MAXIME DE CUMES
en bas ; il perd tout son sang par le nez ; mais y sept jours après y il est vivant encore et invoque le Seigneur ; et les dixhuit soldats qui le voient sont aveuglés, et lorsqu'ils implorent le Seigneur Jésus-Christ, ils sont aussitôt guéris. On les décapite avec les deux cents prisonniers qui ont reçu le baptême; leurs corps sont ensevelis soigneusement par les chrétiens. — Cependant Fabianus veut toujours dompter Maximus ; mais les flammes qui lui brûlent les côtes ne r entament paSy tandis qu'elles tuent un des ministri ; beaucoup se convertissent^ et le martgr ne cesse de louer et d'implorer le Seigneur. Il refuse encore^ un autre jour, d'adorer Asclepins ; son sang rougit la terre^ qui ne l absorbe pas, et témoigne ainsi contre le persécuteur. Il le défie et raille son impuissance. A la fin, Fabianus dicte la sentence : a T impie Maximus est rebelle aux dieux, blasphème les empereurs, refuse de sacrifier : qu'il soit mis à mort, et son corps abandonné aux oiseaux. »
F^es soldats le conduisent à deux milles de la cité. Il chante le long de la route, et il prie, a Dieu tout-puissant, dit-il, ouvre les geux de tous ceux qui m' entourent , pour qu'ils sachent que tu es le seul Dieu, et quil ri y en a point d'autre hormis toi ». La terre tremble, beaucoup se convertissent, et reçoivent le baptême ; les soldats les imitent. On enterre Maximus au lieu qui est appelé Via Caballaria, où les miracles se multiplient jusqu'à ce jour : les lépreux sont guéris, les démons chassés... Quinze ans après, comme les reliques de Maximus étaient cachées, le saint apparaît à une pieuse femme : « Julienne, lui dit-il, avertis les prêtres afin quils transportent mes reliques. Je suis Maximus^ confesseur de Dieu, » — € Nous ne savons où tu reposes. » — « Cherchez dans le champ innocent ? au point où se dressé la croix [in agro innocenti ubi uideritis Crucem]. » Toute la cité, chantant et bénis" sant le Seigneur, va chercher le corps: on le trouve, il est intact, blanc comme la neige ; on l'ensevelit avec des aromates, en glorifiant Dieu qui couronne ses saints. Le bienheureux Maximus a souffert le IV des kalendes de novembre, tandis que règne Notre Seigneur Jésus-Chinst à qui honneur et gloire et empire dans les siècles des siècles. Amen.
242 TRADITIONS DE CAMPANIK
Cette légende nous est parvenue dans un autre texte ' fjul rappelle de très près le précédent, niais qui s'en écarte par deux traits : il remplace Cuines par Aparnée, il ignore la révélation du corps à Julienne.
Or, nous pouvons identifier avec certitude cette Julienne : c'est une sainte vénérée à Cumes et qui vient peut-être de Niconiédie ; l'efflorescence de son culte date de la seconde moitié du vi** siècle ^.
Cette sainte de Cumes tendait à s'associer à Maxime de Cumes : ils ont tous deux même attache topographique, et je rencontre à Naples, à la fin du vi® siècle, un monasterium sancti Archangeli quod Macharis dicilur atque sanctorum Maximi, Erasrni et Julianœ ^ . On en vient à soupçonner que le développement de Maxime est parallèle au développement de Julienne et à* Erasme, que le culte et le texte datent de la seconde moitié du vi® siècle.
Est-ce à dire que Maxime, comme Julienne et sans doute Erasme, repose sur un texte grec? Le contraire est tout à fait assuré. Maxime est copié sur Pontien de Spolète *. Voici les points de contact des deux légendes : 1. Mission du juge Fabianus ; 2. Le peuple se montre d'abord docile à ses volontés ; 3. Le martyr marche sans se brûler sur les charbons ardents après s'être signé au front ; 4. Les bras des bourreaux défaillent ; 5. Le martyr est enfermé en prison sans nourriture ; 6. Pourtant il ne meurt 'pas, car il est assisté par Dieu.
Le rédacteur a emprunté quelques traits secondaires à d'autres textes, latins ou grecs. Asclepius vient sans doute de Grégoire de Spolète, qui est apparenté à Pontien. — C'est Hedestus qui a suggéré, j'imagine, l'épisode de Maxentius, les prêtres dispersés, les fidèles qui les cherchent parce qu'ils ont besoin de leur ministère. — Et l'enfant qui parle et confond le juge a certainement été pris soit à Cyricus-Julitta % soit à
1 B. H. L., 5845. Bibl. Casinensis, m, flor. 147, ou 30 octobre 319.
2 Cf. G. M. R., V.
3 Grégorii Epist, x, 14, P. L., 77, 1076, B. [et ix, 170, 172; tome II. 167, 169, M. G.]. Ce monastère a été fondé, récemment semble-t-il, par une certaine Alexandrin. — Est-ce des reliques de ce Maximus qull est question danu une lettre de Grégoire à Chrysauthe de nov. 598 [M. G. ix, 49. — tome I1,76J?
4 Cf. supra, p. 100,
5 Cf. G. M. R., V.
Prudence ', qui conte une liistoire toute semblable. Saint Romanus interroge un enfant.
« Romanus ardeiis experiri innoxiam Lactantis oris indolem : « Filiole, ait, Die quid videtur esse verum et congrueiis, Unumne Christiim colère et iii Christo Patrem ; Au comprecari mille formarum deos. »
Arrisit infans, nec moratus retulit : « Est quidquid illud quod ferunt homines Deum, Unuiïi esse oportet, et quod uni est unicum. Cum Christus hoc sit, Ghristus est verus Deus. Gênera deorum multa nec pueri putant.»
Dès lors, comment concevoir le rapport des deux versions qu'on a dites ?
Apamée est proche Antioche ; et notre texte est latin ; Maxime est évidemment un saint local de Cumes, ville latine ; son culte est attesté au temps de saint Grégoire, àNaples, ville latine. L*attache d'Apamée est donc, très certainement, fictive. J'imagine qu'elle a été suggérée par l'attache nicomédienne de Julienne. La version où apparaît Apamée est donc postérieure, de peu sans doute, à la version latine de Julienne.
L'ensevelissement de Maxime par une pieuse femme nommée Julienne suppose seulement qu'on vénérait à Cumes une sainte Julienne. Nul besoin de faire intervenir la légende de cette sainte : il est très possible que le culte local de Julienne à Cumes soit antérieur à la légende grecque et indépendant d'elle. La version ce Julienne » serait donc antérieure à la version « Apamée ».
Mais voici une difficulté. Comment admettre la disparition de Julienne dans la version c( Apamée » ; le rédacteur qui veut modeler l'histoire de Maxime sur l'histoire de Julienne a-t-il donc intérêt à séparer les deux saints que réunissait la légende de Cumes? — Je ne vois pas de réponse satisfaisante. Les faits sont tels : ils trahissent sans doute un caprice de nos rédacteurs. L'époque à laquelle ils écrivaient reste, du moins, bien assurée : c'est la seconde moitié, peut-être la fin du vi® siècle.
' Péri Stgphanon, x, 661, sq. Ruinart, 395.