LA CATACOMBE DE MUSTIOLA
1 Nobilis vasta nites rediviva an fabrica templi.
Egregia progenies ornarunt culmina pulchre. 3 Fulgidus vita plus Gregorius aptus ubique,
Hoc opus patrarunt Luitprandi tempore régis. 5 Tramite sat recto Ariadi pollet in alto :
Mustiola prœat, tu post gaudia illis 7 Celsus ubique suis concédât prospéra votis
Mox dabitur placide si nil dubitarit aberrans 9 Martyr, Arisebuti sis memor aima miselli.
Il s'agit, évidemment, de la reconstruction d'une église dédiée à sainte Mustiola par Grégoire et Arisébut. Ariald était sans doute évèque de Chiusi au temps de Liutprand.
Or, cette inscription est parente de celle qu'on va lire, et dont le vers 9 suppose nos gestes : ici et là, il s'agit d'une restauration d'église et d'un pieux Grégoire, dévot de Mustiola ; ici et là, le style est également barbare ^
1 C f Christe fave votis Gregorio et aucte conde * docis
L Quod Mustiolae obtulerunt martyre Ghristi,
3 V Hoc Tec. Menciburii sublata uetustas,
S Quœ meliore cultu noviliore redit.
5 I Cedit novitati diruti antiquitas ligni,
0 Pulchrius ecce micat nitentes marmoreis decus. 7 D 0 Mustiolae mérita veneranda quse fedis
1 Roseis uirgineis crocis amore paratus
9 G Novilior prosapia, qui et de Claudii prolem,
I Guius aulae mœnia a fundaraentis dicavil 11 ï Gregorius armipotens et robustissimus do.
La légende semble être antérieure au début même du vm^ siècle.
Elle nous est parvenue dans deux textes : celui qu'on a résumé a été imprimé dans les Acta Sanctorum ; l'autre, qui a été publié par Surius% et sans doute, comme il arrive d'ordinaire, retouché par lui, présente les caractéristiques suivantes : 1. Turgius n'est pas appelé vicaire ni préfet: 2. La
^ La seconde fait peut-être suite à la première. Elle était gravée sur le tombeau de Mustiola. Sur le Grégoire dont il est ici question, cf. l'inscription d'un ciboire de l'église de sainte Mustiola, à Chiusi : Xpe fabe uotis Gregorio et Ausfreconde docis... Temporibus Dni Liutprandi catholico régis.... Arc.adi presoli tempore (= a, 17 Liutpraadi) [Pizetti : Antich.. Tosc. i, 268 ; Troya 485; etc.. d'après Bethmann : Langobardiche Regesten. Neues Archiv., ni, 1878, 253]. Est-ce, ici et là, la même iuscription ?
2 B. H. L., 4455 TSurius, éd. 1573, iv, 76, ou 1618, vu, 75, ou 1877, vu, 105].
Lire Austreconde (?).
104 TRADITIONS DE TUSGIE
cité OÙ comparaît ot meurt Félix est citée ; on l'appelle Sutri ; 3. Irénée marche, enchaîné, depuis Sutri jusqu'à Chiusi, devant le char do Turgius ; 4. Torquatus n'apparaît pas.
Si l'on voit dans la civitas toscana de notre texte 4i.')0, la moderne Toscanella, on jugera sans doute qu'il est antérieur au texte de Surius : l'introduction de Sutri, qui caractérise celui-ci, dérive peut-être de l'erreur d'un copiste ; on se sera demandé quelle pouvait être cette civitas tuscana dont il était ici question, et Ton aura choisi Sutri au petit bonheur. — Il se peut aussi, du reste, que les deux versions soient à peu près contemporaines, et que Toscanella et Sutri se soient disputé le culte d'un compagnon de xMutiola. — Mais il se peut encore que le rédacteur de la version 4455 ait écrit vers 728, au moment où Sutri, enlevé par Liutprand, puis donné par lui aux bienheureux apôtres Pierre et Paul, a joué un si grand rôle '
Quoi qu'il en soit, la plus grande partie de la légende est identique dans l'un et l'autre texte : par ce fond commun elle est parente à' Eutychius et de Secundus. Ici comme dans SecunduSy il est question d'Aurélien ; le saint est dit parent de l'empereur ; un chrétien reproche au persécuteur d'assassiner un innocent. — Ici comme dans Eutychius, le narrateur s'intéresse à Faleri (Falisci) ; un personnage reproche au juge de massacrer les saints ; il est fait mention de l'empereur Claude. Ces coïncidences ne peuvent être un effet du hasard. Il est vraisemblable que 7rewee est à peu près contemporain àQ Secundus et Ôl Eutychius et qu'il est sorti du même milieu, au vu® siècle.
Il est très probable encore que le ou les rédacteurs de ces légendes étaient familiers avec les gestes romains d'origine lérinienne : n'est-ce pas là qu'il sont trouvé Turcius, et la formule si donum dei scirés ^ ? Mais peut-être ont-il pris directement ce dernier trait à l'Evangile de saint Jean.
* Bethmann : Lang. Reg., 89. Neues Archiv.^ m, 253. Cf. Hartmann, II, 2, 96-97. Et noter Timportaoce de l'exarque Eutychius à ce moment. Peut-être Eutychius a-t-il été retouché alors.
2 G. M. R., I, 311, n.4. 11 y a un Turgius dans les XII Syriens. Si donum Dei scires se lit dans Censurinus, etc.. — Il se pourrait que notre texte fût un remaniement d'une version rédigée à l'époque ostrogothique. On aurait retouché, au vu» siècle, la date de l'anniversaire, afin de conformer le texte h l'usage courant.
DONAT d'aREZZO 165
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a de ^^ y ^^^^^ dans la cité de Rome un enfant^ nommé Donat, lat qui avait été élevé par Pigmeniiis, prêtre de la paroisse du Pasteur^ et était devenu lecteur ; il avait eu alors pour camarade Julien qui avait été fait sous-diacre de V église romaine. Mais Julien, lorsqu'il est empereur^ persécute les chrétiens^ emprisonne Pigmenius et fait tuer les parents de Donat qui s'enfuit dans la cité d'Arezzo. Recueilli par le moine Hilarin, Donat vit avec lui, lui enseigne la doctrine de Pigmenius, ety malgré ses avis, se consume dans les jeûnes et les prières : il opère de nombreux miracles.
Cest ainsi qu*il guérit et convertit une noble pcCienne, Surana, dont les médecins n^ont su que manger la fortuné sans lui rendre la vue {elle était aveugle depuis neuf ans); Vèvéque Satyrius la baptise après quelle a btHsé ses idoles, Jupiter et Junon. A cette nouvelle, moi, Apronianus, je lui conduis mon fils Asterius, qui est possédé du démon ; il est également délivré. Pendant ce temps, Donat vit avec Satyrius, qui lui donne le rang de diacre ; de nombreuses années après, — un long intervalle est nécessaire, — il lui confère la prêtrise. Mais voici qii Eustasius j recteur de Tuscie et collecteur du fisc [exaLCiorïiscï) est saisi par les ennemis qui font invasion ; Euphrosyne, sa femme, cache V argent, mais meurt sans lui avoir dit ou elle Vavait enterré. Les principaux de la curie (principales curiae) décident donc d'envoyer Eustasius au supplice. Eustasius recourt aussitôt à Donat : Donat prie au tombeau d' Euphrosyne et une voix céleste lui révèle V endroit ^ Lorsque meurt Saty^
» B. H. L.,2289 [Mombritius, i, 234, sq]. — Le texte B. H. L., 2293 reproduit noire texte 2289 en l'encadrant du prologue et du dernier chapitre de Donat d'Euria [Cat. BruxeL, ii, 433, 3»1.
* Un trait tout à fait analogue noua est conté par Grégoire de Tours, à propos de Vitalis et d'Agricola. a Alius quoque tributa publica deferens sacculum pecuniœ dum iler ageret negligenter amisit. Appropinquans autem ciuilati recognoscit se amisisse sacculum publicum quod ferebat. Tune prostatus co-
166 TRADITIONS DE TUSCIE
rius, Donat est choisi pour le remplacer^ malr/ré sa résistance, par le peuple et le clergé qui le chérissent ; il va se faire consacrer à Rome par le bienheureux évèque Jules, et, de retour à Arezzo^ il offre le saint sacrifice de ordinatione sua. Un jour que le diacre Antime distribue au peuple le sang du Christ, les païens font irruption, le calice tombe et se brise ; une prière de Donat le répare, — seul^ un petit morceau na pas été retrouvé — ; les païens confessent la divinité du Christ, 79 ^ ou 89) d'entre eux sont baptisés. Mais, vingt-huit jours après, Donat est arrêté, au temps de Julien, par /'augustalis Quadratianus ; il refuse de sacrifier à Junon, et, après qu^ llilarin, fustigé, est mort, il est égorgé, le 7 des ides d'août.
Cette légende porte la marque de deux époques parce qu'elle associe à une tradition martyrologique, remontant au temps des persécutions, une tradition monastique qui date du temps de la christianisation. Saint Donat est attesté (au 7 des ides d'août) par le férial hiéronymien * : VEpternacensis semble l'associer à sept autres saints qu'il ne nomme pas, et qui peutêtre furent martyrisés avec lui ; les manuscrits des deux autres familles suppriment ces sept compagnons anonymes. — Mais ils appellent Donat episcopus et confessor : c'est peut-être qu'ils ont subi l'influence des légendes qui s'expriment ici dans nos gestes ; peut-être aussi Donat est-il un évêque ancien dont la légende aura fait un martyr. — Si le moine Hilarianus ou Hilarinus ne nous est pas autrement connu, quelques détails nous reportent au temps qui a suivi les persécutions : à deux reprises, le rédacteur nous parle d'irruptions ennemies. i\'y faut-il pas voir un souvenir des invasions barbares, de l'irruption des Ostrogoths ou des Lombards? Justement, on nous dit que plusieurs reconnaissent la divinité du Christ (deitatem Christi) : c'est un indice que l'auteur vit au temps où des Ariens sont établis auprès de lui.
ram sepulcris beatorum cum laerymis depreeatur ut perditum eorum virtute reciperet ne ipse coojuxque ac liberi ob id captivitati subigerentur. Egressus autem foris in atrium, virum qui hanc pecuniam in via jacentem repérerai naetus est : scrutatusqae diligenter iliius horae tempore hic sacculum invenisse 86 dixil quo iste martyrum auxilium flagitauit. » [Gl. M. 44. P. L., 71, 745-46. ou Krusch.517]. — C'est la même iiistoire, évidemment, qui se présente dans les deux textes sous une forme un peu différente. L'histoire du « sac retrouvé » fait pendant à l'histoire du « calice réparé . Ce sont des thèmes banals.
1 Rossi-Duchesne, p. 102, E : t aritio donati et aliorum vu ; — B : IN TUSCIA ciuitate Aretie Donati epi et conf. »