‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 4)Chapitre 8 sur 108 · RAPPORT DES TROIS VERSIONS · texte numérisé non relu

RAPPORT DES TROIS VERSIONS

proche l'église; comment le clerc d'une basilique propriétaire de celui-là n'aurait-il pas connu celle-ci ?

Quel est le rapport des trois versions qui nous sont parvenues?

Le texte de Vienne semble être un fragment de celui qu'a résumé Adon. Ici et là, le ressuscité est nommé ; ici et là, les baptisés sont au nombre de 125, non de 14.132. Si Adon ne nomme pas Michel, que mentionne le manuscrit de Vienne, le fait s'explique sans doute parce qu'Adon résume un texte développé. Adon et le Vindobonensis, enfin, mentionnent tous deux l'épisode de la veuve. Il est certain que A et G forment groupe contre B. — Néanmoins, on ne doit pas dire que A et G sont une seule et même version : ils se contredisent formellement sur un point précis. D'après A, Alexandre n'a jamais été enterré in crypta modica; il a été enseveli d'abord, comme il le voulait, in loco fornacis. D'après G, il a été enseveli d'abord in loco fornacis, ensuite in crypta modica (grâce à Damase *).

Il est sûr que la version boUandiste, B, s'oppose à la fois au texte de Vienne, A, et au texte d'Adon, G, : elle ignore l'épisode de la veuve, elle ajoute l'épilogue de Protasius, à l'inverse du texte de Vienne ; elle ignore Damase à l'inverse d'Adon ; elle substitue surtout une fête de dédicace d'église, le 23 mars, à un anniversaire de translation, le 26 novembre. Elle a peutêtre emprunté aux Quarante Martyrs l'histoire d'Herculanus jeté à l'eau, à Agathe ou à Lucie la guérison de Gornelianus au tombeau d'Alexandre.

La fête de la dédicace [B] s'appuie sur une date consulaire dont on constate l'exactitude ; le rédacteur l'a lue sur une inscription de Baccano ; peut-être l'église date-t-elle vraiment de 321. La translation attribuée à Damase par Adon s'appuie peut-être sur l'inscription, qui n'a rien de damasien *. — Mais la difficulté n'est pas résolue. Alexandre étant mort le 21 septembre, d'où vient cette seconde fête qu'on date, ici du 23 mars, là du 26 novembre ?

La fête du 26 novembre est mentionnée, d'après G sans doute,

1 Noter ce que dit C de ce puerulus, quem angelum fuisse non est dubium. Cela rappelle fort ce qu'oa lit dans Agathe, G. M. R., n, 195. * Ihm, n® 100, p. 100, « iudcriplio uaui damasiano non conuenit ».

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par lo calendrier po[)ulaire, — ce qui en alteële l'existence, selon toutes les probabilil/;s*, au vu" siècle. — On y lit', en effet :

VI. K. decrm. El hcaii alexandri opiscopi et marlyris, passi XI. K. oct, a papa damaso VI /i. dec, translali, quando festivitatem ci dicauit.

Le fcrial hiéronymien l'ignore, — comme il ignore, du reste, les fêtes du 23 mars et du 26 septembre. — De ce côt(^, on se beurte à l'inconnu.

JMais je remarque que la translation dans la crypte que la version adonienne attribue à Damascest sans doute en rap[)ort avec ce passage de A où l'on voit que Crescentianus a creusé une crypte pour y ensevelir Alexandre; seulement, le martyr veut être enterré ailleurs, à l'endroit où il a souffert, dans la fournaise ; il donne la crypte à Crescentianus et à sa femme.

Fecimus criptulam modicam in qua ponerem corpus, Sequenti aiitem nocte apparuit mihi Alcxander martyr per uisiim et dixit mihi : Crescentiane locus iste tibi debetur...; corpus autem meum in loco fornacis ubi oravi dominum et non me tetigit ignis, ibi reconde. Tibi autem dominiis in loco isto gratiam donat [Vindob . 357, f* 198^].

La version bollandiste, B, et le texte de Vienne, A, ne disent rien là-contre. La version adonienne, au contraire, détruit aussitôt, si l'on peut ainsi dire, ce qui vient d'être avancé, et fait ensevelir Alexandre par Damase, dans la crypte.

Cui papa Damasus postmodum cryptam condignam faciens illic eum sexto Kalendas Decembris transposuit ^

Ainsi, les deux versions A-B et G nous parlent de deux tombeaux, Tun in crypta^ l'autre in loco fornacis. Mais, tandis que, d'après la version adonienne G, Alexandre a reposé successivement dans les deux, — d'après les versions bollandiste et viennoise, il n'a jamais reposé dans le premier.

Y eut-il vraiment translation?

Je suppose quil y avait deux tombeaux portant le même nom d Alexandre dans la catacombe de Baccano : l'un était dans une crypte toute petite, cryptulam modicam, où l'on voyait aussi le tombeau d'un Crescentianus ; l'autre était près

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