PAULIN DE LUCQUES
Et d'où vient l'idée de la translation miraculeuse ? Peutêtre de Vitus, peut-être d'Eleufhère ou de liestitiita. Notre auteur devait connaître les légendes d'origine grecque : il uti- WsQ^Erasme ; et les promesses de l'ange à Celerina rappellent des traits de ce genre qu'on trouve dans les textes grecs. Ce qui confirme la date que nous avons proposée pour Torpes.
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es
Le Seigneur miséricordieux a daigné descendre du haut des de deux dans le sein de la Vierge pour éclairer le monde; il revient des enfers et monte au ciel dans notre chair. Pourtant^ beaucoup de rois et de princes de la terre nient que Jésus- Christ Fils de Dieu soit le vrai Dieu et Sauveur du monde ; ils nient.,, la Trinité suprême et inséparable (màWxàwd). Parmi leur troupe impie, Néron s'élance, comme du carquois de Satan, pour torturer les adorateurs de Dieu. Il fait construire en Tuscie, dans la cité de Pise, à Ventrée de la porte Latine^ à la tête du pont de VAuser, un très grand temple de Diane qu'il orne magnifiquement ; il fait faire une statue de Diane en or et en perles qu'on adorera tous les jours : les traits et les yeux semblent vivants ; elle est fixée au sommet du temple (?) (in vultu). Puis il ordonne quon construise un ciel d'airain supporté par 90 colonnes de marbrcy hautes de 100 pieds : il en tombe une eau qui semble être la pluie. Des lampes et des miroirs et des quadriges imitent le soleil et la lune et le tonnerre... Mais ces machines se brisent. Cependant V empereur veut faire reconnaître par tous la grandeur de Diane, mère des dieux^ et il envoie un édit dans toutes les provinces pour que les chrétiens sacrifient à DianCy ou meurent dans les supplices,
parricides ? — L'écroulement du temple fracassé par Dieu n'a-t-il pas été suggéré par l'histoire de Samson ? Cf. Bestituta, Amsanus et Tobit. — - Noter qu'Erasme rappelle parfois Vincent fies poids de fer dont on charge le martyr], — Torpes rappelle encore Sabinus, Grégoire, etc.. Sur le mot com^ manere, cf. Zeumer, p. 476 et Fustel de Coulanges : Alleu et Domaine rural^ 418-453.
» B. H. L. 0555 [12 juillet, 208 ou 256]. .
212 TRADITIONS DE TUSCIE (VIA AIIHELIa)
En ce temps'lày dans cette même province, dans la cité de LucqueSj il y avait un évêque Pauimus qui avait été ordonné par saint Pierre et qui amenait beaucoup [de païens) à la connaissance de Dieu: assisté des prêtres Sévère et Antoine^ il leur confère le baptême au nom du Seigneur^ et consacre sept églises et ordonne des prêtres et des clercs. Les appariteurs de Néron^ quon a prévenus, le trouvent en compagnie de Sévère et du diacre Luc et du soldat Théobald : ils chantent des psaumes dans V oratoire [? cella) qui est dédié à la sainte et inséparable Trinité, à la Croix sainte et vivifiante^ à Marie immaculée mère de Dieu, et à Etienne protomartyr, Paulin remercie le Christ et réconforte ses frères : « Déjà nous tenons la vie éternelle ; n ayons pas peur. » — « Vous adorez un crucifié, leur dit Néron, quand on les introduit en sa présence ; vous détruisez le culte des dieux qui chaque jour font progresser Vétat. » — (( C^est sagesse de renoncer aux idoles et d adorer le vrai Dieu, qui s'est incarné. » — « Sacrifie à la grande Diane, » — « Je me sacrifie, en effet, moi-même, victime immaculée, au Seigneur mon Dieu Jésus-Christ que je sers en esprit. » On les frappe ; leur sang coule à terre ; et ils ne cessent de bénir Dieu tout-puissant. Père du Seigneur Jèsus-Christy qui leur a don7ié part, avec les saints martyrs, à la résurrection, à la vie éternelle, et à V incorruptibilité de l'âme et du corps. Enfermés sans nourriture au fond de la prison, ils chantent : propter hoc dilatatum est cor meum, et, trois jours après, bien que V empereur jure sur le salut des dieux de les livrer aux bêtes, ils refusent de se sauver en sacrifiant. Ils font le signe de la croix {dans r amphithéâtre), lèvent les yeux au ciel et prient Dieu de ne pas livrer leurs âmes (animas^ aux bêtes ; et celles-ci, subitement adoucies, leur lèchent les pieds et les mains. « Que sont ces maléfices (maleficia), dit Néron, — « Ce sont des bienfaits (bénéficia; de Dieu : crois en lui, fais pénitence pour le sang des saints que tu as répandu et tu obtiendras la vie éternelle. »
Le comte Anolinus, à qui V empereur les a envoyés, les eni" prisonne, Paulinus prie Dieu de conserver et d^accroître la foi du peuple de Lucques (populus lucanus) et des églises qu'il a fondées, par JésuS'Christ, Sauveur du monde ^ qui est coeternel au Père et au Fils, et vit, et règne dans les siècles des siècles, c( Ta prière est exaucée, lui dit un ange. Demain tu mourras martyr ; ton corps sera enseveli à Lucbues, dans
r église de la sainte Trinité que tes mains ont consacrée. Tu seras le patron de la cité ; grâce à toi les ennemis ne pourront jamais la détruire. Remercie Dieu. » — Le lendemain^ en effet, Anolinus le fait comparaître ; il refuse de sacrifier à ces démons que sont les dieux; et après qu'on a triplé ses tourments et qitil a prié Dieu de recevoir son esprit, il rend l'esprit, ainsi que Sévère ; quant à Théobald et aux autres, ils sont décapités ; et Anolinus, bientôt après envoyé à Milan^ y fait périr Nazaire et Celse, Gervais et Pilotais. Le lieu où sont morts Théobald, Luc et les autres n'est pas très éloigné de r endroit quon appelle latus historise leonum ; le glorieux confesseur du Christ, Antoine, l'apprend, et malgré la défense d^ Anolinus, il les ensevelit la nuit avec l'aide de Valerius et de Victor, de Lucien et de beaucoup d'autres. Les corps de Paulin, Sévère et Théobald reposent dans des sarcophages noirs à Lucques^ dans V église de la Trinité^ au midi, dans la partie de Porieiit ; les autres corps sont {conservés) à V endroit Gif ils ont été décapités. Us ont été martyrisés au pied de la montagne de Pise, par le comte Anolinus, sous V empereur Néron, le quatre des ides de juillet. La translation des saints a été opérée le jour des kalendes d'avril, tandis que règne Notre Seigneur Jésus-Christ.
Le patron de Lucques, Paulinus, est plus mal connu encore que Torpes ; il n'est mentionné ni dans le férial hiéronymien, ni dans le calendrier populaire, ni dans Adon, ni dans Notker. C'est sans doute le saint local.
La légende est évidemment calquée sur Torpes ; à la fin, on a cousu quelques détails empruntés à Gervais-Protais^. Peutêtre le rédacteur inconnu a-t-il pris certains traits à Secundianus [nosmet ipsos offerimus) et à Susanne (pénitence du sang des saints) et à Pergentinus, Gratilianus ou ÏMcie [bénéficia maleficia]. Noter q\ï£utychius précise, comme Pau li7îus,ïemplacement des sarcophages, etquelesdeux textes sont parents de Gratilianus et de Torpes : tous ces gestes forment groupe-.
A quelle époque écrivait l'auteur? — Puisqu'il utilise Torpes, il ne peut guère être antérieur au début du vu" siècle. Le nom de Théobald, l'église dont il cite le nom compliqué, ces deux faits nous invitent du reste à ne pas remonter plus haut.
J'attire particulièrement Tattention sur le nom de l'église :
* Cf. supra, p. 203, pareille observation à propos d'Innocentius. ^ L'auteur semble encore connaître Sébastien [utilité politique de la piété], Grégoire de Spolèle [animae].
214 TRADITIONS DE TUSCIE (viA AURELIA )
elle est dédiée ad honorem sanctœ et individus Trinitalisy sanclcB et vivifiCéE Crucis, ad honorem interner a tœ virginis Mariée genitricis Dei et Doniini Nostri Jesu Christi et sancti Stepkani protomartyris. Nous connaissons un texte latin, modelé sur les gestes de Ccsaire, qui conte la translation à Rome d'Etienne protomartyr ^ : il date sans doute du vu* siècle. Le culte de la sainte Croix a pris, à cette même époque, un notable accroissement : on connaît les campagnes entreprises par Heraclius afin de la recouvrer et la fête de l'Exaltation de la Croix établie à Rome par le pape Serge [687-701 ] ^
La dernière phrase nous parle d'une translation opérée le jour des kalendes d'avril ; mais loin de nous apporter aucune lumière, elle pose un problème ; et je ne vois pas comment le résoudre. Peut-être avons-nous ici une trace de la réorganisation de l'église au temps de Rothari ^ Peut-être le texte estil apparenté à Domninus : ici et là, l'hagiographe nous parle de certaines translations mystérieuses ; il parle, ici et là, une langue théologique d'une précision afîectée ; ici et là, le saint réconforte ses compagnons. Paulinus doit dater du vu® siècle.
Il est, à tout le moins, très certain que le texte remonte à une époque troublée. Dieu promet a Paulinus : te ibi existente patrono, ciuitas illa manibus hostilibus nullo tempore destruetur . Le patronage de Paulinus était alors considéré comme très utile à la ville de Lucques : c'est donc qu'elle en avait besoin.
Saint Grégoire nous conte une courte histoire qui, de son temps, courait à Lucques. C'est la preuve que, à Lucques aussi, dès ce temps, les légendes locales étaient en formation. C'est une confirmation de notre hypothèse touchant la date du texte.
Frigdia- Il y a deux ans, raconte saint Grégoire, Venantius, Vèvêque
nus de deLuna, m' a raconté le miracle suivant qu opéra Frigdianus,
évêque de Lucques, Le fleuve Auseris déborde souvent ; aussi
les habitants de la vallée tâchaient-ils de le dériver sur d'au-
* B. H. L., 7878,... \Cat. Brux., i, 70]. - Cf. G. M. R., i, 388.
2 L. P., 1, 374.— Cf. G. M. R. i, 373, n. 4. On ne sait rien de Lucques depuis le siège qu'elle a soutenu contre Narses, en 553 [Agathias, i, 12-17]. Cf. Hartmann, i, 339 et C. I. L., xi, i, 296. — L'évêque de Lucques signe au concile de Rome de 649 [Hartmann, ii, i, 268].
3 irest peu vraisemblable qu'on ait attendu jusqu'au temps de la translation de:i261 [B. H. L., 6556] pour démarquer Torpes. — Il y avait à Lucques, au vu» et au viii^ siècle, une école épiscopale [Hartmann, ii, 2, 27]. Serait-ce le berceau de ces légendes et des légendes apparentées.
* Dialogi, m, 9, [P. L., 77, 233). — Cf. Flodoard : xiii, 1 [P. L.,si35, 845].
AMSANUS DE SIENNE 215
très pays y mais en vain, malgré leurs efforts. Alors V homme de Dieu Frigdianiis se fit faire un petit râteau^ se mit en prière et commanda au fleuve de suivre son râteau^ partout où il le promènerait. Le fleuve quitta son lit, s'en creusa un autre ou le lui avait commandé Frigdianus et cessa d' endommager les récoltes. »
Ce saint cvêque Frigdianus est absolument inconnu. Le récit de Grégoire Je Grand a formé le fond d'une légende * qui célèbre ses vertus. Le saint est censé venir ex Hibernia Scotiœ insula ; est-ce un souvenir de Colomban et de ses disciples ? Lucques n'est pas fort éloigné de Bobbio. Un diplôme du 20 janvier 685 mentionne un monastère lucquois de saint Fricdianus- (sic) ; au temps de Charles et de Pépin, Tévèque de Lucques Jean a fait construire à Fricdianus un magnifique tombeau.
Le texte se rencontre dans des manuscrits du xi** siècle. — On n'y insiste pas davantage parce que la légende est de formation récente et qu'elle est étroitement liée à celle de Finianus, episcopus iMagbilensis^, dont l'étude est extérieure à notre objet.
On raconte dans les gestes divins que, s'il est bon de cacher les secrets du roi, il est glorieux de révéler à tous les merveilles du Dieu tout-puissant. C'est pourquoi, dans la mesure de nos faibles forces^ confiant dans la miséricorde de Celui qui récompense les bons et rachète les péchés, je vais dire quelquesunes des merveilles que Dieu a opérées par le bienheureux AmsanuSy martyr. Comme Dioctétien commandait pour la
* Codex Ambrosianus, B. 55, inf. (du xi« eiècle) f» 228"^ \Analecta, xi, 262- 263] : c'est le texte B. H. L., 3175 {Summœ Trinitati..,] Cf. trois autres textes dans Golganus : Acta Sanctorum ueteris et maioris Scotise seu Hibernix, i, 634, 638, 640 (Louvain, 1645, in-f). [B. H. L., 3174, 3176, 3177].
2 BethmaDD : Lnngob. Regest. Neues Archiv., m, 239-240.
^ Noua Legenda Angliœ [Londre», 1516, 10-40]. fo 147. B. H. L. 2990.
* B. H. L., 515. Cat. Brux., i, 129. D'après le Codex Bruxellensis 206. du nue siècle ; fo 137.
216 THADITIONS DE TUSCIE (viA ATIRKLIA;
septième fois dans nome [imporante seplies], il y avait à Home un noble y Tranquillinus, dont le fils Amsanus servait Dieu depuis son enfance. Il était né à Rome et élevé parmi les scholares. Un jour, comme il avait douze ans, il s'enfuit à V église, cherchant un prêtre pour se faire baptiser. Le prêtre Protasius, prévenu en songe par un ange, se réveille^ va au secretarium oh jaillit, dans une odeur d'aromates^ une fontaine d'eau pure ; il y célèbre les choses de Dieu [ea quae Dei sunt] et baptise Amsanus : la chrétienne Maxima, qui était du territoire anacritain % devint sa mère du baptême [mater de baptismo efîecta est], et y dès lors, ils n'ont qiiiine âme.
La treizième année de V empire [XI 11 anno imperii...] desdits empereurs, une cruelle persécution survint : dans toutes les cités, tous les bourgs [vicus], toutes les demeures, on élevait des statues à Jupiter, on mettait à la torture quiconque nommait le Christ, A ce moment, Amsanus vivait chrétiennement, en secret, depuis sept ans ; il avait dix-neuf ans. Il se mit donc à réfléchir sur Dieu, et dit : a Tirai, je dirai aux empereurs que j e suis chrétien et que je désire mourir pour son nom [pro illius nomine mori desidero]. >) // va trouver Maxima, sa mère par le baptême ; comme elle partage son désir, ils vont tous deux se livrer. Mais ils guérissent un aveugle en route et sont dénoncés par un scélérat aux sérénissimes augustes, « Nous sommes nés de parents libres [ingenuis], comme Vatteste toute notre parenté de cette ville [affinitas nostra in hac urbe]. » — « Vous confessez le Crucifié, vous raillez nos dieux. Sacrifiez ou mourez, » — « Vos dieux ne sont propices ni à eux-mêmes ni à leurs fidèles. Jésus-Christ nous favorise, au contraire ; nous nous livrons aux supplices pour V amour de lui. Nous Vinvoquons pour quil nous appelle à {partager) sa gloire... Votre Jupiter [Jovis] nest rien ; ce n'est pas lui qui a fait le monde ni l'homme, cest le Dieu tout-puissant, Père de Notre Seigneur Jésus-Christ ; comme le prophète le dit, cest le diable qui a trompé l'homme et Va poussé à adorer des dieux en bois. » — « Vous n'êtes pas ici pour parler des prophètes, mais pour sacrifier. « — « Nous croyons en JésuS'Christ, l'ami de la chasteté et de la pudeur ; nous sommes prêts à souffrir le feu et les fers. :» 0?? les enferme ; mais ils prient le Seigneur '.VrohdisW, Domine, cor nostrûm...; une odeur suave emplit la prison, une voix leur
1 Faut-il lire tanagritain ? Cf. Vitus'B, G. M. R. II, 169,'176.
dit: Gaudete in Domino semper..., quia... meruistis accipere quod nec oculus uidit nec auris audiuit... Et les martrjrs s agenouillent et remercient Dieu et chantent avec David : Exaudi, Deus, orationem meam... ; ne derelinquas nos usque in line. Pendant leur sommeil un ange leur apparaît qui leur dit : « Confiance^ Notre Seigneur Jésus vous appelle à la vie éternelle. î)
Comme ils comparaissent le lendemain^ et persistait dans leur foi, on les sépare, AJaxima, restée seule, refuse de se laisser fléchir et rappelle David, qui dit : Simulacra gentiuni argentum et aurum ; elle rend Vesprit tandis quon la roue de coups de hdton. Amsanus s'enfuit de sa prison, arrdve à la ville [urbem] qui est appelée Balneum Regense, Là, le Seigneur lui apparaît et lui dit : c< Tu as rejeté les démons ; je ferai de toi une colonne de mon temple, une porte de la vie éternelle. » Deux mois après, il arrive à Sienne [in oppidum Senense] et ij opère beaucoup de merveilles. Le proconsul Lisias y érige les idoles d^ Hercule, Jupiter et Saturne et lui commande d'y sacrifier, ainsi que le lui ont ordonné les cm" pereurs, « Pourquoi ne sacrifies-tu pas ? » — c< Bon pour toi d'adorer des dieux qui ne peuvent rien pour eux ni toi. J'adore Jésus-Christ. Et qui donc tes statues représentent-elles ? Méritent-ils le respect, ceux-là ? » — On le jette dans une {chaudière) de poix et de résine bouillantes ; puis, comme il ne souffre pas, il est décapité près du fleuve Arbiam, le jour' des kalendes de décembre, et on V ensevelit là même. Ses bienfaits s'y multiplient jus qu à, ce jour, à, la louange et à la gloire de Notre Seigneur Jésus-Christ, à qui honneur et pouvoir dans les siècles des siècles. Amen.
Amsanus est inconnu du férial hiéronymien, du calendrier populaire et d'Adon.
Le cadre topographique de la légende est facile à reconnaître : Rome, Bagnorea [Balnus regis^. Sienne \Colonia Julia Senensis *].
Certains détails de la légende attestent qu'elle est parente de différents textes du vu^ et du vi* siècle. Amsanus est un enfant de Page de Vilus et Maxima rappelle Modestus : il a le courage d'Agapet. Ici comme dans Secundianus, le martyr « désire mourir pour le nom » du Christ ; il reproche aux
^ C. I. L., XI, I, p. 332.
218 TRADITIONS DE TUSCIE (viA AUREUA)
païens les turpitudes de leurs dieux ; il refuse d'adorer Saturne ; à l'annonce de la persécution il reconnaît que « le temps est venu ».
Ici comme dans Cassicn de Todi (et dans Vnlentin) apparaît le terme scholarcs et Finfluencedes gestes de saint Sébastien : c*est de Sébastien que viennent, j'imagine, la marraine \mater de baptismo] et le nom de Tranquillinus ; comme l'auteur de Cassien, le rédacteur d^Amsanus s'excuse de la médiocrité de ses moyens.
Ici comme dans Eupliis et dans Alexayidre de Jiaccano, le martyr est sommé d'adorer une trinité païenne ; et les deux légendes mettent en scène un personnage appelé Protasius, et toutes deux s'intéressent à la question de la fuite.
Ce dernier trait nous rappelle Domninus et Pergentiniis ; et, dans Domninus comme ici, les événements sont datés anno imperii [imper atorunï] ; et un ange vient réconforter le martyr, ici comme dans Pergentinus.
La guérison de l'aveugle, le jeune âge du saint et l'opposition de ses parents, que laisse deviner le rédacteur, nous font ressouvenir de Gratilianus. — On pourrait citer encore quelques nouveaux points de contact entre nos gestes et d'autres ^ ; ils confirmeraient tous le fait que l'on voit déjà très clairement et l'hypothèse qui en dérive ; je veux dire la parenté d'^msanus avec les légendes du vii^ siècle, et l'attribution de ce texte à cette date.
Voici qui peut préciser cette conclusion. On a conservé une seconde version de la légende ^, qui ne s'écarte que très peu de la première : la plus notable difîérence qui les sépare l'une de l'autre, c'est que la première [A] écrit oppidum senense, la seconde [B] civitas senensis. J'imagine que le rédacteur du texte A distinguait une civitas d'un oppidum, et que le rédacteur du texte B avait perdu le sens de cette distinction : A serait donc antérieur à B ^
On voit, d'autre part, que l'évêché de Sienne a été restauré au temps de Rothari, peu après 049 ; l'évêché avait sans doute disparu à la fin du vi^ siècle. La légende siennoise da-
1 Sabinus, Terentianus \septies\.
2 B. H. L., 516. [Baluze. Miscellanea : éd. Mansi, vi, 63-65] Ce texte écrit: 1. hnperante Diocletiano octies^ Maxhniano sep lies ; 2. Maxirna de territorio olymjphynato; 3. 18 ans au lieu de 19 ; 4. Il insiste sur l'oppositioQ qu'Amsanus rencontre chez ses parents [Cf. Vitus, Gratilianus, Nazaire... Barbé].
3 Hartmann, ii, 1.268-269. — Troya : Codex d. 400, 405, 406, 407, 408.