UN ASCÈTE ET UN MARTYR CONFONDUS
« Omiiipotens dominus, celi terreque creator, Jehsu Christe, deus roi^um, sumina potestas, Oninia qui iuste modéras nioderamine saucto 1 De celis ueniens natus de uirgine sacra, Postquam mille modis miracula sancta dedisti, lu cruce coiifixus salvasti sanj^uine mundum Unde luis famulis donasti forte trophœum Demoniacas fraudes par quod confringere possint... »
Oq voit pareille chose dans le remaniement de Félicité ^
11 est très assuré, enfin, que Tauteur subit rintluence delà Légende grecque. L'origine orientale qu'il assigne au martyr nous l'indique ; et Tartilice dont il use pour recommandera ses lecteurs le culte d'^^milianus le prouve plus clairement encore : il leur promet, par la voix de Dieu, toute sorte de bienfaits.
Precamur humiles,,., implorantes simul et pro omnibus qui memores extiterint nostri ad reverentiam noniinis tui. Trihuas eiSj quesumus, domine, fidei rectse constantiam, infirmantil)us medellam...; et si in delictis.., ceciderint . . , et clamaverint ex gemitu cordis..., exaudi in celo et propitiare impietati eorum... Quicumque colunt meam festivitatem et faciunt commemorationem (meam), habeant partem cum domhio,,., b. maria..., et b. michaele archangelo... in regno tuo. Vox de celo (respondit) : Quecumque petisti, ego exaudiam te.
Pareils traits sont communs dans les textes grecs K Nous sommes ainsi conduit à penser que la légende date du temps des Lombards et de l'exarchat de Havenne, plus précisément du vue siècle. L'auteur est évidemment à chercher parmi les moines de Spolète et d'Ombrie.
Restent deux points obscurs. Après avoir accordé à i'Emilianus ce qu'il demandait, la voix céleste continue ainsi :
lAM NON DICEBERIS .^MILIANUS^ SED MISERICORS UOCABERIS.
11 s'agit ici, semble-t-il, d'un changement de nom. Mais quelle est la portée de ce détail?
D'autre part, quelle est l'origine de la légende? Doit-on
' B. H. L., 1855 [10 juillet, i4 on 13 ; ou Kuastle : 133]. Là-dessus, cf. Kunetle, p. 124-133.
- Cf. Biaise, etc.. G. M. R., v. La prière qu'adresse le martyr à Dieu afia que son âme soit reçue par les anges, le sang blauc comme le lait rappellent aussi les textes grecs. Cf. Victorin d'Assise [délai pour prier] ; et Eiitychius,
114 TRADITIONS d'oMBRIE
(lire qu'elle dérive d'un culte, comme il arrive le plus souvent? Ou bien a-t-elle une autre origine mystérieuse ?
Voici, dans l'état actuel de nos connaissances, l'hypothèse qui semble le plus vraisemblable. Il y a eu, — c'est Gré;^oire le Grand qui l'atteste \ — vers le milieu ou la fin du vi^siècle, un pénitent fameux nommé yEmihanus. On lui donne un second nom ; il entre de bonne heure dans la lèrjende ; son histoire témoigne de la miséricorde de Dieu. Notre ^milianus l'Arménien ne dérive-t-il pas d'une transhguration dVEmilianus le pénitent - ?
Et comment expliquer qu'on Tait qualifié de martyr? yEmilianus le pénitent n'est pas honoré comme tel. — Il y avait un martyr i^milianus dont l'histoire^ très authenthique, avait été popularisée en Italie par Cassiodore. Dans le récit que fait celui-ci de la persécution de Julien, on lit cette phrase :
In Dorostolo vero, insigni Thraciœ civitate, A^milianus invictissimus decertator, a Capitolino wiiversœ Thraciœ judice igni traditus esf^.
Les Romains s'intéressaient aux martyrs du Danube : peutêtre lisaient-ils les actes d'^milianus comme ils lisaient les actes de Quirinus, d'Irénée ou de Pollion ^. Le souvenir du
1 P. i., 76, 1257, § 18. Cf. le texte cité tout au long, injra, chap. xi.
2 Où vivait et daûs quel monastère se réfugia ^milianus le pénitent? Grégoire ne le dit pas; et nous connaissons trop mal la vie de Maximianus, sou auteur, pour suppléer à son silence. — Mais je remarque que les deux légendes où reparaît le souvenir d'^milianus-Victorinus sont attachées, l'une à rOmbrie, l'autre au Picenum. Le Picenum, l'Ombrie [on peut ajouter la Lucanie] sont régions voisines l'une de l'autre : c'est de ce côté qu'il faut chercher le pays de notre saint. ^H
Quel est le lieu que désignent ces mots : civitas lucana'? ^^^B
Je rapproche l'expression civitas lucana d'autres expressions analogues : civitas aurelia [Basilidé], civitas valeria [L. P., i, 317]. Cette expression est étrangère à saint Grégoire qui emploie couramment le mot provincia, pour signifier même un territoire urbain [Cf. DiaL, iv, 22. — P. L., 77, 353. G... provincia quœ Sura nominatur]. Mais l'usage de Grégoire montre combien le gens des mots provincia, civitas, se transformait vers l'an 600. Cf. Diehl : op. laud., 22.
Je ne crois pas qu'il y ait aucun rapport entre notre ^Emilianus, JErnilianus de Pontgibaud [Grég, Tur. Vit. Pat., 12. — P. L., 71, 1061] ni .Emilianus l'Espagnol [Braulion : Viia JEm. P. L., 80, 701]. Mais saint Grégoire nous parle d'un notaire de l'église romaine appelé iËmilianus [Ep. xi, 15. — Hartmann, ii, 276J.
■^ Hist. Trip., vi, 16 [P. L., 69, 1040, C,]. Cassiodore dépend de saint Jérôme : Chronic. a. 266 : « ^milianus ob ararum subversionem Dorostori a vicario incenditur » [P, L., 27, 691-692].
* Cf. supra, ^i G. M. R., ii. 221.240 Chapitres x et xi. Noter que la citation