FAUSTIN ET JOVITE DE BRESCIA
Le comte Italiens en informe Fanstin et Jovite par l'intermêliaire de TiheriuSy et, comme ceux-ci raillent les dieux, il les miprisonnc en attendant l'arrivée d' Adrien. Conduits en sa oj'èsence, Faustin et Jovite persévèrent dans leur attitude y reluisent en cendres une statue du soleil, bravent les hêteSy les lionSj les léopards, les ours, les lames ardentes. A cette noul'elhj une certaine Afra va se jeter à leurs pieds, ils Vinstrui- >ent de la religion et elle va se faire baptiser par Vévèque Apollonius. 8 000 personnes suivent son exemple, après qu'elles ont vu Faustin et Jovite dompter des taureaux par la puismnce du signe de croix : Apollonius les baptise et les taureaux adoucis retournent au pâturage sans toucher personne, i?/ Faustin et Jovite, ramenés dans leur prison, sont environnés d'une lumière céleste. Pourtant, Adrien les tente encore ; comme ils refusent d^ adorer les idoles sourdes et muettes, ils wnt jetés au feu, mais ils prient, les mains étendues, et le feu les respecte ; la grâce divine empêche les ministri de les écor- :her ; le duc des soldats (dux mililum) Calocère confesse alors le Christ. En vain on leur coule du plomb fondu dans la bouche^ en vain on les jette dans une fournaise: ils refusent le sacrifier ; enfermés dans un cachot scellé de Vanneau de l'empereur, ils en sont miraculeusement tirés par les anges )ui les mènent à Apollonius, et Apollonius confère à Faustin la prêtrise, à Jovite le diaconat, le baptême à une multitude innombrable, dont Calocère et ses bureaux (ofticiumj, Fu- \neux, Adrien livre Calocère à Sapritius, primicerius scholœ :andidatorum, afin que celui-ci le fasse supplicier lorsqu'il ira dans les Alpes Cottiennes ; et, de fait ^ Calocère est décapité -i Albenga où il repose et où il comble de bienfaits ses fidèles ; les employés de ses bureaux sont décapités hors des murs.
Cependant, Faustin et Jovite ont été reconduits par les anges dans leur cachot, sans que le cachet de r empereur fût brisé, et là ils reçoivent la vision d\i Christ lui-même. Antiochus , mr l'ordre d'Adrien, les condidt à Home, c'est-à-dire au pont Milvius au moment où Adrien réside à Lubras ; la vue de la foule qui se presse autour des saints l'exaspère, il ordonne au garnie Aurélien de les conduire à Vintérieur du palais ; mais \les chaînes de feu enlacent Aurélien lors ([u il veut contraindre les martyrs à venir et à sacrifier. Le lendemain, Adrien envoie, donc Calimère afiin quil amène cette fois les saints ; ceux'ci sont, en effet, conduits au palais et, quand le démon saisit
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AiirHien, ils consentent à le chasser, à la prière d'Adrien ; ils chassent de même les démons qui ont saisi les ministri dAdincn, au moment où celui-ci offre un sacrifice au Capi~ tôle, ils les convertissent et les baptisent. Adrien pourtant reste impitoyable ; il fait mettre à mort les ministri, et expose aux bêtes Faustin et Jovite qui baptisent la foule de ceux qui se convertissent et les confirment et leur donnent le corps et le sang du Seigneur. Sur leur indicatiouy Calimère converti est ordonné évêque de Milan par le pape Télesphore qui, par crainte des païens, se cachait parmi les sépultures des martyrs au lieu qui est dit Catacombe ; mais arrivent des ministri d'Adrien qui emmènent Calimère au palais. Adrien, cependant, pousse jusqu'à Naples y torture en vain Paustin et Jovite, et, lorsqu'il veut les faire noyer en pleine mer, les voit marcher sur Veau et, à son retour, les trouve sur le rivage évangélisant le peuple. Il les fait alors conduire à Brescia par Aurèlien : au passage du Pô, une voix céleste les avertit qu'ils mourront dans sept jours. Apollonius leur donne le baiser de paix ; ils sont mis à mort hors de la ville, le long de la route de Crémone, le XV des kalendes de mars *.
1 Le texte ici analysé [B. H. L, 2838] est le texte que, d'accord avec le R. P. Savio, nous Dommons le texte B [15 février 813 ou 814]. Le R. P. F. Savio S. J. a publié une importante étude sur notre légende dans les Analecta Bollandiana, tome XV (1896), p. 5, 113, 377 : pour lui, A et B sont des abrégés du lonf? texte cyclique C, et ce texte cyclique G a été rédigé aux environs de l'an 800, au temps du roi Didier.
Ces conclusions me paraissent très douteuses. Les raisonnements de Savio supposent qu'il n'y a jamais eu plus de trois textes, ceux qui nous sont parvenus. Je crois le contraire ; et c'est par ces autres textes dont je suppose l'existence, que j'explique, aussi bien que la rédaction de Cl, les obscurités et les particularités de A et de B. Voici pour quelles raisons j'admets l'existence d'autres textes que A, E, G.
1 B utilise un poèm»?, à nous inconnu, qu'écrivit peut-être un certain Faustinus de Brescia, lequel aurait vécu entre 451 et 679. Savio lui-même le reconnaît [Analecta, xv, 16-19) *...
2. Walafrid Strabon (+ 849) a puisé à un autre texte que les nôtres. Savio lui-même le reconnaît encore (Anal., xv, 23) **.
* Dans la finale de B, on croit trouver les vestiges d'un poème ; de même en d'autres passages. En voici quelques-uns : « orationem fuderunt Domino gratias refereotes, moxqiie gladio pleoci,... mortis pro Domino debitum reddiderunt, sanctas quoque reddentes animas astris, corpora vero terris, de terrœ corpore sumpta ; purpureo namque suo sanguine passum Christum Dominum vénérantes gloriosi martyres effecti ; cum autem navigassent biduo, iam lucescente die tertia, requiescentibus navibus, cœperunt universa gênera musicorum clangoribus resonare. Tune quoque tuba rauca altaque reboans \ oce, /îstula etiam cum citharis clamantibus œthera pulsatit... » Le P. Savio a reconstitué quelques vers de cet hypothétique poème.
** Le petit poème de W. Strabon est édité dans les Mon.Germ. Hist. Poètes latini m^edii œvi, ii, 409, Walafrid célèbre Marcien de Tortone ; il dit
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Nous possédons deux autres versions de la même légende : lune plus courte *, qui commence parles mots Beatissimi viri F. cl J, nobilissimis in civitate Brixiana orli parentibus et que nous appellerons A ; l'autre, plus longue-, qui débute par les mots lïi diebus illis venie)ile Adriano imperatore 'm partibus Italiœ et que nous appellerons C, désignant par la lettre B le texte que nous venons d'analyser : dum crebra ss, mm. acia revolvimus...
Notker et Usuard connaissent Faustin et Jovite ^
Angilbert II, archevêque de Milan (824-860), transporta le corps de Calocère entre Gôme et Lecco, au monastère de Civate. Nos textes ignorent tous cette translation *.
L'évêque Rampert de Brescia (820-847) fait allusion à la légende de Faustin et Jovite dans le discours qu'il prononce en 838 à propos de la découverte et de la translation du corps de Philastre : il oppose aux saints qui ont instruit la ville par leur prédication (Philastre), ceux qui l'ont édifiée par leur martyre (Faustin et Jovite ^).
3. A et B se contredisent deux fois : A fait d'Afra la femme du comte Italiens ; B nous la présente comme une mulier gusedam ; — A fait mourir Calocère à Milan ; B fait mourir le même Calocère à Albenga. Si donc A et B, comme le veut Savio, sont des abré-iés, ils ne peuvent pas dériver d'un même texte; il y a eu plus de trois textes.
4. Plus précisément, il faut dire que B ne peut pas être un abrégé de C : d'après C, Afra est lemme d'italicus; d'après B, c'est une mulier quœdam. Il semble que B et C dépendent indirectement d'une source commune qui mentionne le titre de Sapricius primicerius scholœ candidatorum, la halte à Lubras, le voyage à Naples et le martyre de Calocère à Albenga. Il faudra donc user de prudence pour déterminer le rapport de nos trois textes : ils ne sont pas isolés, il y en a eu d'autres.
D'une manière générale, je considère comme assez improbable qu'un texte cyclique ne repose pas sur des textes antérieurs qu'il coud l'un à l'autre; d'une manière générale encore, j'estime qu'une légende ne peut pas s'être fixée du premier coup dans un texte arrêté et qu'elle s'exprime par des rédactions à peu près contemporaines et sensiblement divergentes : les textes vulgates qui nous sont parvenus ont éliminé et comme absorbé d'ordinaire ces autres textes.
' B. H. L. 2837. 15 février, 809 et 810.
■■i B. H. L. 2836. Savio : Analecta Bollandiana, xv, 65-72 et 113-159.
3« Civitate Brixia sanctorum marlyrum Faustioi et Joviae uirginis » \P. L., 123, 763 764. — Cf. P. Z,., 130, 1044]. — Le calendrier populaire et Adon ignorent ces saints.
* Chronicon extravagans (Geruti : Miscellanea di Stor. ital., vu, 562), d'après Savio, loco citato, p. 24-25. Cf. Analecta, xvii. 234.
s Brunali : Vita o Gesta dei santi bresciani (Brescia, Venturini), 1854-1856 ; cité par Savio, loco citato, p. 21-22.
qu'Adrien envoya Saprice de Rome (et non pas de Milan) et que Marcien est mort du tourment des fers rougis au feu (et non pas décapité).
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]i est probable que nos textes sont antérieurs à 838 ; — et il est très vraiscniblal)lc, également, qu'ils sont postciiieurs à ij.')3, et niôine à IjOS.
Le comte Italicus va au devant de l'empereur jusqu d l'Adda, mais pas au delà; au moment où écrivaient nos auteurs, TAdda était donc limite de province. Or, au temps des Lombards, et peut-être auparavant ', l'Adda séparait la Neustrie de l'Austrie.
D'autre part, nos textes mentionnent la province des Alpes Cottiennes et y font rentrer Albenga, Asti et Tortone. Or, nous savons que, lors de la restauration de l'autorité impériale en Italie, vers 552, le nom d'Alpes Cottiennes a été donné à une province qui comprenait toute la Li^^urie actuelle avec Gèn« et Savone, plus Bobbio et Tortone ^
Pour préciser davantage, il faut envisager nos trois textr séparément.
Le texte cyclique C est notablement plus long que B : il accroche à notre légende la légende des saints Marcien de Tortone et Second d'Asti^; il introduit l'épisode d'Orphetus, il appelle Antiochus/^r^^e^ Alpium Cottiarum ; il raconte qu'Ita-
1 Paul Diacre : Hist. Longob., ii, 14 (M. G. — Scr. r. lon^. 81). Cf. Cipolla : Appunti sulla storia d'Asti (Venezia, Antonelli, 1891), p. 40; et Savio, loco citatOf p, 26-27.
2 Je n'ignore pas les polémiques provoquées par le fameux texte de Paul Diacre, ii, 16. Contre Mommsen (Corpus I, L. v, 2, 810), je crois avec Paul Fabre (Mélanges d'archéologie et d'histoire, 1884, 390) que Paul Diacre ue s'est pas trompé et que la province nouvelle date à peu près de la pragmatique. Noter que, en 576, l'aucienoe province des Alpes Cottiennes (SubC, Embrun) est passée sous la domination des Francs.
3 Analectay xv, 133 et 30 mars 797. Sapricius envoyé par Adrien dans le? Alpes Cottiennes à la place d'Antiochus avec mission de tupr les chrétieDs arrive à Asti chez Secundus. Mais Secundus, qui visitait Galocerus daaa sa prison, est secrètement devenu chrétien de cœur; après avoir pris congé de lui, il accompagne Sapricius qui va à Tortone afin déjuger Martianus. Visitf'i par une colombe et par des anges, il passe le Reno, le Burmina (?j, arrive avec Sapricius à Milan, visite dans leur prison Faustin et Jovite qui le baptisent avec l'eau d'un nuage miraculeux, traverse le Pô et arrive à Tortone, toujours escorté par des anges. Il visite Martianus qui prend le corps et k sang du Seigneur et qui comparaît bientôt, au temple de .Tupiter, devant Sapricius : il refuse de sacrifier, il est décapité, et Secundus ensevelit soc corps. Sapricius l'apprend : Secundus reste ferme dans la foi ; s'il est tortur les auges le réconfortent et le fout échapper. Sapricius court alors à Asti oi il retrouve Secundus dans la prison de Calocerus : il envoie Calocerus à Al benga et l'y fait tii«r, il fait décapiter Secundus et il informe Adrien de le mort de Martianus, de Secundus et de Calocerus. — Il est possible, probabit même, qu'il a existé des gestes séparés de Marcianus. Cf. infra, les geste; d'Inaocentius.