcctnrus intravil. Tune aliis oranti/jiiSj ipse picturas eiusdem basilicie mirari cœpit. Qui cum figuram beati martyris Sauini depictam conspexisset, mox cum iuramcnlo affirmamt dicens, talem omnino eurn uirum qui se in bello protexerat formam habilumque habuisse. Tune intellectum est, beatum marlyrem Sduinum eidem in prœlio adiutorium contulisse ^

Il n'y a rien, dans noire texte, qui rappelle de près ou de loin cette histoire : il est donc antérieur à l'époque oii elle naquit ^

Le culte de Sabinus paraît assez florissant dès les environs de l'an 600 ; le calendrier populaire le mentionne ; et la correspondance de saint Grégoire le Grand nous a transmis le souvenir de deux dédicaces, l'une d'un monastère, l'autre d'une église, en l'honneur de saint Sabinus (593-604) ^ Dans

1 IV, 16 IPethmaun et Waitz. — M. G. — [S. R. L. 121|. Cf. Hartmann : Geschiohtn Italiens in Mittelalter, ii, 1 (1900), 101-104, 107-112. — Je ne crois pas qu'il puisse être ici question de Sabinus de Plaisance [P. L.,n, 236] ni de Sabinus de Canusium [P. £,., 77, 235].

2 II ne faut pas trop presser ce texte : le témoignage de Paul Diacre est tardif, sans doute à demi légendaire : il date d'une époque où 'tout souvenir a disparu de l'arianisme lombard. N'est-ce pas le miracle de Camerino qui a donné à Sabinus la physionomie d'un saint militaire [christiani, quotiens in bellum irent...]'!

' Gregorius Passivo episcopo Firmano. « Valerianus, notarius ecclesiae fraternitatis tuse,... nobis suggessit... iuxta muros civitatis Firmanae oratorium se... fundasse, quod in honore beati martyris Savini desiderat cousecrari [Ep., ix, 70. — P. L.,11, 1007. Cf. Ep.f IX, 71]. — « Gregorius Passivo... Proculus, diaconus ecclesife asculanae... nobis... suggessit in fundo Gressiano juris sui monasterium se... fundasse quod in honorem sancti Savini martyris desiderat cousecrari... [Ep.,xiii, 16. — P. L., 77,1271].— Peut-être ces fondations sont-elles en rapport avec la victoire d'Ariulf et le miracle : la victoire d'Ariulf date environ de ce temps.

J'attire l'attention sur la forme du credo que présente le texte. Les trois Personnes sont groupées ensemble, puis on revient au Fils. — L'expression par le feu est, je crois, extrêmement rare: elle est sans doute en rapport avec les idées eschatologiques sous-jaceutes à iMathieu, m, 11 et Luc, IIL 16. Cf. S. Reinach : Cultes, Mythes et Religions. II (1906) p. 133. Où notre auteur l'a-til prise 1

Il est à peine besoin de faire remarquer que ce credo se rapproche du texte ancien plus que du textus receptus ?

M. Lanzoni a relevé des points de contact entre Sabinus, le sacramentaire pseudo-gélasien et l'ordo i^onanus primus. Y o'ici quelques exemples : 1. « Qui pedibus super mare ambulavit » [Muratori, 536], qui pedibus mare ambulauit [S. 4]; — 2. Qui nato caeco oculos aperuit [536], qui nato caeco oculos aperuit [S. 9]; — 3. credo in D. p. o. ? credo. Et in Xo. I. filio eius ? credo. Et in S. S '^ credo [S.llj. Gredis in D. p. o. ? credo, credis et in J.-G. filium eius

Page 1