‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 4)Chapitre 79 sur 108 · AMBROISE DE FERENTINO · texte numérisé non relu

AMBROISE DE FERENTINO

« Au temps des empereia^s Maximien et Dioctétien, il y avait un homme très chrétien, Ambroise, de famille noble, originaire de Ligurie, Revenant d'Espagne, le prœses Dacianus le fit entrer parmi ses soldais et le nomma centurion : il connaissait son courage et sa force. Après avoir rendu compte des affaires dont il avait été chargé et reçu de toute la curie des remerciements et des présents, il fut envoyé en Campante pour détruire les chrétiens et pour s'occuper de diverses autres affaires. Il siégeait dans son consistorium^ à Ferento (in Ferentinae civitatis consistorio), lorsque des païens lui dénoncèrent Ambroise comme chrétien. Il le fait venir: « Je t'ai donné, dit-il, mon amitié , de grands honneurs ; et tu rejettes nos dieux pour adorer un Crucifié ! » — u Oui, j'adore le Christ. » £ty comme il reste fidèle dans sa foi^ Dacia7ius lui fait ôter son ceinturon (balteum), sa chlamyde, son uniforme, son collier d'or : on l'enchaîne, on l'enferme^ sans painni eau. Mais les anges le nourrissaient et le consolaient. Un mois après, quand Dacianus le fait chercher, il n'est pas mort : * Aie égard à ta jeunesse, sacrifie aux dieux!)) — u Satan a endurci ton cœur. Je ne sacrifie qu'à Dieu tout-puissant qui règne dans les deux ! » Quand on le bat, il prie Dieu, il s'offre en sacrifice à lui ; le peuple accourt pour le regarder, et Dacianus, mécontent, le fait reconduire en prison. Quelques jours après, nouvel interrogatoire, nouvelles tortures : Ambroise est plongé dans la poix et la résine bouillantes, et il ne cesse de défier son bourreau : il ne sent rien. Le lendemain, Dacianus va à V amphithéâtre qui est contigu à la porte San^ quinaire, et il se fait présenter le martyr du Christ ; mais, à la prière de celui-ci, après qu'il a levé au ciel les yeux

* R. H. L., 375 \Cat. Paris, m, 546]. [Le texte vient du Codex Parisinus 3278, du xive siècle, f» 142]. — Sur la curie, cf. Diehl : p. 93, sq.

252 TRADITIONS DE CAMPANIK

et les mains, les idoles tombent en poussière^ et lui-même brise le Mercure que Dacianus lui ordonne d^adorer. « Je vengerai les injures de mes dieux », dit le Ujran, FA il fait jeter le saint de Dieu, ligotté, dans une chaudière ardente. Mais les Ferentinates qui viennent voir, le lendemain matin, trouvent intact le martyr. A la fin, on le jette, un rocher au cou, dans le fleuve Alabre ; et voici que lange du Seigneur le délie et le sauve : miracle qui convertit quatorze nobles de la cité [de nobilibus]. Dacianus quitte alors Ferentum et fait dresser son tribunal au lieu quon appelle Vicus : comme Ambroise et les quatorze nouveaux baptisés persistent dans la foi, il prononce la sentence : c< Le centurion Ambroise qui méprise les édits de F empereur romain et prêche le Christ que les Juifs ont crucifié, sera décapité avec ses i4 compagnons. » Ce qui fut exécuté par les bourreaux le il des kalendes de septembre.

Voici un texte embarrassant. Le centurion Ambroise est inconnu duférial hiéron3^mienetdu calendrier populaire, d'Adon, d'Usuard et de Notker. Chose plus fâcheuse encore, il offre peu de points de contact très nets avec les gestes que nous connaissons.

Le saint jeté au fleuve et délivré par un ange, c'est un trait qu'on retrouve dans Valentin-Hilaire ; le saint qui s'offre luimême à Dieu en sacrifice et qui fracasse les idoles, voilà peutêtre un souvenir de Sabinus ; et c'est peut-être de Secundianus que vient cette idole s'effondrant d'elle-même. La porte Sanguinaire me rappelle ce pont et ce ruisseau Sanguinaires qui apparaissent dans Pontien et dans Grégoire de Spolète. J'imagine enfin — c'est ce qu'il y a de plus clair — que la mention de Dacianus et de l'Espagne indiquent des connaissances et des préoccupations analogues à celle que trahissent la fin de Torpes, Vincent de Bevagna, etc. : par analogie avec Torpes, je daterais Ambroise des environs de l'an 600.

Ce dernier trait nous invite à penser que le rédacteur inconnu connaissait la littérature mart3^rologique : ce qui m'encourage à proposer l'hypothèse suivante. Ambroise le centurion a peut-être été modelé sur Marcellus de Tanger ^. Ici et

1 B. H. L., 5253 |Ruinart (1859), 343]. Tillemont, iv, 575 et 768. Cf. Allard, iv, 132, sq.

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