INFLUENCE DES MARTYRS DE TOMES
l'Espagne. Lu Christianisme s'établit peu à peu dans le pays : aux: conciles romains <le 313 et de 41)5, nous voyons siéger un Donatianus et un autre évêque de Forum Clodil ^
A ces faits, qui sont certains, j'ajoute une hypothèse : Forum Glodii eut son martyr, ou, du moins, son saint local, Marcianus ; et j'explique la légende.
Avec le nom du martyr, on avait gardé, comme il arrive, le souvenir de son anniversaire : IV non ian.y deux janvier. On voulait donner au martyr une histoire : le plus urgent était donc de lui trouver d'abord des compagnons. On chercha au début de janvier.
l^e férial hiéronymien fournissait un grand nombre de noms :
E. IlII non isiridoni epi antioc et in alio loco stratonici maccari abbani \.,
111 nona ianuar... Et in ciui Tomis Claudonis Eugenis
Uo(li trium iîrm argei narcissi et marcellini. Ces noms reparaissent dans le calendrier populaire : ÏV Non. Beati Macarii et Tomis martyrum Argei^ Narcissi et Marcellini ^
Les trois martyrs de Tomes Argée, Narcisse et Marcellin sont certainement les prototypes historiques * de ces doubles légendaires que sont les trois esclaves martyrs Argée, Narcisse et Marcellin ^ ; et, de même, les saints Stratoclinius [Stratonicus] et Macaire sont les prototypes de notre lecteur Stratoclinius et de l'exorciste Macaire. L'hypothèse est d'autant plus vraisemblable qu'à Tomes aussi il y avait un Marcianus, et que la légende de ce Marcianus était connue en Italie dès le v® siècle ^
* Optât: de Schismate Donatistarum, 1, 23. — Cf. de Rossi : Bull.^ 1887, 92, 1 [Thiel. 160J.
2 Rossi-Duchesne, p. 4-5.
* Sur ce8 martyres de Tomes, dous sommes renseifçnés par un fragment Bubsistaot du martyrologe euaébien [fragment de Lorsch] [Rossi-Duchesne, p.
,5] : c'étaient trois frères, fils de l'évêque, qui, pris comme recrues, refusent le service militaire, au temps de Licinius ; on les noie ; les corps, rapportés par la mer, sont ensevelis dans la villa d'Amantius.
^ Je me demande même si le papas, qui meurt avec les trois esclaves, n'a pas été suggéré par le papatis des Kaleudes de janvier: « in africa Victoris Fe-
■ liais Narcissi Argiri et alioru IIII papatis primiani : [p. 4]. — Mais peut-
lêtie avons nous ici un souvenir de Vitus.
I • Cf. G. M. R., II, 248-251.
228 TRADITIONS DE TUSCIE (viA ATIREMa)
Les personnages trouvés, roslail à les faire a-ir. C'est dire qu'il fallait choisir un texte, et le démarquer. On s arrêta, U semble, à Sabinus. Ici, comme dans Sabinus, nous voyou un prêtre [évèque. S.] chrétien, assisté de ses deux clerc. [Marcel, Exuperantius. S.], comparaître devant un ma-istral \augustalis. S.], qui est le représentant d'un seul et même empereur, Maximien, ~ qui se convertit, - qui demande pardon de ses crimes passés, — et qui brise lui-môme ses idoles ; ici et là apparaît un magistrat païen appelé Venustianus ; ici et la, on lui donne deux noms [Venustianus Silvius ; Eugenianus Hermogenianus].
J'ajoute que les deux textes attestent chez leur auteur une connaissance assez exacte de la vie antique : la scène du cirque le prouve [S.] et aussi la mise en scène de Jupiter Capitolin, et de son temple, et de sa statue dorée. Il se pourrait que Sabi- 71US et Marcianus fussent l'œuvre d'un même auteur ; il est sûr, à tout le moins, que l'auteur de l'un et de l'autre appartiennent au même groupe et datent du même temps . rSoter que les anniversaires des deux saints sont tout proches lun de l'autre [III kal. ian. et IlII non ian.].
Et j'ajoute encore que notre auteur connaissait et utUisail Sébastien. La feinte maladie de Protogenis, le bris des idoles la distribution des biens aux pauvres, la fuite de Protogenis^ tout cela rappelle de très près les aventures de Nicostrale e de Chromatius ^ i ♦
Mais pourquoi Protegenis s'est-il caché et est-il mort c Gora, in fundo supplicianol Le plus simple est d'admettn que l'église de Forum Clodii possédait à Gora une propriété le fundus supplicianus. Nous savons que plusieurs église romaines ' avaient, dans ce même pays, des terres impor tantes. Peut-être en était-il de même de l'église de toron Glodii. Il est, du moins, très vraisemblable, que Protogem est un saint fictif, analogue aux doubles de Stratoclimus t de Macarios, d'Argée, de Narcisse et de MarceUin.
Je remarque la nature grecque de la plupart de ces nom^ Protogenis, Macarios, Stratoclinios : et je me rappelle qu
1 Cf. suprUt p. 87.
2 G. M. R., I, 301 et ii, 97. . ^ . »•,, . ,
3 Le titulns Equitii, le titulus Sihestri, le baptistère de Goûstaotia < môme l'église de saint Jean-Baptiste, h Albano [L. P., i, l?l>, i'^»
l'auteur de Valentin de Terni s'intéresse à la langue grecque et utilise Côme et Damien., tout comme le rédacteur de Marcianiis \ïi\\\?>e; Argèc et Narcisse. Les gestes des Martyrs Grecs font venir de Grèce Hadrias et Paulina sa femme, Martana et Yaleria sa fille ; si tous ces Grecs viennent à Rome, c'est afin de voir le temple de Jupiter Gapitolin, ut videremus temphim Capitolii invicti Jovis \ Marclaniis est parent des Martyrs grecs comme de Valentin et de Sabinus ^.
Certains mots du récit ^ permettent de croire que l'hagiographe visait et combattait Tarianisme.
1 R. S., ni, 203. — Comparer encore le rôle du dénonciateur, tenu ici par lin ancien magistrat, Venustianus Silvius, là par un préfet de la ville, Maxiraus (Les martyrs grecs vivent cachés dans les grottes, un peu comme les héros à'Hefiestus).
2. Noter que Secundianus rappelle Terentianus et Valoitin, que Sabinus est parent de Terentianus et de Marcianus : tous ces textes forment groupe.
3 Cf. supra p. 224, note 1, ligne 29.