CHAPITRE Vil
TRADITIONS DE TUSCIE
{VIA CASSIA
LES SAINTS IRÉNÈE, DONAT, GAUDENTIUS, PERGENTINUS, DOMNINUS
Arezzo est le point d'attache de nombreuses légendes, apparentées aux gestes romains comme celles que nous avons rencontrées sur la voieCassia : elles ont elles-mêmes porté assez loin l'influence des légendes de Rome.
Au temps d'Aurèlien Auguste, il y avait une grande perse-
^ cution contre les chrétiens. Ayant appris que leur religion
était florissante à Toscanella (civitas tuscana), il y envoya un
vicaire nommé Turcius auquel il donna la dignité de préfet.
Turcius, arrivé dans la cité de Falisque, se mit à chercher les
' B. H. L., 4456 [3 juillet 640 ou 562].
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chrétiens ; lun d'eux, PrAix, les rassembla donc et les encoura(jea : « Ce nuage passera ; lâchons d'éviter les ténèbres êler' nelles ; mieux vaut un jour dans la maison du Seujneur (ia alriis domini) que des milliers (de pièces) d'or et d'argent. » — Félix est arrêté^ il comparait devant Turcius : « Quoique pécheur^ je suis prêtre du Christ, » — « Pourquoi réunis-tu le peuple^ pourquoi le séduis-tu et le détournes-tu d'obéir aux princes et à la tradition (disposiiio anliqua). » — « Cest notre vie de prêcher le Christ et d'arracher chacun aux idoles et de donner à chacun la vie éternelle. » — « Qu^ est-ce que la vie éternelle ? » — « Craindre et adorer Dieu., le Père et le Fils et l'Esprit-Saint. » On lui brise la bouche^ et il rend l'esprit ; son corpSy abandonné sur la place, est recueilli par un diacre Irénée et enseveli près des murs de la cité, au neuf des ka- Imides de juillet.
Turcius fait donc arrêter le diacre Irénée ; puis il va à Eusina, cité de Tuscie, où il reste plusieurs jours. Cependant la très chrétienne matrone Mustiola, une cousine (consobrina) de Claude, visite et secourt les chrétiens emprisonnés, les console^ leur lave les pieds, panse leurs blessures, les nourrit et les habille. Torquatus la dénonce à Turcius, qui est très irrité de ce quelle est parente de l'empereur Claude. Il la fait pourtant comparaître, admire sa beauté et l'interroge sur sa noblesse : a ISlotre noblesse, répond-elle, c'est V humilité des saints; le diable a poussé nos parents à la mort\ Notre Seigneur Jésus-Christ a daigné m' appeler, et avec moi tous ceux qui espèrent en lui. » — « Ne renonce pas à la noblesse de ton origine, » — « Si tu savais le don de Notre Seigneur Jésus- Christ, tu,aurais la lumière éternelle, » — « Qu'est-ce que la lumière éternelle ? » — « E esprit et la vertu. » — « Pourquoi visites-tu les prisonniers ? » — « Par amour pour Notre Seigneur Jésus-Christ. » — « Laisse cette folie ; obéis aux ordres du prince : sacrifie et jouis de tes richesses. » — « Tu blasphèmes sottement. » Turcius ordonne alors de décapiter tous les saints qui sont en prison et de suspendre le diacre Irénée sur le chevalet. Comme il l'invite à sacrifier, « es-tu donc devenu fou », lui répond le diacre ; et, tandis qu'on lui déchire les côtes avec les ongles de fer, il rend l'esprit en pré' sence de Mustiola. a Misérable, dit-elle à son tour à Turcius, pourquoi assassiner ainsi un innocent ? Ils vont à la gloire, toi au feu éternel. y> Turcius la condamne per inscriptionem,
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et elle meurt sous les coups le cinq des nones de juillet. Le serviteur de Dieu, Marc, la recueille et V ensevelit près des murs d'Eusinay où ses prières et ses miracles fleurissent jusque ce jour, par le Christ Notre Seigneur,
Le férial hiéronymien donne ', au IX Kal. decemb., le laterculus suivant :
E. in tuscia muscolœ felicis vitalis marociani bonœ facienti
W.in tusciascœ mustiolœ felicis vitalis marciani bonifaciani.
Il est très vraisemblable que cette sainte Mustiola est identique à la nôtre : toutes deux paraissent associées à un même saint Félix ; les gestes rattachent la sainte à la Tuscie aussi bien que le férial ^
Les gestes, en effet, citent la civitas tuscana, la civitas Falisci, la civitas Eusina. La civitas Falisci est évidemment la colonia Faliscorum qui est identique à Voppidum Falerii ^, dont il a été question plus haut à propos de Gratilianus-Felicissima, — Tillemont a identifié la civitas tuscana avec Sutri *, bien à tort. Il est sans doute préférable de songer à Toscanella qui s'appelait autrefois Tuscana : Pline, la table de Peulinger et l'Anonyme de Ravenne en font foi ^ — Il n'y a pas de doute, enfin, que Eusina doive être lu Clusina et d(^signe Cbiusi : quelques manuscrits ^ donnent Clusina ; d'autre part, on a trouvé dans une catacombe située à un mille environ de Chiusi, à Test de la porte di PaccianOj l'inscriplion suivante "' :
B ivLi^ M SANCTISSIME EX GENE RE MVSTIOLE SANCTiE ASINT^: FELICISSIMEQVE VIXIT ANNIS XXXVII POMPO NIVS FELICISSIMVS CONIV GI INCONPARABILl DEPOSl TA XIII KAL lANVARÏASDSOLIS
1 Rosai-Duchesne, p. 146. — Sur le Dom Mustiola, cf. Allard. II12. p.258.note 1
' Il n'est pas du tout sûr que Vitalis, Marcianus et Booifaciaous aient été associés à Mustiola. — Sur la date de l'anniversaire, cf. infra.p. 162.