‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 4)Chapitre 63 sur 108 · HIC REQUIESCIT CORPUS S. DOMNINI MARTYRIS · texte numérisé non relu

HIC REQUIESCIT CORPUS S. DOMNINI MARTYRIS

Et, dès lors, le pays s'appelle S. Domninus, exinde locus idem nomine s. Domnini vocatur.

La seconde invention est rendue nécessaire par l'agrandissement de l'église : on ne se rappelle plus en quelle partie repose Domninus ; il faut une révélation du ciel pour l'indiquer au gardien. L'évêque de Parme accourt, on trouve le corps, des miracles illustrent et certifient l'invention qu'on en fait, une nouvelle église est construite et ornée laquearibus... et darietibus vaino picture génère ^

Les Bollandistes ont signalé et partiellement analye^é une troisième version - de la légende. Voici, autant que j'en puis juger par leur travail, quels caractères la distinguent. 1. Avant sa mort, Domninus mène dans la forêt la vie d'un solitaire, et c'est là qu'il reçoit d'un ange l'annonce du martyre qui l'attend : il distribue alors sesbiensaux pauvres. — 2. Domninus est l'ennemi de la rage. Il guérit un pauvre atteint de ce fléau, en lui faisant boire, monitu vocis cœlestis, son scyphits rempli d'eau. Lorsqu'à lieu la seconde invention^ une voix sort du tombeau et dit :

Quiciimque vénérait ad oratorium meo iiomini specialiter dedicatum atqiie coram altari prœcibus dévote prœmissis caliais mei poculum receperit reverenter, a prœdicto languore poterit liber ari.

1 Voici les caractéristiques moins importantes de B : c'est malgré le sénat que Dioclétien devient empereur ; la persécution de Dioclétien est la dixième qu'ait subie l'Eglise; l'empire est attaqué par Narreus, Persarum rex [Narsès ?] ; les voies Flaminia et Claudia ont été ouvertes par les consuls Flaminius et Glaudius; si Domninus s'enfuit, ce n'est pas qu'il ait peur.

2 B. H. L., 2267 [Codex Florentinus, cité 9 octobre, 988-990, §§ 5, 9-12; 991, §§ 14-15, « Gloriosus miles et martyr Christi Domninus natione romanus...

l'époque carolingienne 181

3. Après avoir battu Didier, Charlemagne va à Home ; mais, passant près du tombeau de Domninus, son cheval s'arrête subitement ; un ange révèle à l'empereur la présence du martyr. Charlemagne est nommé empereur à Rome par la volonté des cardinaux et de tout le concile. — 4. Charlemagne fait faire un calice où il incruste une dent de Domninus : qui en boit est à l'abri de la rage. T^es voleurs qui le dérobent ne peuvent le briser, et les tortures qu'ils endurent les contraignent à le rapporter.

Ces deux textes B et C attestent un état de culte notablement postérieur à celui que reflète A ; il est aussi évident que C est postérieur à Charlemagne. C'est dire que B et C remontent au VIII® et au ix® siècle, peut-être au début et à la lin de l'époque carolingienne. Justement quelques textes semblent attester à ce moment l'épanouissement du culte de Domninus.

Un diplôme de Louis le Pieux, daté de823, montre qu'unoratoire lui est alors consacré à Chiusi ^ Odon de Beauvais (?) raconte, sous Charles le Chauve, que saint Lucien a été délivré par saint Domninus ^. C'est enfin sous le nom de saint Domninus qu'apparaît, semble-t-il, au début du ix^ siècle, comme le veut B, l'ancienne Fidentia ^ Si l'on rapproche ces faits des

1 Ughelli, II, 95-96 [9 octobre, 991, § 16].

2 Codex Sci Maximi [1er janvier, 8 janvier, 462 et 465, §§ 5 et 20]. Il est certain qu'Odon connaissait notre texte. Voici quelques passages du sien qui attestent cette dépendance.

« Qui simul pergentes ac prasdicantes..., antequam Ticinum appropinquassent, quodam in loco non multum longe a civitate quae dicitur Parma, in via, visum est b. Luciano ut euaogelizaret populo eodem in loco verbum Dei... Sed homines loci illius, cum essent adhuc gentiles..., mox apprehendunt s. Lucianum et... posuerunt eum lu custodia publica quae adhuc hodie monstratur omnibus eo in loco transeuntibus... Orabat Domi- Dum... Erat enim ibidem iam Christi discipulus Domninus nomine, qui perfectus adhuc hodie confessor Christi in eodem loco pro talibus huiusce modi operibus requiescit in corpore gloriosus. Nam et ipse locus ex eius nomine aocabulum sumpsit... (Cum Domnino)..., quidam christiaoi... uenerunt nocte ad eum in carcerem... et absoluerunt eum de ergastulo... Inde Ticinum veniunt ad regiam Italiae civitatem.

« Erigens se sancti viri corpus exanime apprehendit propriis manibus sanctum caput abscissum, stabili gressu Spiritus Sancti gratia..., una cum ministerio angelico, ac si vivens..., iter plantis firmissimis carpere cœpit : portansque pretiosum caput.,. a monte quasi millibus tribus, trausvadato fluminis alveo, pervenitad locum quem elegerat, uno a praedicta urbe dislantem ferme milliario... »

3 Charte de Louis le Pjeui, de 830, citée par Campius : Historia Eccles. Placentinx, i [9 oct., 990, § 13] ; diplôme de Charles le Jeune, de 880, à Wibold,

182 TRADITIONS DE TUSCIE

textes d'Usuard, de Rahan et de Wandalbert qu'on a citcîs plus haut, on pensera que^ d'une manic^re qui nous écliappe, la conquête du royaume lombard par Cliarlomagne a contribué à répandre en Gaule la gloire de Dormiinus. Qui sait si ce n'est pas de saint Domninus que saint Denys de Paris a appris à porter sa tète coupée ^ ? Mais nous ne pouvons pas bien démêler ce qui se cache derrière ces récits d'invention de reliques et de guérisons d'enragés.

évoque de Parme [Ughelli, ii, 186, D, ou 148] ; diplôme d'Othon de 1003 [Ughelli, ir, 203, B] ; Liutprand : de rébus Imp. et reg., i, 11.

* Noter que saint Denys et saint Domnin sont vénérés le même jour, 9 octobre, et que c'est Hilduin qui raconta le premier l'épisode de la céphalophorie [Tillemout. iv, 712], — D'après les gestes de Fuscien et de Victoric, ces deux saints ont accompagné saint Denys de Rome en France, en même temps que Lucien de Beauvais, Crépin et Crépinien, etc.. [Tillemont. iv, 443]. Sur Lucien, cf. Tillemont, iv, 537 ; sur Denys, cf. Tillemont, iv, 439; Julien Havet : Questions Mérovingiennes, i, (1896). 191. Tous ces textes sont apparentés, au moins dans certaines versions.

Les diplômes de Gui et de Lambert reflètent Timportance persistante du Parmesan à la fin du ixe siècle [Schiaparelli : / JDiplomi di Guida e di Lamberto. Roma, 1906. 9. 44, 76, 77, 105].

Rapprocher le calice miraculeux de Domninus des autres calices mentionnés, supra, p. 168, note 'd.

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