LE THEME CENTRAL
que racontent les gestes d'Alexandre pape * ou l'histoire de Thècle.
L'attitude du peuple qui voudrait lapider le palatin nous fait souvenir de Pierre et Marcellin : dans cette légende, le peuple arrête les offlciales ' survenus au milieu de la messe, missœ.
L'ange qui délie les chaînes d'Alexandre semble une réplique de celui qui délie les chaînes de Pierre l'exorciste.
L'apparition d'Alexandre à Crescentianus rappelle l'apparition de Calliste à Calépode.
La feinte du saint qui laisse croire à sa prochaine apostasie est sans doute inspirée de l'épisode analogue qu'on lit dans Euplus B. ^
L'histoire de la veuve qui donne à Alexandre son étole est une évidente imitation de l'épisode Plautilla-Perpetua dans les gestes de Pierre et de Paul *.
Les gestes de Sérapie et Sabine présentent, avec notre légende, quelques points de contact qui, peut-être, ne sont pas fortuits ^.
N'est-ce pas à des légendes grecques qu'elle emprunte l'idée d'une trinité païenne % et l'épisode du martyr qui, au moment de sa mort, demande à se laver les mains ' ?
Le personnage de Protasius semble un souvenir des gestes de Gervais et Protais ; d'autant que le rôle qu'il joue, et aussi
2 G. M. R., I, 327. « luniores de populo Dei tenuerunt (officiales)... quousque missas faceret g. M. ». Un épisode analogue se lit aussi dans Clément [Sisinnius arrive au milieu de la messe, missse]. Comme Alexandre, Clément mentionne encore que les baptêmes sont conférés à Pâques.
* « Gommoda mihi pannum quo caput tegis... ; ligabo enim mihi ocuios vice sudarii et... amoris mei... pignus relinquam » \Passio Pauli ps-Linus, §14. Cf. Lipsius : Acta Pétri, Acta Pauli... Lipsiae, 1891, p. 39; — et mes G. M. R., 1, 327] ; et tSwv aùxrjv ô IlaùXoç xXafoucrav, Xi-^zi auxT). Soc fJtot to topàptôv ffou xac uTToarpicptu, SiûWfi.? doi auxo. 'H Se XaSoôja to topàpiov Trpo0'j(jLW(; eStoxev [Acta Pétri et Pnuli. Cod. Reggiensis, § 80. Cf. Lipsius : op. cit., p. 213-314; et mes G. M. R., i, 326]. Ici et là, la femme recouvre son mouchoir.
5 Dans l'un et l'autre texte se lit le mot prœtorium signifiant maison de campagne, propriété à la campagne ; dans Tun et l'autre on saisit comme un reflet des légendes qui courent sur VEgypte (ici, ce sont les diables auxquels on donne la physionomie des Egyptiens ; là ce sont les débauchés qui doivent violer les deux saintes) ; l'un et l'autre appuient sur les seiitimenta de respect (« prœses reveritus illam : Gorneliauus cum reverentia cœpit dicere »).
6 {Euplus, etc.. Cf. G. M. R.. ii, 178), et G. M. R. V.
"> {Alexandre de Bergame, Florian) et G. M. R. V.
8 THy\I)ITIONS DF': r,A CAMPArîNR FiOMAINK
l'histoire de Cornolianiis, rappollonl fort Philippe et Cerelius, dans cotte même légenchî *.
Les « l'i^^^ypliens » qui entraînent aux. enfers h; jeune I^uceius ra[)pc'llent <les histoires anah)^^ues. .f'f*n citerai deux, (jrégoire le (irand conte ^ l'aventure d'un enfant de cinq ans, auquel son [)ère apprend à hlasphémer Dieu ; l'enfant est bientôt atteint d'une maladie mortelle; il voit venir à lui, trementibiis oculis..., mallgnos spirilus ; il prie son père de les écarter : « ohsta pater, ohsta palcr^^ . Qui damans dpcliuahat faciem ut se ab cis in suiu patris absconderet, Quain ciim ille Irenientem requireret quid iiidercty puer adjunxit dicens : « Mauri homines venerunt qui me tôlier e uolunt » . Ce sont ici des Maures ; c'étaient là des Egyptiens ; ces légères variantes dissimulent mal l'identité du trait.
On peut indiquer avec quelque vraisemblance le texte où notre rédacteur a pris ses « Egyptiens ». La légende de sainte Afra rapporte la conversion d'une courtisane, chez laquelle s'est réfugié l'évèque Narcisse, sans savoir où il allait : il fuyait les agents de Dioctétien. Lorsque l'hôtesse lui a dit son métier et qu'il a commencé de la convertir, et qu'il prie le Seigneur afin que la grâce surabonde où abondait l'iniquité, factum est. ..y ciim aidassent (episcopus et diaconus), appariât Aigyptius ^ quidam nigrior corvo, nudus et vulneribus elefantiœ toto corpore plenus et dare cœpit mugitum et dicere : o sancte Narcisse episcope, quid tibi cum casa mea ? Quid tibi cum ancillis meis ?...
Voici enfin deux passages de saint Grégoire qui éclairent l'origine du thème. Un moine espagnol, Pierre *, meurt dans le désert d'Evasa, puis ressuscite aussitôt ; il raconte ce qu'il a vu aux enfers, les puissants brûlés dans les flammes où il va
1 G. M. R. Il, 37-39. — Noter encore, G. M. R. ii, 67, que, dans Nazaire C> Celse 7nort a vu Nazaire causer avec Dieu, et Isazaire ressuscite Celse ; et comparer avec le palatinus primus Cornelianus le miles primus Dentus [G. M. R., II, 64].
2 Bialofji, IV, 18, P. i., 77, 349.
3 Conversio et pa^sio A/rœ, § 6. [M. G. — S. R. M., m (1895). Passiones vitœque sanctorum œvi merovingici, edidit Bruno Krusch, p. 58]. — Rapprocher ce fait de ceux que nous avons notés au tome II, et qui prouvent que les gestes des martyrs du Danube étaient connus à Rome [cbap. x et xi].
Se représenter les démons comme de noirs Africains, Ethiopiens ou Egyptiens, c'est donc un trait commun à l'hagiographie chrétienne. Cf. Rufin : His~ toriaMonachorum, 29 [P. L., 21, 454] ; Geroutius : Vita Melaniœ junioris [RampoUa, 30, 1. 25] ; et les légendes apostoliques.
^ Diaiogi., iv, 36 [P. L., 77, 381].