CHAPITRE \I
TRADITIONS DE^TUSCIE
(VIA CASSIA
LES SAINTS VALENTIN, GRATILIANUS, EUTYCHIUS
Passons d'Ombrie en Tuscie : depuis le temps d'Aurélien et de Dioclétien ', on sait que les deux pays ne forment plus qu'une seule province.
La voie Gassia mène de Rome à Arezzo et à l'Apennin par Veies, Baccano, le forum Cassii, Bolsène et Chiusi : elle monte lentement les pentes de la forêt Ciminienne en vue du Soracte, des monts de la Sabine et des monts Albains. Au delà du Ponte Molle, sur la gauche, elle se détache de la voie Flaminienne, et lance bientôt sur sa droite, un peu avant iXepi, la voie Amerina.
On va voir que le pays où naît cette dernière, le pays de Nepi et de Falères, de Yiterbe et de Ferento, présente des légendes étroitement apparentées l'une à l'autre et qui, toutes^, ont subi l'influence des gestes romains.
* Cf. de Rossi : Spicilegio rCArcheologia Cristiana nell' Umbria \Bull., 1871.81]. D'une manière générale, consulter sur ce pays G. I. L., xi, i, p. 454 Wiferbe et Ferento), p. 464 (Falerii) ; — et Desjardins : Table de Peutinger, p. 133-134 (Viterbe), et 142 (Falerii).
142 TRADITIONS DE TUSCIE
VaientiQ Au temps OÙ Maxiïïiien Auguste régna après la mort de son et d'Hi- p^^,f, Dioclétien Auguste^ il tua sa sœur Arthemia, fille de Vilerbe i Dioclétien, parce quelle était chrétienne, et lança un édit à travers les provinces, les cités et les châteaux : ordre de tuer tous les chrétiens qu'on trouverait. Les ministres du Christ (ministri Christi) Valentin, prêtre, et Hilaire, diacre y s'étaient réfugiés dans la maison d'une femme très chrétienne. Eudoxie. Or, le proconsul Demetrius, qui était au château de Viterbe (in castello Viterbiensum), se mit à chercher soigneusèment les chrétiens ex iussione augustali afin de faire sa cour à Maximien Auguste: les amis livraient les amis, les parents leurs fils, les mères leurs filles. C'est ainsi qu'on arrête Valentin et Hilaire, on les conduit au château de Viterbe, devant le proconsul. Ils se disent chrétiens, nobles, orientaux d^ origine, u Sacrifiez, soyez des amis de César. » — <:< C'est nous-mêmes que nous offrons en sacrifice à Dieu en odeur de suavité', les dieux sont des démons ; notre Dieu, le Christ, a fait les deux. Vous nous tenez : nous sommes préparés aux supplices, selon ce qu'a dit V Apôtre : in contessione probabitur omnis vir. » — c( Sacrifiez au grand Dieu Hercule qu'adorent les princes, siiion vous mourrez. » — a Maudit sois-tu, fils d'iniquité, qui nous conseilles de telles choses ». On les torture, mais ils invoquent le Christ, et un tremblement de terre jette à bas le temple d'Hercule, A cette nouvelle, Demetrius déchire ses vêtements et ordonne qu^on jette les saints dans le Tibre avec une pierre au cou. Les saints s* agenouillent, prient le Christ d'avoir pitié d'eux et d'envoyer son ange afin de recueillir leurs âmes ; et Vange accourt, en effet, dénoue leurs liens et les retire du fleuve, tandis qu'un ours immense se jette sur les bourreaux, en tue huit et blesse les autres ; et ceux-ci
1 B. H. L., 8469-70, 3 novembre, 626-629. Temporibus illis quo Maximianus augustus.