GAUDENTIUS, DONAT ET ALEXANDRE
toute la cité reçoit le baptême ; on élève une église en Ihon^ neur des saints martyrs Gaudentius et Ciilmatus, ou leurs prières procurent les bienfaits de Dieu, Ils ont souffert dans la cité d'Arezzo sous le prœses Marcellianus ; leur anniversaire est le 13 des kalendes de juillet^ tandis que règne Notre Seigneur Jésus-Christ, à qui honneur et gloire dans les siècles des siècles, Arne?!,
Gaudentius et ses compagnons sont parfaitement inconnus : on ne les trouve mentionnés ni dans le ferlai hiéronymien ni dans le calendrier populaire, ni dans Adon, ni dans Usuard, ni dans Notker.
11 est sûr que l'auteur connaît Donat, et il semble qu'il veuille présenter son texte comme la suite de Donat, Ici et là nous sommes à Arezzo, au temps de Julien : un saint évèque convertit les païens et guérit les malades au moyen du saint chrême. Selon Donat, l'évêque de ce nom est arrêté et mis à mort par V Augustalis Quadratianus ; et, selon Gaudentius, Y Augustalis Quadratianus est rappelé à Rome par Julien : on devine que le rédacteur de Gaudentius commence son récit au lendemain de la mort de Donat, d'autant qu'il nous montre le nouvel évèque caché dans les environs, crainte des païens. — Il ne semble pas, en revanche, que cette suite de Donat en soit contemporaine : on ne dit mot de Pigmenius, ni du titulus Pastoris, ni même de Julien ; c'est au roi très chrétien Valentinien, qu'on s'intéresse. Gaudentius doit être notablement postérieur à Donat.
Deux traits rappellent Alexandre de Baccano et Valentin de Terni ; l'évêque est arrêté avant la fin de la messe ; il opère une résurrection. — Chose plus intéressante : Texplication qu'on donne du nom de la villa Tuta rappelle l'explication^ qu'on lit dans Juvénal, de Nequina et de Naris ^ et celle que propose AbundiuS'Carpophorus du nom « territorium Salustianum ^ ». Abundius prétend aussi raconter la fin du paganisme aux environs de Spolète ; il nous signale aussi l'érection d'une église comme l'œuvre qui couronne et qui confirme la christianisation. Comme Gaudentius souligne l'obstination païenne d'Arezzo, Juvénal insiste sur la fidélité de Narni au
* Cf. supra, p. 86. note.
"^ Cf. supra p. 67-68.— Rapprocher aussi Gaudentius de Victorinus (turmae, turmatim ; rex).
172 TRADITIONS DE TUSCIE
paganisme. Peut-être Gaudentius date-t-il du début du vu® sièlc ; peut-être la rédaction du texte n'est-elle pas sans rapport avec un remaniement de Donat k ce moment.
rezzo
Gestes de ^^ temps de Dèce^ César de la ville de Rome (Decii caesaris Pergenti- urbis romse), les chrétiens étaient très persécutés. Comme il Laureoti- pci^'courait les villes et les régions avec ses conseillers et ses nus d'A- rninistri, il arriva à Arezzo. Un païen dénonce au conseiller liburtius, qui dirige la persécution, deux frères utérins. Pargentinus et Laurentinus : ce sont des nobles, des chrétiens, qui vont chaque jour à V école s* instruire dans les lettres et étudier à fond les préceptes du Christ ; si on les laisse faire, toute la cité est perdue. On les arrête, a Notre combat s'approche, dit Per gentinus à son frère... ; ne craignons pas ces tourm.entSy mais le supplice éternel: ils tuent le corps, ils ne peuvent tuer l'âme. Allons, parle le premier et réponds au juge : tu parles mieux que moi. »
— « Pourquoi abandonnez-vous les dieux qu adorent les très pieux empereurs, pour le Christ quont tué les Juifs? » — « Oui, nous ne connaissons d'autre Dieu que le Christ, fils du Dieu vivant, qui a fait le ciel et la terre ; vos dieux sont méprisables et sourds. » — « Quittez cette folie, ou vous mourrez dans les supplices. » Les saints, relâchés, prient chaque jour, convertissent beaucoup de païens, et, quand on les conduit de nouveau devant Tiburtius, déclarent qu'ils ne se soucient pas de plaire à César, mais seulement au Christ. Tiburtius, pris de colère, déchire ses vêtements et les fait battre; mais ils chantent, implorent le Christ et les bras des bour* reaux se dessèchent tout d*un coup, et ceux-ci supplient les saints de prier pour eux. Les saints prient, et les bourreaux guéris se convertissent. Tiburtius fait ramener en prison Per-
« B. H. L.. 6632 [3 juin ; 272 ou 266].
PERGENTINUS d'aREZZO 173
gentinus et LaurentinuSy qui chantent Domine Deus salutis nostrae ; un ange leur apparaît le troisième jour, et leur apporte un pain céleste ; toute la prison s'illumine, les geôliers dorment, les martyrs chantent. Bientôt les chrétiens viennent les visiter, et, parmi eux, leur sœur Pergentina : ils ont soudoyé les gardiens. « Nos seigneurs et pères (domini patres), disent-ils, la prison est ouverte, sortez-en : votre vie nous est nécessaire l » — « Loin de nous cette idée : nous ne voulons pas perdre notre couronne. Du reste, il y a ici un prêtre, appelé Cornélius y qui se cache crainte de Tiburtius ; tâchez de le trouver, et dites'lui toutes les merveilles que le Christ a opérées en vous : il vous baptisera dans Veau et V Esprit-Saint, comme il nous a baptisés. » — « Priez pour nous, disent les chrétiens, afin que nos âmes soient sauvées » ; et, après avoir été signés par les saints, les chrétiens s^en vont, trouvent Cornélius, et 60 reçoivent le baptême, « Vous pervertissez la cité », dit Tiburtius à Pergentinus et à Laurentinus, lorsquHl a appris la chose. — « Ce ne sont pas des maléfices, mais des bienfaits de Dieu (non maleficia, sed bénéficia Dei) qui ont produit ces conversions, » Lorsqu'on les met debout sur des charbons ardents, les charbons refroidissent aussitôt, et le peuple croit en Jésus-Christ ; lorsqu'on apporte un Jupiter, il s^ écoule à leur prière, comme du plomb fondu. Deux cents hommes se convertissent, mais les païens se précipitent sur les saints que Tiburtius condamne. Conduits hors de la cité, ils demandent aux soldats un instant pour prier, adorent le Seigneur qui les protège et lui remettent leur esprit : on les décapite enfin» Pergentina, aidée des chrétiens, les ensevelit près de la cité d'Arezzo, à environ mille pas, près du fleuve appelé Castro. Ils ont souffert le trois des nones de juin, tandis que règne Notre Seigneur Jésus-Christ à qui louange et gloire dans les siècles des siècles. Amen.
Le calendrier populaire, an III des nones de juin, donne : Apud Aretium Tusciœ, martyrum Pergentini et Laurentini * .
Ce sont évidemment les héros de nos gestes : ceux-ci fixent à
leur anniversaire la même date que celui-là. A cette même date du III des nones de juin, on lit dans le
férial hiéronvnien ^ :
2 RoBsi-Duchesne, p. 73-74.
174 TRADITIONS DE TUSCIE
E. apud arenum tusciœ laurenti et aliorum CCCC.