VICTORIN ET SÉVERIN
tique ennemi du genre humainpril alors la forme (Tune jeune fille y égarée à travers la forêt; elle implore la pitié de Vic^ torin : c^quil V arrache, inie nuit seulement^ aux sang lier s, aux ours et aux loups. » Victor in la fait entrer ; mais le pied de la jeune femme le touche et déchaîne en lui les désirs ; la douceur de sa voixy la beauté de son visage, l éclat de son regard qui égale i éclat des ragons de la lune glissant à travers les feuilles, la solitude — Victorin oublie Dieu, — tout pousse le saint à céder. Il en arrive à V œuvre criminelle... et voici que le Brigand bondit sur le jeune homme : « Eh ! bien, lui ditil^ ô le plus parfait des hommes!... Heste blesse, toi qui osais rêver de la couronne )>. Et il s'évanouit. — Peu à peu la lumière paraît, les astres s'effacent : Victorin fuit sa cellule^ témoin de son crime ; il court l'avouer à son frère et, pour se punir, se suspend par les mains à un arbre dont il a fendu le milieu. En vain Vévêque accourt, prévenu par Séverin : Vietorin refuse d'être délivré ; il jeime toute la semaine, ne prenant cju!un petit pain et un peu d' eau le dimanche soir. Et Séverin jeûne en même temps que lui. Au bout de trois ans, Victorin n'a plus que la peau sur les os ; mais tout le monde connaît sa pénitence, on va trouver V évêque qui arrive au monastère et, d'un ton rigoureux, ordonne au pénitent de s'arrêter : « Crois-moi, Victorin ; nous sommes les héritiers de saint Pierre : ce qui est délié sur la terre est aussi délié au ciel. Et nous vogons les parois de l'arbre s'écarter : le ciel fa pardonné ». Victorin demande une semaine encore de jeûne; puis, lorsciue l'évêque revient avec le peuple ciui grimpe sur les arbres et couvre le toit du monastère, et crie dhme même voix: ((Père, absous celui que Dieu a absous/ », l'évêque t'engage encore à interrompre ses souffrances ; Victorin adresse à Dieu une longue prière et lui demande de rompre ses liens, s^il a vraiment fini d'expier. Alors, bien que le ciel soit absolument pur, un coup de tonnerre retentit, qui pulvérise les liens du saint pénitent. Il est conduit à l'église ; bientôt il devient évêque d' Amiterne, et meurt plein de vertus, et entre dans le chœur des saints, tandis que règne Notre Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne dans les siècles des siècles. Amen. Quant à Séverin, dont nous avons dit qu'il était le frère, il partage ses pénitences selon qu'il a été dit : frater fratreni adjuvans exaltabitur [Proverb. 18, Î9ei 1G\ ; et il mérite l'épiscopat de Septempeda. Il mourut le VI des kalendes de mai,
TRADITIONS DE VALERIE ET DU PICENUM
futenseveli au lieu où était le monasû're et, mort, opéraplus de (juérisons merveilleuses qu'il n'en opérait lorsqu il était vivant. Je crois même ne pas devoir taire ce que nous avons appris touchant sa sainteté. On fête sa déposition le jour des ides de mai et son élévation à Vépiscopat le jour des kalendes de mai. Or, la veille, un certain Innocentius — qui méritait son 72omy — vit une grande lueur, au milieu de la nuit, dans la forêt, tandis qu'il gagnait Fabriano : il crut que c était un incendie. Comme il entend du bruit, il imagine que c'est le\ rector provinciae qui se met en route, de nuit» Et il voit quatreS personnages marcher devant, portant des torches: d'où la lu' mière qui éclairait la forêt ; puis venaient deux hommes vêtus d'une étolcy portant des baguettes ; puis, assis sur un cheval un autre dont les vêtements et les cheveux étaient plus blancs\ que la neige ; puis un autre, également à cheval, et qui étaitl tout chauve. Ils étaient suivis d^une foule immense, qui allaitl à pied. Comme l'un d'eux boitait et restait en arrière, InnoA centius lui demanda, non sans quelque cutnosité, ce que] c'était. Les quatre lampadaires étaient quatre évêques : Xgste,^ Marc, Marcel et Jules ; les deux qui portaient des baguettes, Etienne [protomartyr) et Laurent ; les deux autres, les deux\ Apôtres Pierre et Paul ; le reste, la foule des martyrs et des\ évêques ; on allait à Severino [Zypherinum?) (cura mutatoriis Pétri * ?) : Séverin avait prié saint Pierre de venir ce\ jour-là pour bénir et visiter le peuple. — Qui pourrait douter des mérites de Séverin, lorsque les Apôtres lui font un si\ grand honneur ?
Si quelqu'un voulait connaître la vie d^ Innocentius , voicil quelques mots à ce sujet. Innocentius court aussitôt à une] église, est fait catéchumène, est baptisé, devient clerc et' obtient mêm,e la grâce du sacerdoce (presbyterii benedictionem). Un jour, comme il va au monastère de S. Séverin, où il a été ordonné, il passe la Potenza grossie par les pluies, sur une poutre qu'ont jetée les bergers. La petite brebis qui le suit — c'est tout son bien (census) — l'interpelle : « Pour-\ quoi m! as-tu abandonnée? » — « Passe, répond Innocentius, comme j'ai passé moi-même au nom de Notre Seigneur Jèsus-^ Christ. » Et elle passe au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ\ qui vit et règne dans V unité de V Esprit-Saint à travers tousi les siècles des siècles. Amen.
Vêtements de rechange.