‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 4)Chapitre 47 sur 108 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

TRADITIONS D'OMBRIE MA AMERINA LES SAINTS TERENTIANUS, CASSIEN, FIRMINA, SECUNDUS, CRESCENTIUS, CRISPOLITUS.

Dès la fm du vi" et durant tout le cours du vu"* siècle, deux grandes routes traversaient l'Apennin. L'une était aux mains des Lombards; c'était l'antique voie Flaminienne qui, franchissant le Tibre à Otricoli, par Narni, Bevagna, Foligno, Nocera atteignait l'Apennin, et, de la montagne, gagnait la mer. Quand les Lombards, en 571, avaient occupé Spolète, Foligno et Nocera, Rome s'était trouvée coupée de Ravenne ; d'autant qu'ils s'étaient emparés encore de Todi et de Pérouse.

L'exarque Romanus reconquit et sut garder Pérouse ' [590-597] et il organisa fortement la défense d'une voie stratégique impériale passant par ce point et reliant, parallèlement à la voie Flaminienne, le versant tyrrhénien au versant adriatique. « La nouvelle voie... quittait Rome par la Via Cassia, et, un peu au nord de Baccanœ (Baccano), empruntait

* € Dura reverteretur Raveona (Romanus) retiouit ciuitates quas a Longobardis tenebantur. Sulrio, Polimartio, Hortas, Tuder, Ameria, Perusia, Luciolis et alia multa ». L. P., i, 312, 3133. — Cf. Paul Diacre. H. L., iv, 8 (M. G., p. 118) et Gregorius Magn. praef. Hbri II in Ezeohielem.

H8 TRADITIONS d'oMMRIE

la Via Amcrina. Par Nepe (Nepi) ot Gallcsium (Galleso), elle gagnait le Tihre qu'elle traversait à llorla (Orte), puis par Ameria {KmaXidi), /wûfer (Todi) et la vallée du Tibre, elle atteignait Pérouse. De là, elle rejoignait par deux voies la voie Flaminienne, soit en gagnant par Guhhio le poste de ad Ense (Scheggia), soit en aboutissant à la place de Tadinum, reconquise par les Byzantins en juillet 51)9. De là, par Lucioli, Gallium, Petra Pertusa, elle gagnait la Pentapole \ »

Quelles sont les légendes qui lleurissaient dans ces cités? Et dans quel rapport sont-elles avec les gestes romains?

Todi 2

Gestes de \^^ p^^g vieille est probablement la léorende de Terentianus.

Ter eu- *^ , , . ^ ^

tiauus de Confier à l'écriture et sauver de l oubli les triomphes des

saints martyrs est un digne (labeur) : celui qui veut adorer et imiter Dieu persévère avec plus d^ ardeur sHl lit les combats des martyres. Disons donc le martyre du bienheureux Terentianus, évéque de l'église tudertine. L'empereur Adrien, qui s'appelle aussi Helios, c'est-à-dire Soleil, apprit à connaître les miracles de Jésus-Christ tandis quil visitait V Orient ; il crut aussitôt [illico credidit], se mit à réédifier l'église du Seigneur^ restaura Jérusalem et envoya dans toutes les parties du monde un édit interdisant d' inquiéter aucun chrétien à cause de sa foi [per omnes mundi partes edictum proposait ut nullus christianus pro Ghristo, nisi causa alius criminis, inventus punireturj. Mais, à son retour à Rome, les sénateurs et les adorateurs des idoles crient que, si on ne tue les chrétiens, c en est fait de la république. Le préfet de la ville, Marianus, rappelle à l'empereur qu'il lui a déjà donné pa-

■ 1 Diehl, 69-70.

2 B. H. L., 8000 [MoEûbritius, ii, 327] : « Sanctorum martyrum triumphos stilo memoriae comeadare digaissimum est... » — C'est le texte que j'appelle A.

TEBENTIANUS DE TODI 119

reil conseil ; il ajoute que, dans un pays [pagus] 'proche la cite de Todi, un vieillard convertit tout le peuple. Ceci se passait dans le temple de Jupiter Capitolin^ le IV des kalendes d'août. Adrien entend ce conseil avec calme et ordonne de contraindre les chrétiens à choisir entre le sacrifice et la mort. Lœtianus^ proconsul de Tuscie et Andréa togatus, qui Vassistent, tous les sénateurs et proconsuls acclament Marianus et crient: « Très clément empereur, que notre commune requête soit (approuvée par toi) et publiée partout )). L'empereur lance un édit * en conséquence, que Lœtianus apporte à Todi et annonce aux nobles et aux magistrats ^. Le lendemain, les ennemis quont les chrétiens dans la Curie [de curiaj arrêtent saint Terentianus et les religieuses [sanctimoniales] et les conduisent au proconsul Lœtianus > Lœtianus le fait entrer dans son palais et lui offre en vain l amitié d^ Auguste : depiiis qiiil prêche, les prêtres et les vierges n obtiennent plus de réponses des idoles et le feu s'' éteint dans les sacrifices. Terentianus expose la vérité: le Fils de Dieu engendré de Dieu le Père avant tous les temps et né d^une Vierge à la fin des siècles, et V Esprit-Saint qui procède du Père et du Fils ; le Fils incarné pour sauver l'homme trompé par le diable ; V Esprit-Saint égal au Père et au Fils ; qui croit en eux est sauvé, si credideris, salvus eris. — (( Et nos oracles ? » — « Dieu permet quelquefois que les démons disent vrai ». — « Sacrifie, » • — a Depuis que je suis prêtre, je sacrifie à Dieu une hostie vivante et sans tache dans le corps et le sang de Notre Seigneur Jésus-Christ [sacriiico Deo hostiam vivam et immaculatam quiB corpore et sanguine 1). J. C. conficitur]. )) — « Cest donc souvent qu'on tue votre Christ [fréquenter occiditur Christus vester]. » — a Le diable, ton père, fa aveuglé. Le Christ n a souffert qu une fois ». On

* Ea voici le texte : « Adrianus Inclytus triurophator. Ratum et iustum est diis seruire omr.ipotentibus, per quos et nostra félicitas floret et respublica guberDatur. Ubicumque iuventus fuerit christianus sacrilegiis aut diis sacrificia olferut, aut tormentis diuersis intereat ». Propositutn est hoc edictum quarto Kalendas auguslas in foro Traiani.

- Voici le petit discours de Laetianus : « Viri patres et amici principum, cogDoscite promulpatum a Gaesare augusto edictum ut cultores deorum floreaut et cliristiani nomiuis rei, si inuenli fuerint, pœois uariisque tormentis intereant ». — Les nobles de Todi sont appelés dans le texte maiores. Félix de SjM'llo p. 103. Eet-ce un équivalent de principales [Diehl : op. laud., 95] ? Les « magistrats » soni-ils leurs présidents, comme à Ravenne? Majores a sans doute un sens très général [Ewald. i, 213. Gregorii Ep. m, 54], comme ^^rittiores, 'primates.

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le bal, on le dépouille de ses vèle/tnejils et l'on découvre ses parties sexuelles |?secr(3ta illius] ; rnais^ quand on apporte les statues de Jupiter et d'Hercule avec un trépwd et de l'encens, Terentianus lève les yeux au ciel, et voici que le prince des prêtres devient aveugle^ que les idoles et le trépied se brisent. On le met sur le chevalet, on lui brûle les côtés, on lui coupe la langue, on lui broyé les pieds, mais L.xtianus devient m,uet et meurt subitement, quand on le rapporte chez lui. — Terentianus est renvoyé à la prison par Lucidius et Gabinius., maîtres des soldats ; puis, un autre jour, /e^ augustales Celsus et Leontius le font comparaître sur le forum. Mais le prince des prêtres, Flaccus, est éclairé par une vision ; il recouvre la vue à la prière de Terentianus , et confesse le Christ, Fils de Dieu. Dans le délai d'une heure qu'il demande et quit obtient, il est baptisé et meurt avec Terentianus , après avoir été condamné par Celsus et Leontius. Les deux martyrs sont décapités hors de la cité, près du fleuve. Le prêtre Exsupe^ rantius recueille les corps et les ensevelit au VIIF mille, au lieu Pierreux [in (oco petroso] qui est appelé Colonia. Ils ont souffert le jour des kalendes de septembre., tandis que règne Notre Seigneur Jésus-Christ, à qui honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen.

Nous connaissons trois autres versions de cette légende. La première, qui est conservée dans un manuscrit d'Orvieto, commence parles mots ; Rediens Adrianus imperator de Hic' rosolymis... ; elle reproduit le texte A, moins ce qui a trait à la conversion d'Adrien. Je l'appelle texte B \

La seconde, C, se lit dans un manuscrit de la bibliothèque de l'Oratoire, à Rome ; elle débute ainsi : adhuc grauis erat persecutio christianorum per totam provinciam ut si quis non prostratus idolis immolaret pœnis cruciaretur ^

La troisième, D, a été imprimée intégralement par les BoUandistes "^ et s'ouvre par le prologue suivant :

Anno cœsaris augusti XLII, expletis secundum hebràicam

^ [B. H. L., 8001]. Legendarius Orbevelanus, cité l^f septembre, 111, § 13,

2 [B. H. L., 8002]. Codex romamis, cité eodern loco.

3 [B. H. L., 8003]. 1er septembre, 112. — Je néfzlige B. H. L , 8004 [Lectionnrium ecclesiœ Teanensis, 1533, 8i<j;n., I, 1. — i, 3. Ultra sopere qnain oportet...] : ce texte est un remaniement tardif, qui prétend raconter la translation d'un bras du martyr à Teano, au second siècle •,]\l est divisé en 18 leçons [l^"" sept, m, § 13; et B, H. L.].

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