VALENTIN DE VITERBE
vont trouver le bienheureux Euticius prêtre, lui confessent leur crim€y et, après un jeûne de trois jours ^ reçoivent le baptême avec tous les leurs le saint jour du Seigneur [die sancto dominico... cum omnibus familiis suis].
Quant aux martyrs^ ils sont revenus trouver le proconsul, et le sommer de faire pénitence, et de se convertir au vrai Dieu, le Christ^ Fils de Dieu. On les bat, on les torture, on les décapite enfin au lieu dit Via Strata. Une pieuse femme, EudoxiCy enlève les corps la nuit et les ensevelit saintement au lieu qui est appelé Cavillarius ; Demetrius la fait mourir sous les coups de bâton. Les martyrs du Christ Valentin et Ililaire ont souffert le quatre des nones de novembre. — Peu de temps après, la maladie saisit Demetrius ', il implore les saints quil a tués ; et ceux-ci lui disent en songe d* aller trouver le prêtre Euticius. Ses soldats trouvent celui-ci en prière sur la montagne appelée Aureus, Euticius prie cette vraie lumière qiiest le Christ de guérir le païen ; et^ comme celui-ci se convertit, il le baptise; et aussitôt Demetrius est guéri, et le voici qui prêche les peuples : « Croyez, adorez le Dieu vivant qui est au ciel, qui ressuscite les morts et guérit les lépreux et qui, par l'intercession de ses saints^ m'a délivré du maL » Mais Maximien est averti et le fait décapiter par le vicaire Dionysius.
Les corps de Valentin et d' Hilaire ont reposé où ils avaient été ensevelis jusqu'au temps de Grégoire IV, Ils ont été transportés alors par Sicardus, abbé du monastère de Sainte Marie toujours Vierge en Sabine, à V oratoire qiCil avait construit à cet endroit même ; Sicardus opéra en même temps la translation du corps de saint Alexandre, fils de sainte Félicité, que lui avait accordé ledit pape Grégoire pour la louange et la gloire de Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, à qui honneur et gloire dans les siècles des siècles. Ame?i.
Il s'en faut de beaucoup que Valentin et Hilaire soient aussi bien connus que Viterbo, la ville aux jolies fontaines : on ne trouve leur nom dans aucun calendrier, dans aucun martyrologe *. Le plus ancien document autbentique qui les mentionne est une constitution de Léon IV [817-855] citée par In-
* Réserve faite de quelques mss. qui descendent d'Usuard [codd. danici, Bru^ell., Aquicinctin.].
144 TRADITIONS DE TUSCIE
nocent HI *. Il est vraisemblable que ce sonl deux saints locaux inconnus.
Nous connaissons deux textes qui célèbrent leur gloire : l'un est celui qu'on a résumé; il provient d'un manuscrit de la Bibliothèque Victor Emmanuel, à Rome, et se retrouve, à quelques variantes près dans deux manuscrits du Mont-Cassin 2. — Le second texte ^, beaucoup plus court que le précédent, reproduit à peu près le début de celui-ci jusqu'à la première comparution des saints devant le proconsul ; puis, après qu'ils se sont olTerts à Dieu en sacrifice in odorem suavitatis et qu'ils ont rejeté les dieux-démons et confessé le Christ Dieu, ils sont aussitôt conduits au lieu qui est dit Via Strata, ils y sont décapités, et Eudoxie les ensevelit au lieu qui est dit Cavillarius (ou Camillarius). Pas un mot sur la translation de l'abbé Sicard.
Le texte long a-t-il développé le texte court, le texte court a-t-il abrégé le texte long ?
Deux traits caractérisent les récits propres au texte long. Ce texte coïncide avec les gestes de Secundus d'Amelia : ici et là un proconsul veut faire adorer Hercule, dont un tremblement de terre renverse le temple ; ici et là, le martyr est jeté dans le Tibre une pierre au cou et les anges le délivrent et le sauvent ; ici et là^ une pieuse femme Eudoxia accueille et ensevelit les saints, tandis qu'un ours tue huit bourreaux et blesse les autres qui se convertissent aussitôt et se font baptiser par Euticius prêtre ; ici et là, enQn, un persécuteur s'appelle Dionysius.
Or, je remarque deux autres caractères communs à Secundus et à Valentin-Hilaire. L'un et l'autre utilisent les gestes romains : c'est le prologue de Potentienne Praxèdé que copie le rédacteur de Secundus ; c'est aux gestes de Marcel que le rédacteur de Valentin-Hilaire emprunte l'assassinat d'Artemia,
1 « In vico PaleDzano cum suis ecclesiis S. S. Hilarii et Vaîentini » [Baluze, Ep. 142 du tome 11] . — Palenzaoo a été donné à Viterbe par Barberousse en 1169 [Bus8i : Istoria di Viterbo, 1742.49], [d'après le commentaire bollandiste, 3 novembre].
2 Le ms. de la Victor Emmanuel date du x^ [3 novembre, 614, § 6]. — C'est ce texte qui a été imprimé autrefois par Andreucci : Notizie istoriche de gloriosi s. s. Valentino prête ed Ilario diacono [Roma, 1740], 61. — Cf. aussi les éditions de Pennazzi, 1721, de Bussi, 1742, et d'Assemani, 1745.
3 II est conservé dans le « Codex Vallicellanus », 16, p. 73 ; il est divisé en trois leçons. B. H. L., 8473. « Tempore quo Maximianus augustus — et sepulti sunt in locum... »
LES DEUX RECENSIONS 145
fille (le Dioclélien, par le fils de celui-ci, Maximien. D'autre part, nous avons également deux textes de Secundus, un texte long et un texte court, lequel, chose étrange, fait de Maximien le fils de Dioclétieii, tout eomme le texte long de Valentin-IIilairc. On peut se demander si, malgré ce dernier détail, les deux textes longs de Secundus et de Valentin-liilaire ne seraient pas l'œuvre d'un même rédacteur ^ remaniant des textes antérieurs.
Voici justement — et c'est le second trait qui caractérise Vnloilin^ texte long — qu'on nous parie d'une translation opérée au temps de Grégoire IV [828-844] par l'abbé Sicardus. Cette translation n'aurait-elle pas été l'occasion d'où seraient nés nos textes longs. Car cette translation semble bien réelle : elle est attestée d'autre part par le Clironicon Far^ fense ' ; c'est au monastère de Farfa qu'avaient été transportés Valentin et Hilaire.
Le manuscrit de la Bibliothèque Victor Emmanuel, qui contient le texte long, vient précisément de Farfa. Le texte long serait contemporain de Sicard et de Grégoire IV.
Mais comment expliquer, dans cette hypothèse, la naissance de Secundus, texte long? Secundus n*a pas été transporté à Farfa. — Sans doute. Seulement nous savons qu'Amelia fut rebâtie % peu de temps après Grégoire IV, par Léon IV [844-(S5o]. On peut croire que la résurrection de la cité fut cause de la rénovation du culte, et la rénovation du culte cause du remaniement du texte. Léon IV, qui rebâtit Amelia, la ville de Secundus, est précisément le premier écrivain qui mentionne Valentin et Hilaire.
Or, Firmina est attaché à Amelia, aussi bien (\ViQ Secundus :
* Ou de deux rédacteurs apparlenaat à uq même milieu.
- « Oratorium hoc quod cernimus io honore Domini Salvatoris adjunctuin huic ecclesiee sanctae Mariae ipse (Sichardus) construxit ubi corpora sanctorum Valentini et Hilarii martyrum de Tusciae partibus translata cum corpora sancti Alexandri sauctse Felicitatis filii quod de Roma adduxerat, concedeote Gregorio IV sedis apostolicae prœsule, honorifice sepeliuit » [Muratori : R. I. S., II, II, 381].
^ « Nam Hortance et Amerinaî valde antiquarum ciuitatum qiiarum mûri ac portas prœ nimia uetustate temporum usque ad solum ceciderant et funditua destitutae mariebant, in quibus modo fures modo latroues iogredi palenlibus aditis nullo resisteote custode facilius ingrediebantur, ipse adeo solertissimus praBâul laulaai civiiim prœdictarum urbium cognoscens i-icuria, eas quas prœtitulavimus civitates liortatu suo ac studio mûris novisque portis, prioribiis minime dissimilibus, ad [irisciim locum slatuuique gralia corroboratas diviiia reduxil. .) jL. I'., ii, 127|.
146 TRADITIONS DE TUSCIE
il peut y avoir intérêt à rapprocher Firmina <Je Valentin-IHlaire. Voici les points do contact que je note : 1. L'auteur (le li'irmina utilise les gestes romains, comme l'auteur de Valentin-Ullaire ; 2. Olympiades se convertit comme Dcmetrius ; 3. Denys met à mort Demetrius, comme Mof^^otius Olympiades ; 4. Le bourreau de Firmina se fait baptiser [}ar un saint prêtre aussi bien que les bourreaux de Valentin ; 5. Firmina joue le même rôle qu'Eudoxia ; 6. Un prêtre \^alentin apparaît dans les gestes de Firmina : n'est-ce pas notre Valentin de Viterbe? — Aucun de ces faits ne va contre notre conclusion : les textes longs de Valentin- Hilaire et de Secundus proviennent sans doute d'un même groupe et datent du deuxième quart du ix^ siècle. Leurs rédacteurs sont des moines de Farfa, — tout comme les anonymes qui ont adapté à Laurent de Spolète la légende des XII Syriens *.
Notre texte long repose très vraisemblablement sur un texte antérieur. On y lit toujours, en effet, castellum Biterbiensum, jamais ciuitatem : or, le Libe?' Pontificalis appelle Viterbe castrum au temps de Zacharie [741-752], ciuitatem au temps d'Hadrien [792-795] ^ ; au temps de l'abbé Sicard, on appelait Viterbe ciuitas; si, à ce moment, un écrivain emploie l'expression castelluîn, il est à croire qu'il se guide sur un texte antérieur.
Ce texte antérieur est-il identique à notre texte court ? Je n'oserais pas l'affirmer catégoriquement ^ : la division en leçons fait penser qu'il fut rédigé en vue des moines, et ce travail a souvent donné naissance à des textes résumés? — Qui dira, d'autre part, que notre texte n'a pas la physionomie d'un résumé ? — Je remarque enfin que le texte court de Secundus a la même allure, peut-être plus nettement encore ; et je rappelle qu'il fait de Maximien le tils de Dioclétien, à la différence
1 Cf. supra, p. 64, n. 2, — On sait l'importance de Farfa à l'époque carolingienne. Et je rappelle le fameux conflit d'Ingoald, l'ami de Louis le Pieux, avec Grégoire IV.
2 « Per fines Langobardorum Tusciae quia de propinquo erat, id est per Castro Bitervo... » [L. P., i, 429]. — c Ipse Laagobardoram rex ilico cum magna reverentia a ciuitate Viteruenpe coDfusus ad propria reuersus est >». [L. P., 1. 494]. Le Liber Çarolinus cite Bitervo parmi les Tuscise ciuitates [Hadriaous Carolo, 80. — éd. M. G. p. 613]. — [On sait les eiîorts du fameux Annius pour prouver l'autiquité de Viterbe].
3 Comme le bollaodiste vaa deu Glieyu, 3 nov. (^omm, praeii. § 8. 11 y a un texte intermédiaire eutre le texte loor,^ et le texte court : B. H. L. 8471-72 ajoute à notre texte court un récit de trauslation. Cf. infra. p. 158.
GRATILIANUS DE FALÈRES 147
de Secundus texte long, à la suite de Valentin texte long. — La chose n'est pourtant pas impossible ; le texte court ignore la translation : il peut dater du viu° siècle.
Quoi qu'il en soit, il y a eu un texte antérieur au texte long. L'absence de Valentin et d'Hilaire dans le calendrier populaire invite à croire que ce texte primitif peut-être postérieur au début du \ii« siècle : il remonterait au milieu ou à la fin de ce siècle. L'auteur connaît les légendes d'^milianus ou des Xlï Syriens : ici et là, le héros qu'on célèbre est un Oriental qui évangélise une terre italienne *. Sans doute faut-il dire que tous ces textes émanent d'un même groupe de rédacteurs.
je En ce temps-lày dans la quatrième année de son règne, )'q. ^^^^'^^ César lança un èdit pour punir, sans seulement les <i2 entendre, tous les « Galiléens » qu on trouver ait. Gratilianus, '^^ plein d'espoir dans le Seigneur Jésus-Christ, accueillit la nouvelle sans trembler. C'était wn enfant unique, grand souci de . s'is parents ; mais il était pénétré de la doctrine du Christ, Il ouvre simplement V Evangile à V endroit où le Christ dit: Qui vult venire post me abneget semet ipsum... Puis, il va trouver le bienheureux Eutychius prêtre : a Je fen conjure par le Christ que tu prêches, dit-il: dis^moi la récompense de ceux qui confessent le Christ. » — « Ils ont la vie éternelle et la rémission de leurs péchés, » — « Je t'en conjure par les divines leçons (lectiones) des Evangiles, poursuit-il : expliquemoi la foi du Christ, et baptise-moi. » Eutychius le fait catéchumène, trois jours après le baptise au nom du Père, du
* Comparer encore les mots Maximianus augusttus Tuscix [Mmilîanus, cf. supra, p. 110] avec les expressions ex iussione augustali [Valentin- Ht- I laire, cf. supra, p. 142] et nundinx aiigustales [Vincent de Bevagna, ' p. 105]. Le terme ruinistri Dei se lit dans les XII Syriens. — Les mots Vcrus Deus, Christus, Filius Dei dénoncent peut-être une intention antiarienne.
•^ B. 11. L., 3630 [12 août, '728].
148 TRADITIONS DE TUSGIE
Fils et de rEspril-Saint, le rcvèt des vêlements blancs et célèbre les mystères du Christ : puis ils déposent leurs blancs vHemenls et participent au corps et au sang de Notre Seigneur Jésus-Christ,
Revenu chez ses parents, il leur annonce qu^il est chrétien et qu'il ne sacrifiera pas à leurs dieux. « Mon enfant, répondent-ils, n'aie pas ces dédains pour nousy et ne perds pas la fleur de ta jeunesse; si le comte Trason savait ces choses, il te punirait, » — « Par le Christ Fils de Dieu, je nai pas peur : c est en lui quont espéré les trois Hébreux ; il me délivrera aussi; ne rna-t-il pas déjà enseigné la vérité , lui qui est la voiCf la vérité et la vie ? » Or, pendant que ses parents pleurent sa folie, il est arrêté par les appariteurs de Trason^ comte de la cité de Falères. « Toi aussi, dit le comte, te voilà devenu un mage ; sacrifie au grand Dieu Apolloii ; sois notre ami. » — a Je ne suis pas fou ; j'ai cru au Christ parce quil est la vérité; je ne crains ni vos menaces ni vos promesses; je n abandonnerai pas le Christ. » Trason V emprisonne, puis adresse un rapport à Claudius César sur le fils de MaximÀanus. Il le fait comparaître^ et, sur son refus de sacrifier, le fait battre ; puis il le renvoie en prison pour organiser les supplices. Mais Gratilianus guérit les aveugles et les paralytiques, il ressuscite même les morts au nom du Seigneur Jésus- Christ. A cette nouvelle, une veuve, Fortunata (de opinione Gratiliani) lui amène sa fille unique qui est aveugle, Felicissimtty et le prie de mettre ses mains sur les yeux de là vierge. « Crois de tout ton cœur, dit-il, et tu seras éclairée. » — « Eclaire4a, et elle croira ». Alors Gratilianus invoque Celui dont la salive mêlée à la poussière a guéri l'aveugle, fait le signe de la croix sur les yeux de l'aveugle : elle est aussitôt guérie. « Enseigne-moi maintenant à suivre le Christ, dit Felicissima. « // la baptise donc en présence de sa mère, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et V envoie à Eutychius qui Voindra du chrême salutaire afin de lui faire connaître la parfaite vérité du Chnst. Ce qui est fait.
Mais les geôliers annoncent tout cela au comte. « Arrêtezles », ordonne celui-ci. On les arrête chez Eutychius qui, saisi de peur, s'enfuit. « Ou as-tu pris ces maléfices qui séduisent le peuple ? » — a Ce ne sont pas des maléfices, mais des bienfaits du Christ (non maleficia sed benelîcia). » — Condamnés à être décapités non loin de la ville Galaris (urbe Ga-
LA LéoENDE EST UN CENTON 149
Isirh), près du ruisseaUy Gratilianus et Felicissima prient le Dieu du monde d'envoyer son ange recueillir leurs âmes ; puis ils meurent. Le sang qui sort du corps de gratilianus est aussi blanc que la neige ; ses parents V enterrent dans le champ du bienheureux Gratilianus, que le père a acheté en son nom, la veille des ides d'août, au lieu appelé Maulanus, Trois jours après y les deux martyrs lui apparaissent, g our~ mandent son désespoir , lui annoncent que la paix est donnée à l'Eglise de Dieu : ce mois même Trason va être tué par Claude César. « Ne me pleurez pas, dit Gartilianus ; et croyez au Christ qui peut vous donner la vie éternelle, » Trois jours après le tribun Eleuthère, au nom de Claude César, arrête Trason comme concussionnaire ; et Trason meurt traîné et fracassé par un cheval indompté. Ainsi Notre Seigneur Jésus-Clirist défend les martyrs qui ont souffert pour son nom. Ses parents, éclairés par Tévénemefit, se convertissent, et cessent de pleurer V enfant qui partage la joie du Christ, du Christ qui vit et règne avec le Père et V Esprit-Saint dans les siècles des siècles. Amen,
La ville de Falerii est voisine de Cività Castellana, qui lui a succédé. On voit que l'évêque de Nepi, Félix, qui signe les actes du concile de Rome de 499, est appelé, dans un bon manuscrit, (episcopus) ecclesiœ Faliciscœ ^ ; et nous avons une lettre de Symmaque qui l'appelle episcopus ecclesiae nepesinœ et faliscse. Nous connaissons les évoques de cette ville depuis 595 jusqu'en 1033.
Les patrons de Falères sont moins bien connus. LTsuard est le plus ancien texte qui donne leur nom : item urbe Falari, passio Graciliani et Felicissimie uirginis quorum, ora primum pro Christo lapidibus contusa, dehinc gladio percussi optatarn martyrii suscepere coronam ^. Ce sont les saints locaux du pays.
L'auteur de leur légende semble l'avoir constituée par un ingénieux mélange de traits qu'il a pris ailleurs. Ce saint qui ouvre l'Evangile et nous lit ce qu'il y trouve se souvient certainement d'Euplus \ — Thrason, l'annonce de la paix de
* C. I. L.,xi, 1, p. 465.
2 p. L., 124, 355-356. Noter une AsÎQia Felicissima, au cimetièrede Mustiola, à Cliiusi |C. I. L., X), 1, 2549] : elle semble mise sur le même rang que sainte Mu?tiola [cf. infra, p. 161]: serait-ce uotre sainte?
« Cf. G. M. R., II, 177.
V,)0 TRADITIONS DE TUSCIK
l'Eglise rappellent singulièrement Marcel ». — Cet enfant unique qui se converlit malgré ses parents ressemble heaucoup à Vitus K — L'apparition du martyr qui console ses parents semble inspirée d'Agnès^. — Le terme de « Galiléens » se lit dans les gestes d'Abundius et de Carpopbore, et, engendrai, dans les gestes des martyrs mis ci mort par Julien. — J^a mort de Thrason que fracasse dans sa course un cheval indompté ressemble assez au supplice dont la légende a gratifié saint Hippolyte *^. — Comme dans Alexandre pape le saint est appelé mage. — Gratilianus et Eutychius rappellent singulièrement Donat et Ililarinus. — Le sang des martyrs est aussi blanc que la neige : les actes de saint Paul •* et les gestes d'iEmilianus assurent qu'il est plus blanc que le |lait. — Qui sait même si notre grand liseur ne se souvenait pas de Lucie quand il accusait Thrason de concussion ?
Tous ces écrits sont plus anciens que le nôtre. Voici des emprunts faits à des textes relativement récents. Ici comme dans Victorin ^ d'Assise, on note les détails si pittoresques de la guérison de l'aveugle de Bethsaïda [Marc. 8, 23]. — Félix de Speilo est aussi qualifié de mage. — Le jeu de mots maieficia-beneficia se retrouve dans Paidiniis et dans Pergentinus- Laurentinus \ — Claude est aussi dur que Maximien : dans Secundus, on voit aussi que les chrétiens doivent être punis sans être entendus. — On parle ici du «grand dieu » Apollon, comme, dans Torpes ^, de la « grande déesse » Diane. — Les événements sont datés [quarto anno imperii eius) de la même manière que le martyre de Domninus ^. — Le nom d'Eleuthère, appliqué au tribun qu'envoie Claude, est celui d'un personnage dont on parle beaucoup en Italie vers 620 ^^ ; la mission confiée à Eleutbère rappelle celle que donna l'empe-
1 G. M, R. 1, 132 et su:pra p. 56-57.
3 § 16. * Videte ne me mortuam lugealis sed congaudete mihi... » [P. L., 17, 741, D].
s Version liuienne [G. M. R., i, 327J § 16 — éd. Lipsius, p. 40 ; etc.. Cf. supra, p. m.
c Cf. supra, p. 107.
''Cf. infra.
8 Cf. infra, — On le rencontre aussi dans Lucie [G. M. R. ii. 189]
9 Cf. infra.
10 G. M. R. I, 320 et L P., i, 319-322.
EUTYCHÏUS DE FERENTO lol
reur à Leontius en 598 ^ (Libertinus est un concussionnaire, tel Tiirason) ; — et le supplice de Thrason est aussi celui de Hrunehaut, (61 3) laquelle était très bien connue dans les milieux romains.
J'imagine^que'notre texte date du vii^ siècle ^, peut-être du début. Le titre de Thrason, comte de la cité de Falhes^ s'explique très bien dans l'hypothèse. Au temps de l'exarchat, dans certaines villes, « le commandement est confié à des officiers militaires revêtus du titre de comte; c'est le cas à Misène, à Terracine, au castrum Apriitiensey près de Fermo, et dans certaines cités de la Corse. Il n*est point rare d'ailleurs de voir le même personnage réunir les deux titres de tribunus et de cornes ; on en trouve des exemples à Albenga en Ligurie, à CentumcellaeMans le duché de Home^ » ; pareillement l'oflicier qui a grade de magùier militum porte parfois le titre de dux. Sans doute en va-t-il à Falères comme à Misère.
Peut-être aussi le rédacteur appartient-il au même groupe que ceux de Cassien de Todi^ de Secundus à!Amelia et de Victorin \ d'Assise : il connaît aussi familièrement l'Evangile de saint Jean que les gestes romains ; on a pu s'en apercevoir.
Au temps de Claude Auguste César, il y a une grande per~ t sèctdion dirigée contre les chrétiens afin de les faire sacrifier. A ce moment, le bienheureux Eutychius prêtre était revenu à Ferento sur V ordre d'un ange ; mais Vangc lui ordonne maintenant d'aller ad civitatem Faleritanam auprès des martyrs
1 Gregorii Epist..'vin, 34,, Hartmann, ii, 37.
- On a signalé deux autres versions de la légende : l'une un peu plus courte [Codex Ultrajectinus Sci Salvatoris, 12 août 728, § 141; l'autre un peu plus développée [Codex Bruxellensis 9289 (du xn^ s.) f^ 180''. — Gat. Bruxelles, ii, 295, n. 92.J Ce sont les textes B. H. L. 3631 et 3632.
' Diehl, 112-113. — Cf. Gregerii Epist., éd. Migne, ix, 51, 69; vin, 18 ; XII, 12; VII, 3; i, 13 ; C. I, L., v, 7793.
* B. H. L., 2779 et 2780 [15 mai, 460 ou 458J.
152 TRAniTIONF; DE TUSCIE
GratilianJis ri, h'c.licissima : il y cr.li'Jjrc/ra las divins myslf-rcs (lu corps et du sang de. Nuira Saif/ncur J(''sus-('hrisl, puis reviendra (ad civitatern propriam Foreniinarii) à Verenlo^ ou il sera bienlâl couronné. EuUjchius se hâte donc d'aller au tombeau des martyrs, il y fait les divins mystères^ il y reçoit les remerciements des parents de Gratilianus : cest lui qui l'a converti ; puis il s en retourne. Les appariteurs du tribun Maximus V arrêtent. « C est toi., lui dit Maximus, le séducteur des mages ; toi qui détruis les commandements du prince Claude. » — « Vos idoles sont sourdes et muettes ; vous adorez des créations de l'homme et vous ignorez mon Seigneur Jésus-Christ. » Le lendemain Cévéque de Ferento, Denys, se présente au tribun: {il a appris l'arrestation d' Eutychius), (( Pourquoi tuer, lui dit-il^ un serviteur de Dieu qui prie pour toi et pour Vétat ? » Maximus le fait battre et cliasser de la cité, puis il tâche de séduire Eutychius ; mais en vain : Eutychius raille les idoles de bois et de pierre dont le psalmiste a dit [IIS ou 115,8^: similes illis fiant qui faciunt et omnes qui confidunt in eis ; il rappelle la parole du Christ [Mt. lOy I9\ : dum steteritis ante reges... et les promesses qu'il a faites aux siens [Mt. 16. 25, et 19, 29] : qui perdiderit animam suam propter me..., et qui reliqueritpatrem autmatrem ; il montre à Maximus qu'il y a une autre vie qui ne finit jamais. — « Sacrifie, et je f enrichirai ; sinon, par le salut de notre seigneur invaincu le pr'ince Claude, tu mourras. » — « Abandonne le culte des dieux, sinon tu brûleras au feu éternel, et tous tes pareils avec toi. » Beaucoup se convertissent, mais Maximus fait battre le saint ; il le fait suspendre sur le chevalet, et lui fait broyer la figure; il ordonne enfin qu'on le décapite hors de la cité. Eutychius demande aux spiculatores un délai pour prier. « Dieu tout-puissant, dit-il en se jetant à terre, reçois mon esprit et compte-moi parmi tes saints martyrs ; que tous ceux qui invoqueront mon nom et se convertiront partagent notre récompense , et, en ce monde, de quelque ennui qui les accable, délivre-les, Seigneur ! » Il fut décapité d' un seul coup , le jour des ides de mai, c est-à-dire le 15 mai.
Passion des saints qui ont été couronnés ensemble, Eutychius et Valentin prêtres, Hilaire diacre, Gratilianus et Felicissima, et les autres qu'il est trop long de dire.
L'évêque Denys, qui se cachait à cause de la persécution.