MARCELLUS ET APULEIUS
Continuant notre marche, descendons au sud, vers ces pays de l'Italie napolitaine qui sont la porte de l'Orient. Nous y retrouverons rinfluence de la Légende romaine.
// arriva qu après la mort du bienheureux Félin ^ un autre Fèlix^ son frère cadet, qui était aussi prêtre^ fut conduit à Unique Draccus, préfet de la ville: celui-ci voulut le contraindre à sacrifier . « Vous n aimez donc pas vos dieux, leur dit le bienheureux Félix : ceux auxquels vous me menez au-
* B. H. L., 2885, [14 janvier 951 ou 233]: « Factum est post completionem bb. Felicis... »
232 TRADITIONS DE CAMPANIK
vont aussi peu de chance que ceux à (jui on a conduit mon frère. Si vous voulez éprouver la force de mon Seigneur Jèsus' Christ^ menez-moi au Capitole : fy renverserai Jupiter luimême ^ le prince de vos démfms. » JJraccus le fait battre et renvoie travailler aux carrières du Mont de Circée. Il y trouve une démoniaquCy la fille du tribun Probus, qui commandait là [qui prœerat loci] ; et^ comme il la guérit, Probus le protège : ce Probus méritait son nom. C'était un citoyen de hole. Félix guérit encore Vhydropisie de sa femme et il le convertit. Son collègue le dénonce au consularis ; ma/^ les membres de /'offîcium qui viennent arrêter Probus sont aussitôt saisis d'atroces douleurs dans les mains ; elles cessent sitôt quils confessent le Christ et se font baptiser.
Lorsque Probus a fini son temps de tribun (expleto autem tribunitii tempore), Félix revient à Noie avec lui, met en fuite r idole d'un oracle païen et en convertit le prêtre ; il pardonne aux voleurs qui viennent, la nuit, voler les légumes de son jardin; il convainc d'impuissance Apollon qui ne peut deviner ce que cache son poing fermé {un petit Evangile)^ et le réduit au silence^ et brise sa statue. Les païens se convertissent ; on construit un oratoire au lieu même où Apollon était adoré. Le bienheureux Félix survit douze années (à ces événements) dans cette ville ; tous les païens qui voulaient attaquer les chrétiens (? christianum rapere conareturj étaient saisis par le démon, puis guéris par Félix, et se convertissaient. La douzième année, un dimanche, après avoir célébré les mystères, il s étend sur le pavé (projiciens se in pavimQXiixxm) pour prier et va vers le Seigneur Christ qui vit et règne avec Dieu le Père dans l'unité de F Esprit-Saint à travers tous les siècles des siècles. Amen.
A la fin du vin'' siècle, il y avait à Rome, sur le Pincio — un peu en arrière, sans doute, et au nord, de la Trinité des Monts d'aujourd'hui — une église qui tombait en ruines et que reconstruisit le pape Hadrien, 772-795 : elle était dédiée à un saint Félix *.
De quelle époque datait l'église? Rien ne permet de le dire
1 L. P., 1, 500: « Basilicam vero beati Felicis positam in Pincis, quse in ruinis erat et tectum eius distectum existebat, facto eodem tecto, noviter ipsam ecclesiatn renovavit et vestem super altare eiusdem ecclesise de quadrapolo faciens obtulit ».
FilAX DU PINCIO 233
avec certitude. Mais je lis, dans le calendrier populaire :
XIX Kal. Feb. Nolae^ Fèlicis preshyteri, in Pincis sepulti ^
Les mots Nola?, Fèlicis^ in Pincis prouvent que le Félix du Pincio doit être identifie à saint Félix de Noie. Les mots in Pincis sepidti s'expliquent si Ton admet l'existence de Téglise consacrée à Félix de Noie, sur le Pincio, au temps où Ton compilait le calendrier : V église aura suggéré le tombeau. Dès lors, l'église du Pincio pouvait exister au début du vu^ siècle ; et le culte de Félix n'y devait pas ôtre établi depuis peu.
Le mart3Tologe d'Adon confirme ce qu'on a dit : s'il ne mentionne pas expressément l'église de saint Félix sur le Pincio, il rapporte que le corps de saint Félix a été enseveli sur le Pincio, près de Rome^ et que son tombeau est signalé par des miracles :
Sepultusque iuxta Urbem in loco qui dicitur Pincis^ ubi claris sernper fulget virtutibus, ab Helpidio venerabili et sancto viro ^.
C'est dire qu'zY y eut transfert de culte et romanisation du saint. Sans doute l'évolution de la légende s'est-elle achevée et a-t-elle abouti au dédoublement du personnage : le tombeau fictif du Pincio n'a pas supprimé le tombeau réel de Noie. Paulin parle de ce dernier, il le place hors de la ville, en pleine campagne ^ :
Quœ mûris regio et tectis longinqua vacabat, fusus ibi laeto ridebat cespite campus^ uberius florente loco^ quasi prescia iam tune semper honorandi mundo uenerante sepulcri gaudebat sacro benedici corpore, seque veris amœna habitu, quo dignior esset humando martyre^ gramiiiibus tellus sternebat odoris.
Le texte qu'on a résumé d'abord présente ce curieux caractère qu'il reflète la légende au point moyen de son évolution, à mi-chemin, si je puis ainsi dire, de Noie et de Rome.
C'est Félix de Noie que notre texte célèbre : il l'associe étroitement à un tribun Probus, qui est civis nolanus ; après
3 Car m. nat., vi, 132 [P. X., 61, 493, C, D].
234 TRADITIONS DE GAMPANIE
un court séjour au mont de Circée, c'est à Noie que V6\'\x et son ami l*robus viennent s'établir ; c*est là que, durant douze années, il lutte contre les païens et c'est là qu'il meurt.
Mais ce n'est pas là qu'il est enterré. Notre texte ne dit pas, sans doute, que le tombeau est hors de Noie ; mais il ne rappelle pas davantage, au contraire de ce que l'on attend, qu'on peut le vénérer à Noie : aucune allusion à ces miracles qui sont de style. Ce silence est significatif. Et voici qui l'est bien davantage : comme il se détache de Noie, saint Félix prend racine à Rome. On le transforme en un frère d'un autre Félix, martyr de Rome qui, associé à un saint Adauctus de Rome, est fêté à Rome le 30 août :
Factum est autem ut (post) completionem beatissimi Felicis presbyteri alius Félix germanus eius iunior nomine et actione et ipse presbyter. . .
Quelques vers de Damase ont été compris de travers et ont facilité l'équivoque :
0 semel atque iterum vero de nomine Félix.., Qui intemerata fide contempto principe mundi Confessus Christum cœlestia régna petisti. 0 vere pretiosa fides, cognoscite, fratres \
Damase joue sur le nom Félix ; il félicite semel atque iterum celui qui le porte, de Tavoir si bien mérité et d'avoir gagné le royaume du ciel ; Damase s'adresse ensuite à ses frères et leur montre par là le prix de la foi : c'est elle qui a valu à Félix son bonheur. Un lecteur... distrait a vu dans tout cela qu'il y avait eu deux frères du nom de Félix ^ : et voilà comment Félix de Noie s'agrégea à la troupe des martyrs romains î
On aperçoit d'autres traces encore de la « romanisation » de Félix : sa légende est compilée d'après les gestes romains. Le nom de Draccus est emprunté di Félix- Adauctus ^ — L'épreuve
1 Ihm. n. 7, p. 10-11.
2 L'hypothèse, présentée par Delehaye, est très vraisemblable : les saints du cimetière de Commodille [Analecta, xvi (1897), p. 22-28]. — Sur Félix et Adauctus, cf. G. M. R., i, 244.
3 « RoQicE, via Ostiensi, milliario secundo ab Urbe, natale beatissimorum martyrum Felicis et Adaucti, sub Diocletiano et Maximiano imperatoribus, prsefecto et judice Draco. » — Je cite d'après le résumé d'Adon \P. L., 12:^, 342, D. — 30 août]. — Les gestes de Félix et Adauctus sont explicitement visés par notre texte : « B. Félix ait : puto quod inimici eslis deorum vestro-
imposée à Apollon est suggérée par Pierre-Paul *. — La guérison de la fille du tribun qui commande au lieu d'exil du martyr est imitée de Nérée K — L'attitude du tribun qui délivre les chrétiens confiés à sa garde rappelle ce qui se passe dans Sebastien \ — L'idée que le rédacteur se fait du Capitole apparaît déjà dans Calliste % Marcianus, les Martyrs Grecs, — Et Yalenlin s'étend sur le sol pour prier % aussi bien que Félix. Le Félix que nos gestes célèbrent s'appelle encore Félix de Noie ; il est plus qu'aux trois quarts romain.
A quelle date le texte remonte-t-il?
Les mots pagani et Jovem principem ddpmonioriim, le fait que Félix n'est pas présenté comme un martyr, tout cela nous défend de nous arrêter avant le vi® siècle, et même, sans doute,
rum effecti ; ad quoscumque enim me duxeritis in deorum templis, hoc eis eveniet quod illis evenit ad quos meum fratrem duxisse vos iam penitet » [Félix Romanus]. Or je lis: c Félix... perductus iuxtatemplumSerapis, dum cogeretur ad sacri Scan dum, exsufflavit in faciem statuœ aereae, et statim cecidit. Item ductus ad Mercurii statuam,... Item ad simulacrum Dianœ, quod pari modo dejicit {P.L., 123. 343, D. Félix Adauctus].
1 Pierre défie Simon de deviner ce qu'il pense : « Petrus dixit : Divi nitas in eo est qui cordis rimatur arcana; dicat nunc mihi (Simon) quid cogito uel quid facio, quam cogitationem meam, antequam hic mentiatur, prius tuis auribus insinuo, et non audeat meutiri quee cogito. Nero dixit : Accède hue, et die mihi quid cogitas. Petrus dixit : lube mihi adferri panem ordaceum ei occulte dari... Petrus benedixerat panem quem acceperat ordeaceum et fregerat et dextera atque siuistra in manica coUegerat. Tune Simon indigoatus quod dicere non posset secrelum apostoli... » [Pseudo Marcellus, § 24-27. — Lipsius, 141-143]. — Cf. « Videns popuium iutrantem dixit eis (Félix) : Si vero diviuus est Apollo, dicat mihi quid ego clausa manu retineo. Erat autem in manu eius Evangelium brève iu quo eratscriptura orationis dominicae. Et cum non posset nullus indicare, nec sacerdosnec vates eorum... [Félix Romanus,5].
2 Eutyches exilé au 16» mille de la voie Nomeutane guérit la fille du conductor loci [G. M. R., i, 209] ; Victorious, exilé auGO® de la Voie Salara, guérit le vice dominus de l'endroit, qui est paralytique ; IMaro, exilé au 130^ mille, guérit le procurateur de Septempeda qui est hydropique [G. M. R., i, 228].
3 « Igitur cum omues ad domum priiniscrinii perducti starent catenarum nexibuâ vincti. hoc modo eos vir Dei Sebastianus alloquitur... Tune b. Sebastianus jubet eos omnes a vinculis calenarum exsulvi. » [Sebastien^ 30]. — «Tuuc Probus tribunus cum vidisset hoc miraculum factum..., exiude iam noo..permisit penilus ut ibi injuriae (Félix) subjaceret ». [Félix Romanus, 2].
* « Temporibus macrini et alexandri iacendio divino coucremeta est pars capitolii a meridiano et intra templum iovis ruit manus sioistra aurea et reliquata est [Calliste, 1]. — Cf. G. M. R., i, 135-136 et les gestes des Martyrs grecs : « Capitolium deeeritur et omois cultura templorum desolatur ». — «... ad capitolium me ire jubete ut ipsum jovem principem daemoniorum vestrorum ruere faciam » [Félix Uomanus, § 1]. — Cf. supra p. 224.
' « Valentiûus... strato... humi cililio eleuauit puerum cerimouem de lecto et proiecit eum seminecem in eo cilitio in quo ipse orare consueverat... » [Valentin], — « Projiciens se in pauimeutum iu orationem... » [Félix Romanut, 6].
236 TRADITIONS DE CAMPANIR
avant le milieu ou la fin de ce siècle. Comme, d'autre part, nos gestes ignorent l'ensevelissement in Pincis, bien qu'ils y tendent ; comme cet ensevelissement in Pincis est aitest/3 dès le premier quart du vii^ siècle, sans doute, par le calendrier populaire, on doit croire qu'ils sont antérieurs à cette époque, ou qu'ils ne la dépassent guère : on peut les rapporter sans crainte d'erreur au début du vu" siècle ou à la fin du vi\
Quelques faits confirment cette impression.
Le rédacteur raconte une curieuse histoire de voleurs : venus la nuit dérober des légumes, ils trouvent (des pioches et des instruments) de fer et, contraints par la force mystérieuse du saint, croyant le voler, ils travaillent pour lui, à la clarté de la lune, jusqu'au jour.
Cum autem ibi fuisset s. Félix et ortum sibi excoleret, uenerunt nocte qui olera râpèrent : et inuenientes ibi uangas^ tota nocte luna lucente laborauerunt. Videbatur autem eis quod furtum facerent, Illi autem mane inventi sunt laborantes, Q210S cum vidisset s. Félix, dit eis : adjuvet uos Dominus, filioli. Illi autem mittentes se ad pedes eius confessi sunt quid uoti eorum fuisset et quod Dominus procuras s et *.
Saint Grégoire raconte une histoire presque identique, qu'il rattache à saint Isaac, l'ermite syrien de Spolète ^ :
Die quadam ad uesperum in hortum monasterii fecit j actari fer rament a, quœ usitato nos nomine uangas uocamus. Dixit itaque discipulis suis : Tôt uangas in hortum projicite et citius redite. Nocte uero eadem dum ex more cum fratribus ad exhi' bendas laudes Domhio surrexisset, prœcepit dicens : Ite et operariis nostris pulmentum coquite ut mane primo paratum sit. Facto autem mane fecit deferri pulmentum quod parari jusserat atque hortum cum fratribus ingressus, quot uangas iactari prœceperat tôt in eo laborantes operarios inuenit. Ingressi quippe fures fuerant, sed mutata mente per spiritum apprehenderunt uangas quas inuenerunt et ab ea hora qua ingressi sunt quousque uir Domini ad eos ueniret, cuncta horti illius spatia quœ inculta fuerant coluerunt. Quibus vir Domini mox ut ingressus est, ait : Gaudete, fratres, multum laborastis, iam quiescite. Quibus illico alimenta quœ detulerat prœbuit,
1 Félix Romanus 4.
2 Sur lequel, cf. supra, p. 61.
LE TEXTE d'aDON 237
eosque post tanti laboris faligationem refecit. Suf ficienter autem re fer lis ait : JSolite rnalum facere *...
Grégoire cite ses auteurs : ceux qui l'ont renseigné sur [saac sont des moines — multi nostroriuriy — principalement une religieuse Grégoria qui, au moment où il écrit, habite encore à Rome à coté de l'église de Sainte-Marie, — enfin le vénérable Eleuthère ^
Il n'est pas tout à fait nécessaire, dès lors, d'admettre que le texte de Grégoire a influencé le rédacteur de Félix : celui-ci a pu connaître directement la tradition de Spolète, comme il a pu s'inspirer du récit de Grégoire. De toute manière, on ne risque pas de se tromper beaucoup en faisant de lui un contemporain du pape, en datant son texte de d~ 600.
Les termes de la langue administrative dénoncent la même époque : je passe sur officium^ consularis , prœfectus Urhi ; j'insiste sur le tribunus. D'après Félix Romanus, le tribun est le commandant local, nommé pour une durée déterminée; il est assisté d'un collega. Or, au temps de l'exarchat, le tribu- 71US « est le commandant militaire de la ville où il réside et du district environnant M) ; il a reçu, en matière civile, des attributions très étendues ; il est le représentant de l'exarque, qui le nomme. Nous ne savons pas qu'il ait un collègue ; le détail, pourtant, n'est peut-être pas fictif.
Reste un problème. Quel est le rapport de nos gestes au texte d'Adon qui raconte l'histoire de Félix de Noie?
Le récit d'Adon * se caractérise par les traits suivants : 1. Le culte est expressément rattaché à Noie :
XIX Kal. februarii. Apud Nolam Campauiœ, natale beati Felicis presbyteri.
2. Le corps est enseveli in Pincis, par un saint prêtre Ilelpidius qui confesse la foi contre les hérétiques, et meurt mar-
1 Dialog.,\\\, 14, P. L., 11, 245.
^ Eodem loco. P. L., 11, 244. B. — Noter que la légende de Paulin, le chantre de Félix, conte qu'il cultivait des légumes en Afrique. Dial., m, 1. — P. L., 77, 217. Je me demande encore si l'épisode de l'oratoire construit par Félix au lieu même où était adoré Apollon, n'est pas inspiré par ce passage de saint Grégoire: sur le mont Cassin, saint Benoît construit un oratoire consacré à saint Jean et à saint Martin ou lieu même où était adoré Apollon. [f\ L., 66, 152J.
3 Diehl, 113-123.
238 TRADITIONS DR CAMPy\NIE
1}T. Adon croit, selon foules les vraisemblances, que le l^incio se lr()uv(; près de Noie. Voici le texte :
ScpuUiisque luxta urbcm in loco (/ni dicitur Pincis, ubi claris semper fulget virtulibiis, ab lloApidio.., Ilic. martyr et conf essor hœreticis invictissime restitit.
3. Maxime, évêque de Noie, le sacre prêtre : — 4. Félix est supplicié après qu'il a délié les dieux, mais l'ange de Dieu le délivre et l'envoie chercher son évèque ; — o. Félix trouve son évêque mourant de faim, le réconforte avec des raisins miraculeux et le porte à la ville chez une veuve ; — 6. Après qu'il a converti Probus, on vient l'arrêter ; on lui demande à lui-même où il est ; il se sauve et se cache dans un trou que dissimulent des toiles d*araignées ; une femme l'y nourrit trois mois ; — 7. Après qu'il a chassé Apollon, à Noie, il refuse l'épiscopat que lui offre le peuple.
Les gestes se caractérisent par les traits suivants : 1. Probus est dénoncé par son collègue au consularis ; mais les membres de Vofficiiim qui viennent l'arrêter sont miraculeusement saisis de douleur, et se convertissent ; — 2. L'épisode des voleurs de légumes ; — 3. L'histoire du petit évangile qu'il tient dans le poing et que ne devine pas Apollon ; — 4. La construction d'un oratoire à la place du temple d'Apollon ; — 5. La doxologie in unitate spiritus sancti.
Les gestes et Adon ont en commun : 1. Le personnage de Félix de Noie; — 2. L'idée que Félix de Noie est le frère de cet autre Félix qui est le compagnon d'Adauctus : Adon renvoie expressément à leurs gestes :
Hoc eis eueniet quod euenit illis ad quœ meum fratrem Felicem uos duxisse pœnituit ^
3. La comparution devant Draccus et le défi de Félix ; — 4. L'exil au mont de Circée et la conversion de Probus ; — o. La conversion du pontifex dœmonum de Noie, l'expulsion d'Apollon et la destruction de son temple ; — 6. La mort de Félix douze ans après.
11 n'est pas sur, comme on pourrait d'abord le croire, que la mention du tombeau in Pincis ait été empruntée par Adon au calendrier populaire : le calendrier ignore le confesseur et martyr Helpidius, qui est mis en étroite relation avec le tombeau du Pincio. D'autre part, le récit d'Adon suppose les gestes
MAXIMUS DE GUMES 239
(le F'elix-Adauctus. Le texte d'Adon témoi<>ne déjà de la romanisation de Félix ; il n'exprime pas la pure légende de Noie. Mais, dans Adon, la romanisation est moins avancée que dans les gestes : ceux-ci ii^norent complètement l'évoque de Noie, Maximus, qui tient une grande place dans le récit de celui-là ; ils ne soufllent mot de Tépiscopat de Noie, qui est olTert à Félix ; ils ignorent cette cachette où il s'est réfugié, et qu'on devait se montrer à Noie. Adon, de fait, récrit en prose les fameux poèmes de saint Paulin. Les traits propres aux gestes n'ont aucune couleur locale : ils se retrouvent dans d'autres légendes. J'imagine que le texte dont Adon s'est servi ^ est antérieur aux gestes ; que le rédacteur de nos gestes a retranché de la source d'Adon les détails qui avaient une physionomie nolasque ; et que, pour élotler son récit devenu un peu maigre, il y a introduit, d'après ses souvenirs, surtout d'après S.Grégoire, la quadruple histoire des soldats soudain torturés, des voleurs soudain convertis, du petit évangile caché dans le poing et de l'oratoire succédant au temple ^
es
de
3 3 Au temps de Dloclétien et de Maximien empereurs, sous le
préfet Antonin, on fit une grande persécution contre les chrétiens : sur les places, dans les nymphées, autour des maisons, on élevait des idoles auxquelles chacun devait sacrifier avant de pouvoir acheter ou vendre. C'est alors que le praeses Fahianus est envoyé dans la cité de Cumes ; il convoque le peuple, lui dit sa mission, et tout le peuple se jette à terre et
1 II est très possible qu'AdoQ ait copié textuellemeat la plus grande partie de ce texte. Noter que, dans Adou, l'épisode du temple d'ApolloQ est très l.ref ; et que, dans les gestes, il est maladroitement coupé eu deux par l'histoire des voleurs.
* On ne peut pas dire la date exacte du texte que lisait Adon, ni de l'introduclion à Rome du culte de Félix de Noie.
3 B. H. L., 5846, 30 octobre, 319.
240 TRADITIONS DE CAMPANIK
adore les idoles. Il y avait alors^ à Cumes, un homme saint et chaste^ Maximiis ; il arme son front du trophée de la croix et se présente au prœscs. « Tu n échapperas pas à Dieu^ lui dit'il ; pourquoi pousser les hommes à adorer les idoles sourdes et muettes ? » — « Qui donc es-tu (cuius condicionis esj pour me parler ainsi ? )) — a Je crois au Christ. » — « Ne sais-tu pas que les empereurs invaincus m'ont confié cette province pour tuer ceux qui ne voudraient pas sacrifier ? if> — « Taistoi, malheureux / » J^t, tandis quon le bat, les bras des bourreaux défaillent de douleur : on reconduit M aximus en prison. Il y reste dix jours, sans eau ni pain. Mais le Seigneur le réconfortait : range du Seigneur le visite au milieu de la nuit, la terre tremble, ses chaînes tombent. Les deux cents prisonniers qui sont les compagnons du martyr se convertissent, et Maximus remercie Dieu et lui demande un prêtre : crainte des embttches de Fabianus, les prêtres étaient dispersés. Or le Seigneur apparaît à Vévèque Maxentius et V envoie à laprison, porteur des mystères. Maxentius se tient devant les portes et crie: a Si quelqu'un désire se faire baptiser, quil vienne: je SUIS prêtre de mon Seigneur Jésus-Christ ». Tous se jettent à ses pieds, et il les baptise au nom du Père, et du Fils et de l'Esprit-Saint ; puis, il s'en va.
A la nouvelle de cette conversion, Fabianus laisse les prisonniers en prison, et fait venir Maximus : il sacrifiera, ou marchera pieds-nus sur des charbons ardents. Maximus arme son front du trophée de la croix, et marche, au nom du Seigneur Jésus-Christ, sans rien sentir : « Mets donc, au nom de ton Jupiter, ta main sur ces charbons : nous verrons s'il te délivrera. » — Quels sont ces maléfices, » dit Fabianus. — a JHgnore tout maléfice ; c'est mon Seigneur Jésus-Christ qui opère en moi ce prodige )). On le suspend sur le chevalet ; il prie le Seigneur et le chevalet se brise. On amène son enfant ; il a trois mois ; et V enfant confesse à haute voix que le Christ est le vrai Dieu, qui nous a rachetés par sa passion. Le ^vdèses, redoutant une sédition populaire^ le fait battre de coups; r enfant meurt après avoir demandé de Veau : « C'est Veau du ciel que tu vas boire, » lui répond sa mère, toute joyeuse d'avoir offert à Dieu, innocente hostie, le fruit de son sein.
c( Combien de temps useras-tu de tes maléfices, dit Fabianus au martyr. » — « Pourquoi m' interroger ? Je rends grâces au Christ qui a couronné mon enfant. » On le suspend la tête