‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 4)Chapitre 52 sur 108 · UN CENTON · texte numérisé non relu

UN CENTON

et Minerve. Lorsqu'on relève de terre, un tremblement de terre ébranle la ville et tue S8 païens | animœ paganoram] ; et^ quand on le ramène en prison, les jeunes gens sont sevrés de renseignement de leur maitre. En vain un licteur les pousse à F apostasie ; Cassien ressuscite devant eux ^ par une prier cet un sigïic de croix, 2in enfant tombé de cheval^ et il raffermit l' finie de ses scholares. Or, tandis que Marc, Clet^ Tudinus et Leontius sont étendus sur le chevalet, arrive un messager de l'tmpereur : ordre à Vcnustianus d'aller à Assise lutter contre Sabinus, un autre séducteur. Il part, en effet, après avoir donné l'ordre quon laissât son frère mourir de faim. Mais les élèves de Cassien se révoltent contre leur maître, le frappent de leurs tablettes et de leurs stgles ; le geôlier les délivre et garde Vèvéque. Celui-ci, tout blasé, est maintenant en butte aux railleries ; enfin une lumière céleste resplendit : il va rejoindre Dieu. Son sang est recueilli par une noble matrone dans des ampoules de verre ; son corps est embaumé, puis enseveli in finibus arcis regiae. Il est mort le Î3 aoitt, grâce à Notre Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne dans les siècles des siècles. Amen,

Ce texte utilise manifestement les gestes de Sabinus * et les gestes de Grégoire -, ainsi que la tradition relative à Cassien d'imola, qu'a chanté Prudence ^ : c'est à ce dernier, sans doute, que Cassien de Todi a emprunté, avec son genre de mort, la date de son anniversaire.

Je crois aussi que notre texte est parent des gestes de Firmina, des gestes de Pontien *, des gestes d'Herculanus et des gestes de Valentin : les scholares, le personnage de Pontien dont on fait un évêque, mais non pas un évoque de Todi, le supplice d'écorchement qu'on lui inflige, certains détails tels que l'introduction d'un préfet urbain ou l'intérêt qu'on porte au sénat nous invitent à le croire.

J'ajoute enfm que les gestes empruntent à la légende de saint Sébastien le personnage de Chromatius, comme Firmina

' Cf. supra, p. 87. Venustianus ; Sabinus est expressément cité ; l'allusion ironique à la résurrection de Jésus : libre à toi de ressusciter.

- Cf. supra, p. 9(S. Le persécuteur Flaccus, les animx paganorum, le tremblement de terre. — La formule : de quel droit... vient des Martijrs grecs (ou de Sabinus).

^ B. H. L., 1625 [Prudence : Péri Steph., ix. — Ruinart, 553].

* Rôle de Pontien. — Cf. Constantius, — LeoDtius vient de Terentianus.

128 TRADITIONS d'oMBRIE

em

un

emprunte Olympiades à Ahdon-Sennen, comme fait surtout la <3^endo d'Anlhiiiie : le rédacteur a voulu donner à son écrit ne apparence de vérité en la rattachant à une légende très célèbre; il veut qu'on voie dans son Cliromatius, c'est très clair, le grand personnage qui se convertit et devient l'ami de saint Sébastien.

Je remarque précisément que nous avons des traces du culte de Sébastien aux environs de Todi : une pieuse femme y avait consacré un oratoire à ce martyr \ et la consécration en avait été marquée par des incidents assez piquants : saint Grégoire nous les fait connaître. Il les a appris par un ami intime de l'évêque de Todi, Fortunatus, un certain Jidianus, dejensor ecclesice romanœ. On s'explique bien que la légende de Sébastien ait influencé une légende de Todi.

A quelle époque remonte notre texte? Le caractère composite de cette satura, la datation par le quantième du mois font songer au vu® siècle.

L'allusion aux écrits d'Athanase, de Jérôme, de Prudence et de Sulpice 'Sévère, montre que le rédacteur est digne d'être rangé parmi les scholastici. Le titre de père que l'anonyme donne à Bassien permet de croire qu'il est un moine et que Bassien est son abbé ^ Peut-être est-il contemporain de Terenlianus A de Félicien et de Juvènal.

Mais je ne vois pas que, pour le moment, on puisse préciser davantage. On peut seulement craindre que Cassien de Todi ne soit un double légendaire de Cassien d'imola : celui-là a même anniversaire, même nom, et, en partie, même histoire que celui-ci; aucun calendrier ne le mentionne. Qui sait si ce n'est pas une relique du saint d'imola qui a suscité d'abord le culte, puis la légende de Todi?

1 Dialogi.y i, 10... « Fortunatus..., Tadertiaae autistes ecclesise... Huius vjri familiarissimus fuit Julianus nostrae ecclesiae defeasor, qui ante non longum tempus in hac urbe defunctus est ; cuius ego quoque hoc didici relatione quod narro... Matrona quaedana nobilis in vicinis partibus Tuscise nurum habebat quae intra brève tempus quo filium eius acceperat, cuna eadem socru sua ad dedicationem oratorii beati Sebastiani martyris fuerat invitata... » jP. L., 77, 200, B. G.I.

' Comparer le début de Victorin Séverin. Qui sait si les textes ne sortent pas du même groupe de rédacteurs ?

FIRMINA d'aMELIA 129

^^^ Au temps de Dioclétien auguste le consularis Olympiades

a i reçut V ordre sacré , fit faire de longues recherches et apprit

que la vierge Firmina, fille du préfet urbain Calpurnius,

< Cette légende n'est jusqu'ici connue que par un texte qu'a retouché Surius, selon son habitude [éd. 1618, xi, 517]. — Il ajoute que les reliques ont été ignorées pendant plus de 500 ans, naais que Firmina apparut à l'évêque d'Amelia Pascal [vers 868-879]. Il puise à une vie de Firmina rédigée par Antonio Maria Graziani, évêque d'Ameria, du 17 février 1592 jusqa'au i^r avril

I 1611. — Voici la plus grande partie des gestes anciens de sainte Firmina :

I je les ai trouvés dans Je Codex A. 2. Arch. Cnpitul. S. Pétri in Vaticano [du xe-xie siècle].

j [f. 45|. « Incipit passio scee Firmine martyris raense ianuario die decimo. Temporibus Diocletiani augusti cu"'currit sacra praeceptio """''/ ad Olimpiadem

j quemdam consularem et cum diu inquisitio fieret, uuntiatum est ei quod esset puella uirgo nomine Firmina, filia Galpurni prsefecti urbis, in quodam fundo suo sedens et fervens in Spiritu Sancto ieiuniis et orationibus insistens. Et cum audisset hoc augustalis Olimpiades misit in fundum qui vocatur agolianura in uicum qui ponitur eruglo non longe a eivitate quœ vocatur

IAmerina quasi miliaro octauo et fecit adduci puellam nomine Firminam eo quod audisset quia ex senatoria dignitute descenderet... : « (Imperatoris praecepla sequere, ioquit) et ego te fruar in conuiuio meo »>. — Leuauit oculos ad cf>?luin (et dixit) : « habeo sponsum ». — « Kamns et manducemus quia hora est iam diei sexta. » Firmina respondit «: Jubeat sublimilas uestra prandium percipere quia nobis non licetlcum alienigenis accipere panem... ». « — (Vade) in cubiculum tuum... ». — Illa autem cadens in faciem in pauimentum et adorauit D. N. J. C... Olympiades satiatus (ingreditur, eam amplectitur; sed eius manus aridae fiunt)... Firmina iterum se jactauit in pauimentum : « ostende super incredulum istum misericordiam tuam ut cognoscat te deum creatorem omnium rerum... « (Et dixit Olympiadi) : « crede in D. J. G. et baptizare in nomine dni nostri et in nomine trinitatis et salvus eris... « Eodem tempore misit ad quendam presbyterum nomine Felicem... ; audiens Félix de rogatu Firminse, uenit cum gaudio magno... Intrœunte eo facta est lux magna média nocte. Tune Olympiades augustalis mirari cepit in introitu eius et uoce clara dixit : « vere misit te Christus, quem domina mea Firmina praedicat. De qua re adiuro le ut baptizes me in nomine Ghristi filii dei. » Dicit ei Félix : « si credis ex toto corde et ex tota anima, dabuntur tibi omnia bona a domino nostro creatore omnium rerum... Ego credidi et sic spero quia in nomine Domini J. G. saluus ero ». Eadem hcra accepta aqua benedixit et baptizavit eum in nomine Trinitatis « Credis in Deum patrem omnipotentera » — Et ille respondit : « credo.

— Et dixit ei : « Et in Ghristum Jehsum filium eius dominum uostrum unicuna ». — Et ille respondit: « credo ». — " Et in Spirilum sanctura » — Et

130 TRADITIONS D^OMRRIE

hahilait une terre et y vivait dans la prirre et le jeane. ()lijrapiades l'envoie donc chercher au furidus a^Miliauus, au hourt/ (l Eruiflo^ non loin de la cité ([u^m appelle Arnelia au huitième mille. Comme elle est de famille sénatoriale, il la reroit honorablement^ lui communique les ordres des empereurs, et lui propose... de V épouser. « J'ai déjà un fiancé, répondelle. » — « Viens donc ; nous mangerons ensemble ; voici la sixième heure. » — « // ne nous est pas permis de maarjer

respondit : « credo ». — ïunc cœpit claraare et dicere Olympiades ; « uere cognoui recuperationetn membrorum meorum. » Eadem hora suscepit eum de fonte b. Firmina sanum atque iocolumom alque optulit pro eo Félix presbyler sacrificium et participât! sunt omoes corpus et sauguiaem domini nostri et in doQio eius baptizati suât tere promiscui sexus animae centum quinquagiuta octo, et habitauerunt paucis diebus in unum.

« Nuntiatum est Diocletiano imperatori quia cbristianus fuisset Olympiades, In loco ipsius ordinauitMegetiuoi augustalem... Ueniens antem Megetius... tenuit eum et presenlibus senatoribus curiaî iussit eum in ciuitatem quae uo-

calur amerinse in foro adduci « Sic stultus et amens factus es ut deosquos

a cunabulis adorasti, pro sexam fragilem deseras » — « ... Ego deserui uanitates faisas et modo cognoui ueritatem integram » — « ... Utere claritatem senatoriam et divitias et sacrifica... » — Olympiades respondit dicens : « slultus effectus es... » (In equuleo suspensus Olympiades precatur J. C.) : « respice me peccatorem servum tuum I » Flammae ad latera... (Olympiades Deo gratias agit et spiritum reddit) ; (corpus a Firmina collecLum sepclilur) in prœdio suo in fundum agulianum sub die Kal. décembres.

« (Firminam jussu patris in domo clausam ut nihil de facultatibus distribuere posset, Megetius interrogat: « Nosti quod iusserunt invictissimi principes. Sacrifica ». — Postquam negauit, quaestionarii eam caedunt, quorum unus a Firmina curatur et Gliristo crédit. Megetius iratus, frendens ut leo, uirgiuem caedi iubet. Firmina) gaudens et exsultaus cœpit dicere ; « Gloria tibi domine meus J. X. qui non reddis secundum peccata mea... » — « Infelix quse natales tuos perdidisti et exuta facultatibus : quare... non frueris divitiis tuis? » — « Quod bonum est quaesiui et inueni, quod est uita alterna perpétua " — « Sacrifica uel morieris » — Firmina subridens dixit ad Megetium : « Ego peccatrix semper hoc optaui et desideraui uidere ». — « Exlendite eam in pauimeuto et castigate eam fustibus... » Gum simulacrum Jouis (allatum est, exspuit) in faciem Jouis et continuo reliquatum est uelut lutum — Megetius exarsit dentibus sicut canis ; (virgo laetatur dicens : « gloria tibi domine... quia nihil sentio » — « Ut video uincunt magiee tuae carmina » — « Non ego te uinco, sed Dominus meus J. X. fîlius Dei uiui ipse te uincit » — (Capillis suspensa) Firmina clamabat uoce magna : « Domine J. C. filii dei uiui pro cuius amore omnia respui, adiuua me ancillam tuam. » Et benedicens emisit spiritum. Corpus jaclatur in uicum qui uocatur eruglo ad exemplum christianorum. Honorius quidam ilJud sepeliuit in fundo qui uocatur agolianum non longe miliario octauo a ciuitate quœ vocatur amerina sub die octaba K. decembris in pace. Amen. »

u Post dies autem xx exquisiuit facultates eius quas ardore cupiditatis inuasit. Audiens haec quaestionarius nomme Ursianus (miltit) ad quemdaui presbyterum Valentiuum... a quo baptizatus... liauennani missus, capite truucatnr sub die ydus iauuarias, requieuit in pace gloriûcantes Deum Patrem omnipotentem et filium eius J. G. una eum Spiritu Sancto cui est honor et gloria in ssecula sseculorum. Amen. »

avec des étrangers. » — « Va donc dans ta chambre. » Et Firmina tombe la face contre terre et adore Notre Seigneur Jésus-Christ. Tont à coup, Olympiades arrive; il a bien déjeuné, il veut embrasser la vierge. Mais ses mains se dessèchent. Firmina se remet en prière ; elle dit à Olympiades de croire au Seigneur JésuS'Christ, de se faire baptiser en son nom et au nom de la Trinité : c'est ainsi quil sera guéri. Quand arrive le prêtre Félix quelle a fait quérir, une grande lumière éclaire la nuit ; Olympiades croit au Christ que prêche Firmina, il est baptisé et giœri, et Félix offre pour lui le (saint) sacrifice, et tous participent au corps et au sang de Notre Seigneur. 158 dmes de Fun et Vautre sexe sont baptisées en même temps : ils habitent tous quelques jours ensemble.

Dioctétien apprend la conversion d'Olympiades et donne sa fonction à /'augustalis Megetius. Megetius arrête Olympiades e/, en présence des sénateurs de la curie, il le fait conduire au forum d'Amelia. « Es-tu fou? Tu abandonnes les dieux de ton enfance, pour une femme! » — « J'ai abandonné les vaines erreurs ; je connais la vérité tout entière. » — « Reprends ton rang et tes richesses : sacrifie. » — « C^est toi qui es fou ! » Et, quand il est suspendu sur le chevalet, il implore Jésus-Christ^ remercie Dieu et rend l'esprit» Firmina ensevelit le corps dans sa terre, in fundum agulianum, le jour des kalendcs de décembre. — Elle est bientôt interrogée à son tour y refuse de sacrifier, et guérit un des bourreaux qui la torturent. Megetius, grinçant des dents, la fait battre ; mais elle glorifie le Christ qui n'a pas égard à ses péchés. « Pourquoi ne veux-tu pas jouir de tes richesses et de ta noblesse. »

— (( J'ai cherché et trouvé ce qui était boj2, la vie éternelle, »

— « Tu vas mourir, w — « C'est ce que j'ai toujours souhaité. )) Elle souffle sur une idole de Jupiter, qui est aussitôt réduite en cendres. Elle ne sent pas les coups qui la fustigent ; et, comme Megetius s'irrite de ces artifices magiques, « c'est le Christ, dit-elle, cjui l'emporte sur toi ». Et, tandis quelle est suspendue par les cheveux et qu'on lui brûle les côtes, elle rend l'esprit. Son corps est jeté dans le bourg d'Eruglo afin d'effrayer les chrétiens. Ilonorius P enterre dans le fundus agulianus, au huitième mille d'Amelia, le H des kalendcs de décembre. Vingt jours après^ Megetius s empare avidement de ses richesses; Ursianus, un des bourreaux, l'ap-

132 TMADITIONS d'oMHRIF.

prend et se fait aussitôt baptiser par le prêtre Valentiîi. On le dénonce, et Megclius l'envoie à liavcnne où il est décapité le jour des ides de janvier. {Des chrétiens V ensevelissent), en glorifiant Dieu le Vere Tout-Puissant et son Inls Jésus-Christ avec le Saint-Esprit auquel honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen.

Firmina d'Amelia est inconnue du forial iiiéronymien, du calendrier populaire, d'Adon et d'IJsuard: la seule Firnriina que signale le premier de ces textes [vii-vi, id., octobr. | appartient à un groupe africain.

Les gestes rappellent les gestes de Félicien, ceux de Grégoire et ceux de Sabinus. Comme dans Félicien, on introduit ici un saint Valentin, qui est peut-être le patron de Terni, — tout en utilisant les gestes d'Abdon et Sennen : Abdon et Sennen eux-mêmes sont cités dans Félicien^ et j'imagine que rOlympiades que convertit Firmina a été suggéré par le compagnon des deux reguli persans. — L'expression animœ promiscui sexus semble avoir la même valeur que Texpression animœ paganorum des gestes de Grégoire. Les mots frendens ut leo rappellent l'expression analogue qu'on lit dans Grégoire, Pontien, Lucie-Géminien^ , — Crede et haptizare et salvus erisy cette exhortation nous fait souvenir des formules lériniennes qu'on rencontre dans Terentianus et Anthime -, — Le terme augustalis se lit également dans Firmina, dans .^milianus et dans Sabinus. — L'auteur connaissait sans doute les gestes de Cécile et les gestes de Gordien, ceux d'Agathe et ceux de Barbe, ceux où l'on insiste sur la spontanéité du martyre, et ceux où Ton confère le baptême, tantôt au nom du Christ, tantôt au nom de la Trinité, fl est clair que la question de la virginité ne l'intéressait pas et qu'il se plaisait à des imaginations plus pittoresques : l'invitation à déjeuner que V augustalis adresse à la vierge le prouve.

Ces faits sont certains. Mais rien de plus difficile à fixer que la date du texte.

Firmina est nettement apparenté à Valentin-Hilaire : 1. Les deux légendes puisent aux gestes romains ; 2. Demetrius se convertit de la même manière qu'Olympiades ; 3. Denys met à mort Demetrius, comme Megetius Olympiades ; 4. Lesbour-

1 Cf. supra, p. 100, note 1.

2 Cf. supra, p. 125, note 5 p. 54 QOte 3, 58 note 1.

SEGUNDUS D AMELIA 133

reaux de Valentin se font baptiser par un prêtre aussi bien que le bourreau de Firmina ; 5. Eudoxia joue le môme rôle que Firmina ; 6. Un prêtre Valentin apparaît dans les gestes de Firmina : c'est peut-être Valentin de Viterbe, plutôt que Valentin de Terni. — Or, Valoitin-Hilaire' est proche parent des gestes de Secundus, qui est, en même temps que Firmina, le patron d'Amelia. Est-ce que notre texte de Firmina ne serait pas contemporain de Secundus et de Valentin-Hilaire et donc ne daterait pas du vii« siècle? Amelia avait une grande importance au temps de l'exarchat \ Et peut-être, puisqu'il y eut une invention des reliques de Firmina par Tévêque d'Arnelia Pascal [868-879] \ a-t-il subi quelques retouches à ce moment. Les données topographiques de la légende sont vraisemblablement exactes. Le nom de la sainte est assez rare : au temps de Dioclétien * et au temps d'Ennodius ^ nous connaissons deux personnages qui l'oHt porté. Il est possible que le culte date du temps des persécutions.

Voici la seconde légende d'Arnelia.

Les gestes des saints profitent à Famé de ceux qui les étudient... : montrez donc que vous êtes des catholiques en lisant sans cesse, en écoutant avec complaisance les victoires du Christ. Au temps de Maximien César un édit fut lancé de

1 Cf. infra.

' Les Byzantins la reprennent en 598 et la perdent en 739 ; ils l'ont perdu une première fois en 592 [L. P., i, 312. Paul Diacre, iv, 8. Hartmann, ii, 1, i04, 138]. — Sur la curie, cf. supra, p. 124 Noter que Ursianus est envoyé à Ravenne.

2 Cf. supra, p. 129, n. 1. — L'évêque d'Amelia, Pascal, est attesté au temps de Jean VIII [872-882] par Pierre Guillaume \L. P., n, 221].

* Gode 50, 30, 1 et 1, 19, 1 [en 290 et en 296, d'après de Vit : Onomasticon]. ' Epist., VI, 38 ; Kp.. n, 46, 98 [d'après de Vil]. Firmiuus est un nom assez

commun au vi« siècle.

* B. H. L., 7558 [1er juin, 52 ou 51].

134 TRADITIONS d'OMHRIK

Rome à travers les provinces ^ les cités et les châteaux, portant que tous les chrétiens fussent punis sans être même entendus. Beaucoup ^ parmi eux ^ se cachaient donc^ notamment le hien^ heureux Secundus, qui était parent d^Aurclien: il était dans ta maison dune femme très chrétienne y hudoxia^ à Ouhbio (in ciuitate Julia quse Eugubia dicta est) : c'était un chrétien savant (?) dans la foi des apôtres, et très pieux. On le dénonça au proconsul de Spolète Denys : car, depuis qu'on connaissait l'ordre de Maximien César, les parents livraient les parents et les amis les amis. Les appariteurs arrêtent Secundus à la troisième heure dans la chambre d^Eudoxie et le conduisent ligotté à Spolète, Le saint se dit chrétien, parent d'Aurélien et ressuscité dans la foi en la sainte Trinité. — « Sacrifie et deviens un ami de César. » — « C'est moi-même que j offre à Dieu en sacrifice ; vos dieux sont de pierre, mon Dieu a fait le ciel et la terre. » On le dépouille^ on le bat, mais une voix céleste le réconforte et lui promet les joies du ciel. Un autre jour, il refuse pareillement de sacrifier à Hercule, « Par le salut de V empereur l je te tuerai donc », dit le juge. — « fils de perdition, sois maudit » , répond Secundus. Et, lorsqu'on le torture sur le chevalet, voici que, à sa demande. Dieu le secourt : un tremblement de terre renverse le temple d'Hercule. Et Denys, furieux du succès de cette magie, fait reconduire Secundus en prison, oit il mourra de faim. Mais le martyr se signe, et, comme s'il était invité à un banquet, il est dans les délices. Quinze jours après, lorsqu'il comparait de nouveau et qu^on lui verse du plomb fondu dans la bouche, il prie Dieu, et un tremblement de terre met le proconsul en fuite. La sentence est prononcée, Secundus est conduit à la cité d'Amelia, où les bourreaux doivent le jeter dans le Tibre, une pierre au cou : ce qui est fait après qu'il a prié Dieu d'envoyer son ange pour l' accueillir, — Un ours se jette sur les bourreaux, en tue huit, blesse tous les autres qui, effrayés, se convertissent et se font instruire par le prêtre Eutychius : ils étaient douze. Cependant un pécheur Maurus trouve le corps sur la rive, — la pierre s'est détachée ; — il prévient Eudoxia, porte le corps à Gubbio, d'où le saint était originaire^ et l'ensevelit au 16^ mille, où ses prières font s'épanouir les miracles jusqu'en ce jour, pour F honneur de Notre Seigneur Jésus-Christ à qui honneur et gloire avec le Père ei r Esprit-Saint dans les siècles des siècles. Amen.

Ce texte rappelle certains gestes du vi" siècle : les chrétiens qui se cachent, la spontanéité du martyr qui s'olfre en sacrifice avec joie. La punition des bourreaux de Secundus, le rôle (l'Eudoxia et de Maurus \ tous les détails du récit produisent la nionie impression. On peut même se demander si l'auteur ne connaît pas, notamment, les gestes de Pancrace [^qiiasi.., ad epiilas invUaius], d'Alexandre de Baccano [tremblement de terre], de Félix de Spello et d'Abundius, d'Trénée ou de Florian [le martyr jeté à l'eau une pierre au cou].

Nous connaissons un second texte ' relatif à Secundus : il raconte la même histoire que le premier, mais en diiîère par trois traits. Il donne l'anniversaire du saint, kalendes de janvier. — Il resserre la légende, supprimant, avec le prologue, les §§ 3-4 de l'édition bollandiste et abrégeant les §§ 2, 6 et 7. — Il assure, enfin, que Maximien est le fils de Dioclétien^ dont la mort lui aurait donné le trône.

Quel est le rapport des deux textes?

11 ne semble pas que le texte court soit un abrégé du texte long: le texte court donne, en partie d'après J/«rce/ ou Susanne ^ deux détails inconnus au texte long (l'anniversaire, Maximien fils de Dioclétien). Le texte court a précédé, sans doute, le texte long.

On verra plus bas ^ que le texte long date vraisemblablement du deuxième quart du lx° siècle. A quelle époque rapporter le texte court?

Je remarque que le saint a une double attache topographique, Gubbio et Amelia. Gubbio et Amelia sont situés aux deux extrémités de la voie Amerina. La voie Amerina, on l'a dit, a eu une grande importance au temps de la lutte des Lombards contre l'exarchat, au vii° siècle surtout. 11 est vraisemblable que le texte court date de ce temps. N'est-ce pas aussi la date de Firmina ? Firmina et Secundus s'inspirent également des gestes romains de l'époque gothique. Les saints du nom de Secundus sont très nombreux, le

1 Peut-être y a-t-il un rapport entre ce Maurus et le héros des Gesta Mnnri. — Quelques traits rppellent JEmilianus,

- B. H. L., 7559. Codex Bruxellensis, 207-208, du xii® siècle, f» 28v [Cat. Brux., I, 135]. Le texte B.H.L., 7560 [Postquam. Domtnus et Salvator noster...] ne m'est connu que par fragments.

■^ Cf. supra, p. 56, note 5.

^ Cf. infra.

13(» THADITIONS o'oMBMIE

férial hiéronymion ratleste : peut-être y en avait-il un à (jubbio, un à Aineria.

Gestes de ^j^^ temps de Dioclétienet de Maximien, une grande persélius 1 cution fut dirigée contre les chrétiens. Un Romain Euthgme s'enfuit alors à Pérouse avec sa femme et son fils Cresceniius : il avait été baptisé par le prêtre Epigmeniî4S. Il instruit son filSy dès quil a onze ans, dans la religion chrétienne, comme c'est V usage, mais meurt le IV des kalendes de sep^ tembre, ainsi que f apprend le texte sacré (sacra pagina) ; son fils r ensevelit. Cette nouvelle met en fureur le proconsul de Pérouse, Turpius : il le fait battre de verges et l'envoie à Borne, ainsi que sa m,ère, après avoir rédigé un rapport [legatio] aux empereurs. Chemin faisant, Crescentius prêche le Christ ; au pont Milvius il guérit une femme aveugle, après avoir salué Rome,

Les soldats le conduisent au tribunal de Salluste, hors de la pointe Salaria et remettent à V empereur le rapport de Turpius. « Jetez-le, dit Dioclétien, hors de la porte Salaria, et décapitez-lcy afin que tous les enfants de Rome puissent s'en amuser (ludant de islo). » Intrépide, l athlète de Dieu récite le verset du psaume : in capite libri scriptum est de me ; et, lorsqu'il est mort, V aveugle quil a guéri V ensevelit dans la crypte où reposaient beaucoup d'autres saints. Il a été martyrisé le XVIII des kalendes d^ octobre. — Longtemps après, au temps du pape Etienne, vint Charles I auquel on rapporta ces choses ; Vévêque de Sienne Antifredus en entendit aussi parler, et transporta à Sienne le corps de Crescentius le IV des ides d'octobre : il l' ensevelit avec honneur, et là brillent ses miracles jus c^u^ au jour d'aujourd'hui,

1 B. H. L., 1986 [14 septembre 352].

GRESCENTIUS DE PÉROUSE 137

Etienne V [885-891] est contemporain de Charles 111 [881- 887] ; mais aucun évoque de Sienne ne s'est alors appelé Antifredus. Comme un Ansfredus a été éveque de Sienne de ll')2 à 734, au temps d'Etienne II et d'Etienne 111, j'imagine que l'auteur a confondu Charlemagne, Charles Martel et Pépin : il écrivait donc à la fin du ix** siècle au plus tôt. Mais cet écrivain a-t-il seulement rajouté le court épilogue qui concerne la translation à Sienne ; ou encore, s'il a écrit tout notre texte S disposait-il d'une version antérieure?

J'incline pour l'afQrmative. Ici comme pour Firminay je crois que les gestes ont été rédigés d'abord à l'époque lombarde, alors que la voie Amerina avait une extrême importance pour les Romains. Le proconsul de Pérouse rappelle les proconsuls dont il est question dans Cassien et dans Vincent.

Le calendrier populaire signale à Rome, au XV des kalendes d'octobre, Narcissus et Crescentianus - ; il est possible que ce Crescentianus soit identique à notre Crescentius vénéré le XVlll des kalendes d'octobre (?).

Il est également probable que notre Crescentius est identique au malade Crescentius que guérit Constantius de Pérouse : c'est le même personnage inconnu et vénéré, que l'on aiïuble, ici et là, de deux différentes histoires.

Enfm le supplice que Dioclétien veut infliger à Crescentius est manifestement inspiré de celui où Cassien d'Imola trouva la mort et que Cassien de Todi a popularisé dans les pays de la Via Amerina. Or, Constantius B et Cassien de Todi datent sans doute du vu* siècle.

Turpius serait-il une déformation paléographique de Tarpeius [Anthime^ ou de Turgius, et Epigmenius de Pigmenius IDonatj etc...]? Le salut à Rome ne vient-il pas de Sophie ? La guérison de la femme aveugle n'est-elle pas un souvenir de l'épisode de Pisentius [A// Syriens^ ? — Notre légende est un centon.

' Cf. le trait curieux : Euthyme enseigne la religion à Crescentius lorsqu'il a oDzt; ans, ainsi que cest coutume. — Notre texte a peut-être été retouché beaucoup plus tard : cf. l'expression sacra pagina.

- P. L., 123, 169-170. « Item (Romae), Narcissi et Cresceutiani. »

138 TRADITIONS d'oMBRIE

Gestes de jlu temps OÙ le Seigneur voulut sauver le genre humain, il tus de choisit les patriarches et les prophètes ; après leur écJiec^

Bettonai Jèsus-Christ vint racheter le monde: il prêcha, il fut crucifié, il ressuscita et envoya les douze Apôtres et les 72 [disciples) porter la vérité aux hommes. Crispolitus était du nombre de ces derniers. Envoyé par saint Pierre avec Bri' dus y Heraclius [?) et plusieurs autres, il arriva de Jérusalem en Italie à Bettona et, après avoir guéri une démoniaque, il y fut sacré évêque par Bricius. Un espion des païens est guéri et converti par lui : comme il refuse de sacrifier à Mars, il est décapité. En revanche, bien quil guérisse Valerius, le neveu du persécuteur Austerius, celui-ci reste fidèle à Mars: mais tout le peuple devient catholique [verus catholicus], toute la province de Bettona [Bittoniae provinciaj embrasse la foi apostolique. E évêque chasse les loups qui la dévastent : il arrache à run d'eux le bouvier Barontius près de la fontaine du Sambron et du Cleoton, in campo Bucaronis ; il réconforte son collègue Vincent qui est emprisonné, brise ses fers d'un signe de croix, et la lumière céleste ciui les inonde est aperçue des veilleurs de Bevagna (qui inturre Bibaniae vigilabant). Le prseses Austerius envoie à son sujet un rapport à Maximien, cjui le fait arrêter. Mais, après avoir été battu et torturé sur le chevalet, il convertit ses compagnons de prison, un assassin, un malade (qui dextrum perdiderat latus ?) : ramené devant le juge, il lui expose, non plus la commune origine des hommes comme à sa première comparution, mais la chute du premier ange et l'origine de Vidolâtrie: les dieux sont fabriqués de mains d'hommes, Jupiter, Hercule, Mars, Mata, Vénus. Le feu s'éteint lorscjuon le jette dans la fournaise ; mais Barontius est décapité in campo Bucaronis à côté de la fontaine de

B. H. L., 1800, 12 mai, 22. « Tempore quo Dominns humanum genus.

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CrispoUlus ; Crispolitus lui-même est coupé en deux in Castro imperiali ; douze femmes qui accompagnent Teutela, sa sœur, et viennent le voir, sont torturées et tuées. On les ensevelit à côté de la tour, entre les deux fleuves Cleoton et Snmbro, où le Seigneur multiplie ses bienfaits. On g bâtit une basilique en riionneur de Crispolitus, de la Vierge Marie et de tous les saints. Ceci se passait sous le règne de Maximien, le IV des ides de mai, tandis que règne Notre Seigneur Jésus-Christ à qui honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen.

La légende de Bettona * — entre Todi et Pérouso — est apparentée aux XI l Sgriens, à Constantius, à Victorin d'Assise, à Emilianus et à Vincent de Bevagna.

Crispolitus est sacré évêque par Bricius ; il est, comme Hi'icius et Anastase et emilianus, originaire de l'Orient et apôtre de l'Ombrie; il arrête un loup comme Proculus une biche. Notre texte est, peut-être, postérieur à nos versions des XII Syriens : il rattache explicitement Crispolitus et Bricius à Saint Pierre et à l'âge apostolique".

Le prologue de Crispolitus rappelle celui de Constantius : ici et là, l'auteur résume en quelques lignes l'œuvre créatrice et rédemptrice, rappelle la mission confiée aux XIT Apôtres et introduit ainsi son personnage.

Crispolitus et Victorin d'Assise parlent pareillement des prophètes et des patriarches, assignent au mart}^ ombrien la même origine orientale, attribuent à Mars le premier rang parmi les idoles, et assurent que la flamme s'éteint quand le martyr est jeté au feu.

Crispolitus et Vincent de Bevagna assignent à Mars le premier rang parmi les faux dieux, dont ils donnent une liste assez longue ; Crispolitus mentionne Bevagna et Vincent luimême ; et je me demande si le pieux consulaire Valerius dont parle Vincent n'est pas identique au neveu d'Austerius que guérit Crispolitus. J'ajoute que le Soleil et la Lune jouent le même rôle dans Constantius et dans Vi?icent ; et nous savons que Constantius et Crispolitus sont d'ailleurs apparentés.

J'imagine que l'auteur écrivait au vu^ siècle : la date qu'il

• Sur Bettona, cf. C. I. L., xi, 2, p. 731. — Noter que rinscription 5164 y atteste un temple dédié au Soleil.

- Cf. supra, p. 77. On pouvait deviner cette évolution de la légende de Bricius.

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assigne àHricius, la mention qu'il fait d'une basilique, surtout d'une basilique consacrée à tous les saints ', empoche de remonter plus haut. Mais peut-être travaillait-il sur une version antérieure à cette date.

Peut-être appartient-il au même groupe que l'auteur ïï y^milianus : le cadre des deux légendes est le même ; — toutes deux s'intéressent au fleuve Gleoton ; — et le terme civitas lucana n'est pas sans rappeler quelque peu la civilas Bettona de Crispolitus.

Peut-être, enfin, les mots verus catholicus s'expliquent-ils parce que l'auteur est hostile aux ariens, aux Lombards.

Quel est le culte qui supporte la légende? Crispolitus n'est pas un nom latin ni un nom grec. On a restitué Chrysopolitus % forme très bien attestée. Je me demande s'il ne faut pas lire plutôt Crispolus : le férial hiéronymien signale trois ou quatre saints de ce nom, en Sardaigne et à Rome notamment ^

1 Oq se rappelle que, en 609-610, Boniface IV consacra l'église du Panthéon à Marie et à tous les martyrs; de même ici. « Eodem tempore petiit [Bonifacius) a Focate principe templum qui appellatur Pantheum, in quo fecit ecclesiam beatae Mariae semper virginis et omnium martyrum » [L. P. i, 317].

3 De Rossi-Duchesne, p. 68 et 77 : m et iiii, Kal. {un. ; un et m id. iunii — Cf. deux évêques africains vers 400 dans de Vit : Onomasticon. — Faut-il apercevoir Crispolus de Bettona derrière le mystérieux Scipiodote de Vittoria (?), des XII Syriens 1 — On peut penser aussi à Chrysolitus [IV Coronati. Cf. G. M. R. Il, 289]. — Le nom Teutela cache certainement un nom de même type que Theudila, le fils de Sisebut, Theodelindo, la femme d'Agilulfe, etc.

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