G TRADITIONS DE VALÉRIE ET DU PIGENUM
la Pentecôte. Grégoire insiste sur la bonté de Dieu qui nous supporte malgré nos péchés *.
Rem, fratres, breviter refera quam vira venerahili Maximiano, tiinc paire monaslerii mei atque presbytero, nunc autem Syracusano episcopOy narrante coynovi... Ncjstris modo TEMPORiBUs ViGTORiNUS QUIDAM EXSTiTiT f/ui alîo quoque nomuie Aîlmilianus appellatus est, non inops substantiœ iuxta rnedio^ critatem vitœ; sed quia p 1er umque régnai in rerum opulentia Garnis culpay in quodam faginore lapsus est quod debuisset valde pertimescere ac de suae mortis immanitate cogitare.
ReATUS ERGO SUI GONSIDERATIONE G0MPUNCTUS,EREX1T SE CONTRA SE, MUNDIS HUIUS OMNIA DERELIQUIT, MONASTERIUM PETIIT. In qUO
nimirum monasterio tantœ humiliiaiis iantœque sibi disirictionis exsiitit ut cuncii fratres, qui illic ad amorem divinitaiis excreverant, suam gogerentur vitam despisgere dum iLLius pœnitentiam VIDERENT. Studuit namque ioto mentis adnisu cruciare carnem^ volunt aies proprias frangere,.. Hic itaque...^ quia nions in quo monasterio situm est ex uno lalere in secreiiore parte prominebat, illuc consuetudineni fecerat ante vigilias egredi, ut se quotidie in fletu pœnitentiœ... mactaret... Quadam vero nocte abbas monasterii vigilans hune latenier egredientem.,. secutus est. Quem cum in secreto montis cerneret in oratlone prostratum,,., cum subito cœlitus lux emissa super euin fusa est..., abbas... iniremuit et fugit. Cumque posl longum horae spatium idem f rater ad monasterium rediissei..., videns se esse deprehensum (dixii) : « Quando super me vidisti lucem de cœlo descendere, vox
ETIAM PARITER VËNIT, DIGENS : DIMISSUM EST PECGATUM TUUM ».
Et quidam omnipotens Deus peccatum eius potuit tacendo laxare ; sed loquendo per vocem, radiendo per lumen, exemplo suse misericordiœ nostra ad pœnitentiam voluit corda concutere,,. Habete ergo fiduciam, fratres mei, de misericordia conditoris nostri.
Il y eut donc, dans la seconde moitié du vi^ siècle, — en Italie S — un pénitent nommé Victorinus, — qu'avait rendu célèbre l'austérité de ses pénitences, — et dont Dieu lui-
■2 Je ne crois pas que Victoriaus iEtnilianus se soit réfugié dans le monastère de Maximianus, c'est-à-dire dans la maison de saint Grégoire. Saint Grégoire ne le donne pas à penser : il en parle comme d'une personne totalement iuconnue aux Romains.
VICTORINUS ^EMILIANTJS 277
même, par un prodige, avait voulu marquer qu'il avait obtenu sa grâce.
Tous ces traits caractérisent le Yictorin de nos gestes, qui apparaît ainsi comme le double légendaire de Victorinus ^milianus. Victorin le martyr, que célèbrent les gestes de Nérée et Achillée, Victorin le pénitent^ dont saint Grégoire nous conte Thistoire merveilleuse : voilà les deux personnages qui se sont superposés et confondus pour former, à la fin du VI® siècle, la figure de Victorin, frère de Séverin. On comprend dès lors que certaines versions des gestes * le datent du temps de Justinien et de Vigile. La confusion des deux Victorin s'explique par leur liomonymie ; de là dérive aussi la localisation de Victorinus ^Emilianus à Amiterne; cette attache était si solide, qu'elle a bientôt fait oublier le monastère de Victorin le pénitent, d'autant plus que saint Grégoire néglige d'en citer le nom. L'anniversaire du 5 septembre est celui de Victorinus ^Emilianus.
Mais ce n'est pas la seule lumière que saint Grégoire jette sur la légende. Une lecture rapide du texte montre qu'il tend à faire l'apologie du cénobUisme, à faire le procès de la vie solitaire. Et pareil souci occupe saint Grégoire. Relisons par exemple la lettre qu'il adresse à Secundinus ^
i\os enim qui vitam cwn pliiribus ducimiis, etsi forniidolosi ac timidi, tamen quia contra ardiquum hostem hélium proposuimuSy quasi in acie stamus ; vos autem, qui solitariam vitam ducitisy quid aliud quant monomachos di.xerim, qui fervore virtuiis etiam ante aciem exire festinastis ? Cur ercjo eum non singulariter hostis impetat, a quo se impeti singulariler spectat ? Et nos quidem qui inter Jiom^ines vivimus, sœpe per homines a callido hoste temptamur ; vos autem, qui viam vitse prœsentis extra hominum frequentiam ducitis, tanto majora certamina pati necesse est quanto ad vos ipse temp-
TATCONUM MAGISTER ACCEDIT... AutiqUUS VCrO kostis mOX Ut
oliosam mentem ^ invenerit, ad eam sub quibusdam occasioni-
* Celles qu'a utilisées Baronius [Martyr. Romain, 8 juin]. — L'histoire de Donnt doit avoir été assez analogue à l'histoire de Victorin.
2 IX, 52 [P. L., 11, 983] [M. G., ix, 147. — ii, p. 142]. —Cf. Dialog., m, 15- 16 \P. L., 77, 256-257].
' Cf. § 3 « otiosum agens negotium ». Cf. ce qu'écrit saint Grégoire dans la vie de saint Benoît : « Quamdam... aliquando feminam viderat, quam malignus spiritus ante ejus mentis oculos reduxit ; tantoque igné servi Dei animum in specie illius accendit,... [§ 2. — P. L. 66. 132. B]
TRADITIONS DIC VALKRIE RT DK PICKNUM
RUS LocuTURUS ACCEDiT, et quœclam ei de gestis pr,'pAeritis ad memoriam reducit, audlta quondam verba indecenier cogita^ tioni resonat et, si qua dudum turpiter acta sunt, eorum specierti cordis oculis opponit... Sœpe quod niimquam fecimus^ per hostis callidi insidias cordis oculis videmus...
Si Grégoire le Grand ne connaissait pas les gestes de Victorin en écrivant cette lettre à Secundinus, il laut reconnaître que cette lettre et ces gestes révèlent la même préoccupation : au point que celle-là semble donner en vérité le programme et comme le schéma de ceux-ci ; c'est la même idée qui s'exprime ici en langage abstrait, qui se traduit là dans une histoire concrète. Notre texte a été écrit aux environs de l'an 600 S dans le groupe des amis de saint Grégoire.
Ainsi s'expliquent certainls traits de la légende, qui rappelle si souvent les Dialogues : la belle procession des papes romains fait songer à l'apparition de Juvénal et d'Eleuthère au chevet de Probus de Rieti ^ ; la pénitence de Victorin semble modelée sur le supplice infligé par les Lombards à deux moines de la Valérie ^ qu'ils suspendent à un arbre.
Ainsi s'explique, sans difficulté, l'association d'un Séverin à Victorin. Le Séverin, frère de Victorin, n'est sans doute * quun double légendaire du fameux Séverin de Norique. dont les disciples apportèrent le corps à Naples à la fin du V® siècle. La preuve en est le texte du calendrier populaire, qui écrit à la date du 8 janvier :
Neapoli, Severini confessoris Victorini fratris.
1 La formule in unitate Spiritus sancti [§ 12], s'explique, sans doute, parce qu'elle se trouvait dans une version des gestes de Nérée, — ou parce que, dès ce temps, elle est entrée dans le fonds liturgique.
2 « Qui dum iecto jacentis assisteret, subito aspexit intrantes ad virum Del quosdam viros stolis candidis amictos, qui eumdem quoque candorem vestiura, vultuum suorum luce vincebant... lile autem tantae visionis novitatem non ferens, cursu concitato extra fores fugit... » [Dialog.^ iv, 12, P. L., 77, 337-340].
3 « Valentio qui... meo monasterio praefuit, prius in Valerise provincia suum mooasterium rexit. In qup dum Longobardi saevientes venissent, sicut eius narratione didici, duos eius monachos in ramis unius aboris suspenderunt, qui suspensi eodem die defuncti sunt » {^Dialog., iv, 21. — P. L., 77, 353]. — Noter qu'Etienne protomartyr est cité dans Paulinus : cf. supra p. 212.
* Il y a un Séverin de Tibur attesté par le M. R. P., l^r novembre et le
L. P., I, 324. — Il est possible que ce soit le nôtre. — La difficulté tient à
la date de l'anniversaire de ce Séverin, l^i" novembre : nos gestes l'ignorent.
SÉVERiN DE NORIQUE 279
Il n'y a pas de doute, en effet, que le Séverin de Naples ne soit le Séverin de Norique : c'est à Naples, au caslellum Lucullanum, qu'a été déposé le corps de l'apôtre du Noricum Ripense, — Et le fait n'a rien qui puisse surprendre. Le culte de saint Séverin était florissant aux environs de l'an GOO : la preuve en est que c'est à Séverin que saint Grégoire veut consacrer l'ancienne église arienne iuxta domiim Merulanam * et que Jean, fermier de Venantius ^, veut dédier un oratoire ^ D'autre part, depuis la défaite du kouropalate Baduarios et l'agression de Faroald, tout le pays apennin jusqu'à Spolète et Amitorne *, et bientôt jusqu'à Bénévent et Crotone, est ravagé, puis occupé par les Lombards : ces événements sont favorables à l'installation ou au développement des culles des saints ; on ressent généralement le besoin de leur secours. 11 est très possible, du reste, que les disciples de Séverin soient passés par Septempeda " et que le culle de leur maître y remonte à leur passage. De toute manière, l'origine du culte de Séverin à Septempeda n'a rien qui puisse élonner. Or, le populaire tend à matérialiser la présence du saint qui le protège : le culte devait susciter la croyance de tous à la réalité d'un Séverin local. C'est cette croyance qui s'exprime dans nos gestes ^
1 Epist., m, 19 [P. L , 77, 618-619].
2 Est-ce le Venautius évêqiie de Pérouse ? — Noter qu'il y a un Severns- SeveriDus [cf. Secundus = Secundinn?, Epist., vi, 30 et ix, 52. — P. L., 77, 821 et 982], évêque dans le Piceoum [Epist., i, 57. — P. L.,11, 517-518] : qui sait s'il n^a pas eu part à ces évéuements ? Ce Severus est sans doute l'évêque d'Ancone [Episi., ix, 16, 89|.
■^ Epist., XI, 31 \P. L., 77, 1144]. Noter que le pape Severinus (+ 640) est natione rotnnnus [L. P., i, 328].
^ Hartmann, ii, 47-48. — Cf. les oestes de Cetheiis-Peref^riiius [13 juin, 183|. Je croirais volontiers qu'ils datent des environs de l'an 700, du temps du duc Alahis de Trente [Paul Diacre, v, 36. — Hartmann, ii, 256, <?66], — qu'ils ont été rédigés par un auteur connaissant des histoires authentiques, les gestes de Susanne et les gestes de Marcel ; ils racontent que Cetheus, évêque d'Amiterne, a été mis à mort par les Lomhards au temps de saint Grégoire et de Phocas et de Faroald.
° Ainsi s'expliquerait peut-être la diversité des dates de fêtes.
^ Du reste, la chose est remarquahle, la légende est très sobre de détails sur Séverin [Baronius avait peut-être un texte plus plein]. — La visite de saint Pierre et des papes est eu harmonie avec la gloire de l'apôtre du Norique. — Je note que le rédacteur tient à souligner la grandeur de son héros : comme Valérien de Cimiez, se heurtait-il à des sceptiques ?
Dans plusieurs msa., la légende s'arrête à la mort de V'ictorin [ainsi le Codex Angiensis] ; d'autres enrichissent l'histoire de Victorin,et elle seule [ainsi le Codex Bruxellensis , 18644-52. CataL, ii, 423] : c'est un souvenir des ori-
280 TRADITIONS DE VALKfUK KT DU PICKNIIM
Et, puisque l'auteur inconnu appartenait certainement au groupe (le saint Grégoire, nous pouvons, avec vraisenihlancf;, préciser sur ce point aussi la genèse de la légende. Dans une lettre adressée à Uusticiana, où Grégoire attaque la passion — suspecte — de beaucoup de moines pour la vie solitaire, je trouve l'histoire de deux frères, qui s'enfuient de leur monastère et que Dieu fait miraculeusement reprendre '. iN'est-ce pas encore un passage de saint (jrégoire que l'hagiographe a pris pour modèle? N'est-on pas, vraiment, fondé à y voir comme une page détachée des Dialogues^ ?
gines de la légende. Je crois pourtant que notre texte est d'une seule teneur, quoi qu'il puisse sembler tout d'abord. Certains mas. [Codex Parisinus 11753. — Catal., m, 51] cousent aux gestes de Victorin le fragment des gestes de Nérée Achillée qui concernent le martyr. De même Adon \P. L., 123,346]. — Le texte B. H. L., 7664 est un remaniement postérieur à la révolution grégorienne.
1 Epist., XI, 44 [P. L., 77, 1155-1156J. a Alii quoque duo fratres de eodem monasterio fugerunt, atque aliqua prius colloquendo fratribus signa dederunt... »
2 Sur les questions que pose le prologue, cf. G. M. R. vi. — U se pourrait que l'auteur appartint au personnel de l'administration du patrimoine. Certains détails de la langue semblent l'indiquer.
Nous avonsvu, je le rappelle, que la légende d'-^milianus de Spolèle semble dépendre aussi des souvenirs qui couraient sur -dEmiliauus le pénitent et provenir aussi de l'entourage pontifical.